Concile de Trente, Setw. IV
la nature humaine et qui n'est pas la religion d'un homme ou d'une nationalité. Seul, il possède cette parfaite unité de doctrine, de culte et de gouvernement, caractérisque frappante dont Jésus- Christ lui-même l'a marqué.
Des communautés chrétiennes qui s'en sont séparées dans le cours des siècles, les unes sont éteintes et les autres s'en vont toujours s'émiettant davantage pour se fondre à leur tour. Evidemment ce n'est pas à ses branches détachétîs de r Eglise-mère que Jésus-Christ pensait quand il conférait à ses Apôtres la mission d'évangéliser le monde, leur promettant qu'il serait avec eux jusqu'à la consommation des siècles.
Quiconque veut bien prendre la peine de s'arrêter un instant, de réfléchir un peu en luimême, de s'étudier, p>eut facilement découvrir les vérités contenues dans les pages qui précèdent ; elles sont toutes susceptibles d'être saisies par la raison. La voie qu'il aura adoptée dans cette méditation est une voie de bon sens, accessible à tous, et surtout plus sûre que toutes les discussions philosophiques ou les raisonnements subtils d'une science incertaine d'elle-même et tous les jours changeante.
Je vois bien que le Christianisme apaise en moi la soif de l'infini, qu'il se présente à mon esprit comme la seule explication rationnelle, complète, du sens de la vie, la seule religion capable de satisfaire tous lee besoins de mon ôjne,
OU plutôt de l'âme de tout homme, quel que soit son état, sa condition ; qu'il me fournit la direction et le secours dont j'ai besoin durant le peu d'années que j'ai à passer ici-bas, qu'il est enfin le lien qui unit les hommes entre eux et avec Dieu. Mais le Christianisme est une reUgion révélée. Il renferme des dogmes que je ne puis comprendre et qui n'en demandent pas moins l'adhésion complète de mon inteUigence. Mon Créateur n'exige pas de moi non plus une obéissance aveugle et forcée, mais une obéissance consciente et libre. Aussi le Christianisme, dont les origines reposent sur la certitude de l'histoire, est la seule religion qui ait des preuves, des titres à produire à l'appui de son autorité et de sa divinité, titres qu'il m'invite à examiner avant d'exiger ma croyance à sa doctrine. Si je puis m'assurer qu'il est bien et véritablement la religion révélée par Dieu, que j'ai la parole de Dieu même comme garant de ce qu'il veut de moi, alors je n'éprouve plus de difficultés à croire sur la parole de Dieu même. La foi suppose l'exercice préalable, utile et nécessaire de la raison, laquelle démontre la vérité de notre croyance. Mon assentiment aux choses révélées dépend de la certitude acquise du motif qui nous fait adhérer, et cette certitude est le fruit d'une opération rationnelle, un acte de l'entendement. En réalité il n'y a pas de croyant instruit qui ignore ce fait fondamental de sa foi et qui croit aveuglement. Je dois donc, en usant des lumières naturelles de ma raison, laquelle, bien qu'obscurcie
par le premier péché, n'a jamais été éteinte, m'assurer, avant d'accepter si, en effet Dieu a parlé et nous a fait connaître la manière dont il entendait être adoré et servi. Le Tout-Puissant, dont la sagesse et l'habileté éclatent dans ses œuvres, ne m'a pas créé pour la vérité en me refusant les moyens de la connaître. De même qu'il m'a donné des yeux pour voir, une langue pour parler, des oreilles pour entendre, un esprit pour penser, il a dû me donner les moyens d'arriver à la vérité. Comme la vérité existe, il est toujours possible d'en trouver la preuve : on n'a qu'à la chercher là où elle est.
Or, la volonté de Dieu est contenue, me dit-on, dans la Révélation, que je puis et dois maintenant étudier avant de croire et de me soumettre. J'ai le droit d'examiner si la Révélation, qui a pour objet d'éclairer l'homme sur des questions qui dépassent la portée de l'esprit humain, est réelle »'t sur quel fondement elle repose. Dieu parlant à ma raison ne me demande qu'une soumission raisonnable. Aussi bien, et contrairement à ce que d'aucuns pensent, l'Eglise, qui réclame ma foi, a soin de m'avertir non seulement que "l'usage de la raison précède la foi", qu'en matière si grave et comme base nécessaire de toute adhésion à la parole divine, je ne me contente pas "d'une connaissance probable de la révélation laissant subsister la crainte qu'en réalité Dieu n'ait pas parlé '." Aussi, déclare-t-ellc que "la raison