‹ La lumière visibleChapitre 8 sur 89 · Cautnt» du lundi, vol · texte numérisé non relu

Cautnt» du lundi, vol

au charlatanisme d'un Cagliostro. Cet escroc arriva à Paris en 1785, et il eut "un succès prodigieux dans la haute société, qu'il subjugua par sa prétendue connaissance des sciences occultes."

Tout ceci s'explique par la constitution même de notre nature, dont le besoin de croire est tellement impérieux que ceux qui n'adhèrent pas à la vraie foi, deviennent crédules et superstitieux, et qui fait qu'au lieu de la réalité ils s'attachent à l'ombre du divin.

Les déistes anglais observaient au moins une certaine décence dans leurs écrits ; on n'attaquait ni la religion naturelle ni Tordre établi. En France, le philosophisme dégénéra bientôt en pur matérialisme. Non seulement on ne voulait plus du surnaturel, mais on enlevait avec brutalité à la religion tous les freins propres à retenir les pires instincts de la nature.

Aussi, eut-on bientôt, conséquence logique, tous les excès de la Révolution et les crimes de la Terreur, le règne de la violence, de l'oppression, du bourreau. Lorsqu'un homme a perdu le sens religieux, ce qui lui reste comme traits distinctifs des animaux ne fait que le rendre plus méchant et plus nuisible.

Les rationalistes allemands furent plus convenables, plus sérieux. Ils transformèrent la doctrine en système scientifique, et devinrent, au 19e siècle, ce qu'on a appelé les rationalistes proprement dits ; mais, déisme en Angleterre, philosophisme en France, rationalisme en Aile-

magne, en réalité, c'est toujours au fond la même doctrine.

Les premiers germes du rationalisme allemand datent de la Réforme. On chercha de bonne heure à faire croire que les dogmes chrétiens sont susceptibles d'être démontrés par la raison ; puis on en vint à n'admettre comme vérités chrétiennes que celles que la raison pouvait comprendre, et ainsi, peu à peu, on finit par ne plus guère parler de mystères et de dogmes pour ne s'en tenir qu'à un simple enseignement moral.

Ce fut surtout sous le règne de Frédéric II que se développa l'irréligion en Allemagne. Ce prince, qui avait le Christianisme en aversion, favorisa l'incrédulité. Il se donnait lui-même le titre de philosophe, et appela à sa cour Voltaire, La Mettrie, d'Argens, qu'il nomma son chambellan. Helvetius et d'Alembert lui firent aussi une visite. Encouragés par ce prince, la philosophie impie fit de rapides progrès.

Un diplomate français décrit ainsi cette époque :

"M. Schultz, ministre à Gilsdolf, près de Berlin, chéri de ses paroissiens, a pendant dix ans prêché le matérialisme. Le haut clergé luthérien était ouvertement rationaliste. La prédication, dans les grandes villes, se réduisait à la morale, à l'humanité, au sentiment. Un conseiller supérieur du consistoire, Spalding, déclarait qu'il fallait supprimer de l'enseignement religieux les mystères et le surnaturel. Le fond de leurs

croyances se ramenait au déisme anglais, traduit et commenté par l'auteur du Dictionnaire philosophique : "C'est Voltaire en rabat et en robe de pasteur ", écrivait Forster. Plusieurs suivaient le maître jusqu'au bout, égayant leurs sermons par des sarcasmes. Frédéric les laissait d re, pourvu qu'ils louassent e roi et enseignassent l'obéissance aux sujets. Tout était calcul de sa part ; il y joignait a forfanterie du libertinage

et le cynisme de l'impiété Le scepticisme du

roi gagna les sujets, qui le traduisirent en actes. C'était le ton du bel air, tout le monde le prit à Berlin et se conduisit en conséquence. Le levain de licence et de sensualité, qui gâte toute la littérature du siècle, fermenta sans obstacle dans ces

âmes encore grossières (La dépravation) s'étala

en un lourd dévergondage. Les employés, les gentilshommes, les femmes se nourrissaient de d'Holbach et de La Mettrie, prenant au sérieux

leurs doctrines et les appliquant à la lettre

Tel nous apparaît Berlin au temps de Frédéric ^" Christian Wolf, philosophe et mathématicien né à Breslau en 1679, avait été un des premiers à traiter la religion au point de vue rationaliste. Voulant la rendre évidente pour tous, tl essaya de la démontrer sous forme mathématique. Il la simplifie, en élimine le surnaturel, n'accepte en fait de miracle et de révélation que ce que la raison peut comprendre, celle-ci devant suffire à tout sans

Page 1