Comte, dans Littré, Coruervatùm, pages 26 et
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Lazare mort depuis plusieurs jours et exhalant l'infection et un simple léthargique ramené à la vie par le contact de l'air dans son tombeau ; entre une multiplication de pains opérée par un thaumaturge devant une grande foule et une simple distribution de provisions faite en plein champ.
Sur tout le reste on consentirait à discuter, on parviendrait même à s'entendre, pourvu toujours qu'il ne s'agisse ni de miracle ni de vie surnaturelle. Ainsi, la religion, qui s'étaye sur les certitudes les plus inconstestables de l'histoire, qui s'appuie sur des raisonnements métaphysiques, est mise hors de science, de même que tout l'ordre surnaturel. Cette façon de trancher de si graves questions peut vous paraître singulière ; mais nos rationalistes n'en admettent pas d'autre. Si la Bible n'avait été qu'une œuvre humaine, il y a longtemps qu'elle serait tombée dans le discrédit où ont sombré tant de systèmes philosophiques ou religieux qui avaient pourtant pour auteurs des hommes qui passaient pour de grands maîtres parmi leurs contemporains, "L'herbe sèche, la fleur tombe, quand souflBe le vent de Jéhovah ; les peuples aussi passent comme l'herbe, mais la parole de notre Dieu subsiste à jamais ^" (Is., XL, 7-8).
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Mais si la Bible est vraiment la parole de Dieu, elle doit être exempte de toute erreur, Dieu ne pouvant se tromper ni ne voulant nous tromper. En vérité, il en est ainsi, et, malgré certaines apparences, il n'existe aucune contradiction entre les faits racontés dans les Livres saints et ceux qui découlent de nos connaissances historiques, physiques et naturelles. D'où proviennent donc toutes les objections que l'on soulève contre l'inspiration des Saintes Ecritures ou contre les faits qu'elles contiennent mis en face de ceux que nous décrit la Science ? Comment, se demande un auteur, le même livre peut-il être divin pour les uns et purement humain pour les autres ? Comment ce qui est la vérité pour Leibniz et Bossuet est-il l'erreur pour Strauss et Wellhausen ? Le soleil éclaire tous les yeux ; il semble que la Bible devrait éclairer tous les esprits.
Cet étrange phénomène est dû à plus d'une cause, les unes dépendant de l'esprit, les autres du cœur. La terre n'est pas toute peuplée de cœurs purs et d'esprits bien faits. Il y a des esprits moralement aveugles ou qui voient mal. Il est des hommes qui, bien que doués du sens de la vue, ne peuvent distinguer certaines couleurs; de même, certains esprits semblent être privés
dont il est ici question est celui qui supprime tout le surnaturel, tout le fait de la révélation par laquelle Dieu a bien voulu nous faire connaître des vérités qui regardent notre salut et qui sont au-dessus des att4>intes de la raison (Trinité, Incarnation, Rédemption, Grâce, Sacrements.) Ce rationalisme est synonyme d'incrédiilité religieuse.
du senfi surnaturel. Celui-ci, sachant que ses sens l'ont trompé dans plus d'une circonstance, ne se fie plus qu'à sa raison ; celui-là, n'attachant à la raison qu'une importance relative, n'en croit que ses sens. Il est des esprits amoureux du paradoxe qui se plaisent à traiter le pour et le contre de toutes choses sans rien affirmer, regardant cette indécision comme une supériorité intellectuelle. Parce que la Bible présente des obscurités, quelques difficultés d'interprétation, des divergences, des altérations même, inévitables avec le temps, les incroyants ne veulent y voir qu'une œuvre humaine. Enfin, il ne manque pas de gens qui ne consentent à se rendre à aucune bonne raison, surtout qui ne veulent pas croire parce que cela les obligerait à pratiquer.
