Oistine le fila, 1er avril
la foi. La diffusion de ses doctrines affaiblit la constitution morale et religieuse de l'Allemagne, déjà ébranlée par la Réforme.
Mais vint Lessing, esprit supérieur, qui exerça une influence énorme sur la littérature de son pays. Lessing avait beaucoup de goût, un style entraînant, une forme admirable. Il se fit lire des masses et contribua à répandre l'indifférence religieuse. Il traite l'Ecriture comme des documents historiques et purement humains. Son autorité était telle que ses affirmations furent regardées comme des axiomes par les rationalistes qui vinrent après lui. De son vivant, enfin, ses nombreux admirateurs le proclamèrent le père du protestantisme libéral. "Luther, disait-il, nous a délivrés du joug de la tradition, qui nous délivrera du joug plus insupportable encore de la lettre ? "
"On pourrait dire dans un certain sens que Lessing a achevé ce que Luther avait commencé : il a conduit le protestantisme al emand jusqu'à son terme et a déterminé la crise dont nous sommes
témoins aujourd'hui Comme système régulier,
comme parti arrêté, le protestantisme ne pouvait continuer d'exister plus longtemps dans la science ni dans la religion avec la liberté de penser il imitée
qui se manifesta bientôt Depuis la crise amenée
dans la foi par Lessing, un christianisme interne et indéfini, une religion de sentiment purement individuelle, a remplacé chez les protestants
religieux l'ancien système devenu insoutenable
On ne saurait nier que les ouvrages de Lessing
n'aient produit dans l'Allemagne un effet désorganisateur ^"
La conséquence nécessaire et néfaste du Libre examen posé par Luther comme le principe théorique doctrinal du protestantisme, avait été prévue du temps même du célèbre réformateur par quelques-uns de ses disciples. Ainsi, Charles de Bodman écrivait, avec Emser et Cochlaeus : "Jusqu'où ira la doctrine luthérienne quant à l'interprétation et à l'autorité des Saintes Ecritures ? Luther rejette tel ou tel livre, il le tient pour non apostolique, non authentique, et cela parce que son esprit ne le goûte pas. Mais d'autres viendront après lui qui, dirigés par les mêmes principes, rejetteront à leur tour ce ivre-ci, celuilà ; et, à la fin la Bible en son ensemble deviendra un vaste champ de doute et sera discutée comme tout autre ouvrage profane."
Luther rejetait, entre autres, l'épitre de saint Jacques, qui ruinait complètement sa doctrine de la justification par la foi sans les œuvres, et l'épitre de saint Paul aux Hébreux. Quant aux quatre évangiles, ils n'ont à ses yeux qu'une autorité relative.
La prédiction ci-dessus, comme on pouvait s'y attendre, n'a pas manqué de se réaliser. La Bible, par la force même du principe du Libre examen, devient un livre sans autorité, "un livre comme un autre", et le Christ, perdant également
1. F. Schlegel, Hiat. de la litt^ trad. Duckett, t. 11, p. 360-362.
son caractère divin, ne devient plus qu^un homme, un grand moraliste, si l'on veut, mais rien de plus. Eichhorn, professeur de langues orientales, Reimarus, Paulus, Bauer, Strauss, de Wette et autres savants allemands, s'efforcent, chacun à sa manière, d'expliquer le sens des Ecritures comme avaient fait, de leur temps, les déistes anglais. Eichhorn base son système d'interprétation d'après le génie oriental, où tout est exprimé dans une langue métaphorique et hyperbolique. Pour Paulus, tout se réduit à des faits naturels. Il donne aux meta le sens qu'il lui plaît, ajoute des détails que le texte ne peut justifier. Les miracles ne sont que des légendes populaires devenues merveilleuses en passant de bouche en bouche. Strauss assimile les miracles à des fables. Pour lui, l'histoire évangélique n'est qu'un mythe, c'est-à-dire un souvenir plus ou moins obscur, moitié vrai, moitié faux, tenant le milieu entre la fable et l'histoire, provenant de l'idée préconçue que le peuple juif avait du Messie. De fait, le mythisme devient en grande faveur parmi les théologiens rationalistes allemands dans l'explication de l'Ancien et même du Nouveau Testament, dont on rejette le caractère historique et surnaturel. D'après ce système, le bui8.«<on ardent, par exemple, devient un taillis enflammé, la promulgation du Décalogue au Sinaï un violent orage, le passage de la Mer Rouge une des conséquences de la basse et de la haute marée ; le mutisme de Zacharie, une attaque de paralysie. L'existence même de Jésus devient
problématique comme celle d'Hercule et de Linus.
S'il est, par exemple, un fait historiquement prouvé, c'est bien celui de la résurrection du Sauveur. Annoncée d'avance par le Christ lui-même, «lie sert de base à la prédication des Apôtres et •devient l'assise du Christianisme tout entier. "Si le Christ n'est point ressuscité, vaine est votre foi", écrit S. Paul aux Corinthiens. Eh bien! voici comment les critiques allemands expliquent ce fait si extraordinairement miraculeux, dont les nombreux témoins ont presque tous versé leur sang en témoignage de sa réalité. D'après l'opinion des déistes comme Reimarus, son cadavre a été dérobé par les disciples ; d'après l'exégèse des rationalistes, Jésus n'était mort qu'en apparence, et il est revenu naturellement à la vie ; selon nous (c'est Strauss qui parle) c'est l'imagination des disciples qui, sollicitée par leur cœur ému, leur a présenté comme revenu à la vie le Maître qu'ils ne pouvaient se résoudre à croire mort \ Ils voient Jésus ressuscité, le palpent, mangent avec lui, écoutent ses enseignements, touchent ses plaies, mais tout cela est l'effet d'une hallucination qui les saisit tous à la fois. Le grand fait de la résurrection devient un phénomène purement psychologique, un mythe.
" Evidemment, il faut tourmenter les faits et la raison pour préférer les garanties de cette interprétation à celles de l'histoire évangélique.