Extrait de l'anglais, M. l'abbé B. Feency
LA LTTMIÈRE VISIBLE 277
des hommes s'entêter à ne point reconnaître la vérité simplement parce que cela ne leur platt point, qu'ils ne veulent pas ouvrir les yeux à la lumière, soit par indifférence, soit à cause de leurs préjugés antireligieux. Il y en a même qui, pris de la manie de la nouveauté, n'hésiteront pas à affirmer des absurdités, des paradoxes, jusqu'à des mensonges, s'ils y voient l'occasion de faire admirer ce qu'ils supposent de leur part un talent, une subtilité d'esprit particulière. Ce qui fait donc ici défaut et ce qui donne lieu aux apparentes contradictions entre la science et la foi, ce n'est pas tant la science de l'homme que l'homme luimême, par ses faiblesses intellectuelles comme par ses passions. Au fond, c'est toujours l'éternelle lutte entre l'incrédulité et la foi. C'est cette lutte entre l'élément naturel et l'élément surnaturel, entre l'orgueil humain et la miséricorde livine, entre l'homme et Dieu, laquelle, devenant l'aliment de nos controverses, a pris dans ces derniers temps le nom de conflits entre la science et la foi.
Il peut arriver que quelqu'un soit sincère en pensant que la foi contredit la science, que l'autorité de l'Eglise n'accorde pas à la raison toute l'indépendance voulue dans ses recherches. Cette fausse impression lui vient de ce qu'il n'a pas une idée adéquate de ce que l'Eglise enseigne, et de ce qu'il met une confiance illimitée dans une science qui n'est pas toujours sûre de ce qu'on affirme en son nom. Toutefois, il est toujours
facile de s'entendre avec des gens bien disposés, et pas besoin de longues explications pour que tout apparaisse en pleine lumière. Mais il n'en est pas de même de ces esprits que les passions antireligieuses égarent. Rivés à une chaîne de ténèbres, selon une expression de l'Ecriture, il ne leur est plus possible de se mouvoir en liberté dans la sphère sereine et lumineuse de la vérité. Dépourvu du sens des choses divines, ils ne peuvent plus entendre le langage des choses de Dieu. De là une source d'hostilité qui trouble l'intelligence, qui confond les idées, enlève à l'esprit la faculté de raisonner avec impartialité ; de là une source inépuisable de conflits et d'attaques de la science contre la foi.
En effet, ce que les croyants ont le plus à reprocher aux savants matérialistes, du moins à plusieurs d'entre eux, c'est leur mauvaise foi, leurs sophismes débités sous le couvert de la science ; c'est quelquefois même la haine du Créateur et des vérités révélées qui leur fait enfanter de si lourds volumes, concevoir dans l'absurde mystères sur mystères dans l'unique but d'échapper, par exemple, au seul mystère de la création, et d'expliquer sans "l'hypothèse-Dieu". l'existence de l'univers, l'origine de la vie, celle des espèces et surtout celle de l'homme ; c'est encore l'imputation gratuite et injurieuse qu'ils lancent à l'adresse des catholiques, dont la mentalité, victime de la tyrannie des dogmes, disent-ils, les rendrait impropres aux recherches scientifiques.
Enfin, sur nombre de questions, ils dénaturent, travestissent les faits, plutôt que d'avouer leur ignorance ou d'être forcés d'admettre le surnaturel dans l'origine de l'univers, la création de notre globe et de ce qu'il contient. Ils étaient là, il y a quelque cinquante ans, flétrissure intellectuelle du siècle, une bonne demi-douzaine qui avaient la prétention de parler seuls au nom de la science, qui s'en adjugeaient le monopole exclusif, et refusaient le titre de vrais savants à tous ceux qui ne voulaient pas, comme eux, nier la révélation, l'existence de Dieu, celle de l'âme et d'un au-delà après la mort. C'est en vain qu'on leur avait laissé entendre par la voix d'un de leurs contemporains (Thiers) que le ''catholicisme n'empêche de penser que ceux qui n'étaient pas faits pour penser." C'est en vain que nous citons à ces savants matérialistes la liste quasi interminable des découvertes dont le clergé et les ordres monastiques ont enrichi la science pendant tant de siècles, les universités que l'Eglise a fondées au Moyen-âge, grands centres d'activité intellectuelle où, selon l'expression de Carlyle, "ont pris leur origine et se sont p>erfectionnée8 toutes les inventions de toutes les institutions sociales, à l'aide dosquelles, aujourd'hui encore, notre vie est vraiment celle d'êtres civilisés." C'est en vain que nous leur redisons les déclarations d'hommes de science, de philosophes célèbres, qui proclament bien haut que "jamais leur raison ne s'est trouvée en lutte contre les enseignements de
l'Eglise, qu'ils n'ont jamais senti de lisières ni ne se sont vus à un état d'esclavage intellectuel *," ils n'en crient pas moins fort et avec moins d'audace que "la Science et la Foi sont antagonistes, que ce sont deux pôles contraires." Nous avons beau corner aux oreilles de nos contempteurs qu'il n'existe pas, qu'il ne peut exister de conflits entre la Science et la Foi, que les savants les plus illustres étaient religieux et profondément chrétiens; que les Kepler, les Pascal, les Ampère, les Cuvier, les Le Verrier, les Cauchy, les Hermitte, les Pasteur, des égyptologues et orientalistes comme Champollion, Lenormant, Maspero, Rawlinson, pour n'en nommer que quelques-uns parmi les plus connus du siècle dernier, n'ont jamais constaté que leurs découvertes aient produit chez eux un affaiblissement quelconque des convictions profondes dont ils se sentaient animés, ils n'en continuent pas moins à clamer que la Science et la Foi sont ennemies irréconciliables.
C'est que, à côté de la science positive, fondée sur l'observation et l'expérience, qui est la science véritable, sérieuse, dont la valeur n'est point hypothétique, mais réelle, celle même dont se réclament les grands hommes dont je viens de citer les noms, il y a une science tronquée, incertaine, incomplète, équivoque, qui se résume en une pure opinion, au moyen de laquelle on cherche cependant à imposer aux esprits crédules et non