D'abord, les contradictions que certains savants croient parfois remarquer entre la Science et la Bible ne sont et ne peuvent être que des contradictions apparentes, provenant du fait ou que nous lisons mal le livre de la Bible ou celui de la Science, et, malheureusement, ces deux cas se sont présentés trop souvent. Si, par exemple, nous possédions le texte du Pentateuque écrit par Moïse luimême et le seul qui soit directement inspiré, il n'y aurait pas de cause d'erreurs, sauf celles que pourrait commettre le lecteur dans ses tentatives d'interprétation individuelle ; l'original étant perdu depuis longtemps, nous n'en avons plus que des traductions, faites sans doute avec le plus grand soin, mais non exemptes de fautes d'écri-
ture. Ces livres, tels qu'ils existaient primitivement dans les synagogues, n'avaient ni points, ni accents, pas même de voyelles ; on ne distinguait ni chapitres ni versets, les mots étant séparés les uns des autres d'une manière à peine visible. Si on ajoute à ces diflSeultés la pauvreté de la langue, on comprend que la lecture des Ecritures devenait très difficile et qu'on ne parvenait à les déchiffrer qu'après un long apprentissage. Toute reproduction ou traduction antérieure à l'invention de l'imprimerie était l'œuvre de copistes. Or ceux-ci, soit par distraction, soit par défaut de pouvoir saisir le sens exact du texte, ont commis des erreurs sur plus d'un point de détail, que l'état peu avancé de la chronologie, de l'astronomie, de la physique ou autres sciences naturelles d'alors ne pouvaient aider à contrôler et à préciser.
Ces erreurs de copistes peuvent être des altérations de dates, des difficultés telles, par exemple, que celle du texte hébreu actuel, qui attribue à Lamech, père de Noé, sept cent soixante-dix-sept ans, tandis que le texte samaritain lui donne six cent cinquante-trois ans, et la version grecque des Septante sept cent cinquante-trois. Elles peuvent encore être des erreurs de noms propres défigurés, de noms de lieux estropiés par des copistes non hébreux qui ne les connaissaient pas, de mots omis, de passages intervertis ou quelque peu dénaturés quelques points d'histoire peu ou mal connus. Mais ces erreurs, étant sans portée dogmatique, n'atteignent jamais dans son essence le dépôt
sacré de la révélation, ce que Dieu, d'ailleurs, n'aurait pas permis. Les versions des Septante et de la Vulgate, toute parfaites qu'elles puissent être, diffèrent dans certains passages, bien que sans conséquence en matière de doctrine. On en est encore à préciser la dat« de la naissance de Notre- Seigneur.
D'ailleurs, la Bible étant un livre divin, elle n'enseigne que la religion. Le but qu'elle se propose n'est pas d'exposer aux hommes des théories scientifiques, de satisfaire notre vaine curiosité en étendant nos connaissances dans l'ordre de la nature, mais de nous faire connaître notre origine et dernière fin, d'éclairer notre foi, de nous apprendre à bien vivre, de purifier et nourrir notre âme par l'amour des vrais biens, en un mot de nous montrer comment on va au ciel et non comment va le ciel, selon une expression de saint Augustin.
L'Ancien Testament n'est pas non plus une histoire complète de l'humanité primitive, ni de la naissance et du progrès de la civilisation matérielle ; il n'est et ne peut être que l'histoire de la Rédemption, et il ne touche aux questions qui sont du ressort des sciences naturelles que si ces dernières ont un rapport avec le dogme. Que la terre tourne autour du soleil ou le soleil autour de la terre, voilà une question d'ordre scientifique parfaitement indifférente à la religion. Que les astres soient habitables et habités, Moïse ne s'en occupe pas et n'a point à s'en occuper ; il n'écrit que
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l'histoire de la terre. Que l'on considère les jours de la création comme des jours de vingt-quatre heures ou des époques d'une durée plus ou moins longue, que l'on assigne à l'humanité une antiquité de six, dix, vingt mille ans ou plus, cela n'a absolument aucune importance pour le dogme, et il n'y a pas eu de révélation pour ces choses-là dans la Bible, laquelle, répétons-le, n'enseigne pas d'autre science que celle du salut, c'est-à-dire l'amour de Dieu et du prochain. Mais s'il s'agit de savoir si tous les hommes descendent d'un couple unique, comme l'enseigne la Bible, ou s'ils procèdent de plusieurs centres de création, comme le prétendent certains savants, voilà une question qui intéresse la foi aussi bien que la science.
La Bible tantôt se sert du langage poétique, tantôt du langage populaire ; il faut lire en langue poétique ce qui est écrit en langue poétique, et en langue populaire ce qui est écrit en langue populaire. Elle dit, comme le peuple et les astronomes : le soleil se couche, le soleil se lève, et nous entendons tous parfaitement ce que signifie cette expression. De plus, lorsqu'elle parle de questions scientifiques, elle en parle suivant que les choses apparaissent aux yeux et non telles que la science les définit, et cela dans un langage pouvant être parfaitement compris de tous. Elle parlera, comme les poètes, de la voûte azurée, qui paraît surplomber la terre, et si nous croyons découvrir parfois des contradictions plus spécieuses que
réelles entre la Bible et la science, c'est que nous lisons mal le livre de la science. Mais celle-ci est toujours réformable, toujours en progrès, et en se développant projette une lumière devant laquelle se dissipent toutes les diflScultés soulevées contre la Bible. Au temps de Moïse, le langage n'avait pas encore acquis la forme précise et rigoureusement déterminée des langues modernes. On ne parlait alors le plus souvent qu'en figures, et c'est ainsi que l'on se représentait au moyen des choses sensibles les idées des choses qui ne tombent pas sous les sens. Lorsque la Bible dit que Dieu se reposa le septième jour, qu'il se promenait dans le jardin, à l'air, l'après-midi, que le Seigneur disparut dans la fumée du sacrifice offert par Manué, etc., il est clair que ces expressions sont figurées, qu'elles ne doivent pas être prises à la lettre, parce qu'évidemment le sens n'en peut être littéral, ces traits s'appliquant plutôt au phénomène extérieur par lequel Dieu révèle son intervention.
Le Pentateuque a été écrit depuis bien des siècles, dans des temps et des lieux qui ne nous sont qu'imparfaitement connus, et s'i devient difficile de pénétrer l'âme de nos aïeux du Moyen âge, dont la langue, les institutions, les coutumes nous sont déjà familières, comment pouvons-nous espérer nous repré.senter dans leur milieu ces sociétés antiques, nous former une idée exacte de leurs mœurs, de leurs usages, de leur genre de vie, ai différents des nôtres ?
Les mœurs, les langues nouvelles ont aujourd'hui changé la physionomie des mots et des choses. Certaines expressions qui peuvent nous paraître étranges, effaroucher notre pruderie, ne l'étaient aucunement pour les lecteurs de l'époque où les récits qui les contiennent ont été rédigés. Que de points qui nous paraissent obscurs, inintelligibles, et que nous sommes portés à classer comme incroyables, étaient naturels et de la dernière évidence pour les contemporains de Moïse. Si tel contemporain revenait au milieu de nous, il aurait vite fait de répondre à nos objections, de lever nos doutes, bien mieux que certains commentateurs dont les explications, en dénaturant le sens du texte, n'ont fait qu'ajouter aux difficultés. La Bible ne peut être tenue responsable de ces interprétations fautives, pas plus que des fautes de copistes.
" Ainsi, ignorance des faits et du milieu, imperfection inévitable des traductions, perte du texte original de plusieurs des Livres Saints, caractères propres de la langue hébraïque, impuissance inhérente au langage humain en général pour rendre toutes les nuances de la pensée et pour reproduire la physionomie complète des faits, erreurs des copistes, fruit de leurs fausses lectures, de leur négligence ou de leurs distract ons, enfin erreurs des interprètes et des commentateurs, voilà tout autant de causes qui produisent des difficultés apparentes ou réelles dans l'étude de la Sainte Ecriture, et donnent naissance à de
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nombreuses objections de la part de ses ennemis \"
Je traiterai dans un chapitre spécial des conflits que l'on dit exister entre la Science et la Foi ; il me suffit, pour l'édification du lecteur, de les indiquer ici sommairement.
La lutte qu'on a menée contre la Bible dans le cours des siècles n'a pas toujours eu le même caractère. Celse, Porphyre et autres païens des premiers temps incapables d'en saisir l'esprit et la portée, la regardaient comme une œuvre humaine ; les chrétiens l'acceptaient comme un livre divin, contenant la parole de Dieu, et ils n'en contestaient ni la véracité ni l'authenticité. " Là, disaient-ils, nous apprenons à connaître le Christ, là nous apprenons à connaître l'Eglise ", ce qu'ils avaient de plus cher au monde (S. Augustin). Au besoin, ils n'hésitaient pas à verser leur sang en témoignage de leur foi et de leur fidélité à l'Evangile. Une mosaïque de l'église de Ste-Croix, à Ravenne, représente le martyr saint Laurent allant au supplice portant une croix sur l'épaule et tenant le livre saint à la main, pour bien faire comprendre la raison de sa mort. Nombre de martyrs moururent portant l'Evangile sur leur poitrine. Partout, dans les catacombee et autres lieux de réunion, es chrétiens veulent voir la Bible ou, à défaut, des