‹ La lumière visibleChapitre 81 sur 89 · Léon 0U4.Iwipnine. 'JL« Prix d$ la Yi · texte numérisé non relu

Léon 0U4.Iwipnine. 'JL« Prix d$ la Yi

La lutte pour la vie, la sélection naturelle, l'évolution naturelle sont des mots vides de sens en face de la question morale. Je dois donc autant me défier de l'optimisme soi-disant scientifique que du pessimisme positiviste.

Etant homme, je ne puis vivre comme la bête, n'importe comment, ni à l'aventure ni au gré du caprice. Je dois me faire une règle de vie qui corresponde à l'idéal de ma nature, une règle morale, c'est-à-dire une vie où l'homme obéit à Dieu. Entre la loi morale et mes désirs, il y a souvent conflit, où il me faut apporter une volonté intrépide. Comme homme et comme chrétien, j'ai autre chose à faire en ce monde qu'à me divertir, qu'à m'amuser, quoique le repos, la récréation soit utile à son heure. J'ai ici-bas une œuvre à faire, une tâche à remplir. Je suis responsable de ma conduite et comme ma vie doit se prolonger au-delà de ses limites actuelles, je dois rendre compte à celui qui m'a donné l'être, mais qui est en même temps mon protecteur et ma récompense, de la manière dont je dispose de moimême et dont je remplis ma tâche. Que j'y pense ou que je n'y pense pas, cette éventualité n'en est pas moins certaine. Cette vérité, bien comprise, suffit pour transformer une vie humaine. Elle exerce sur notre existence entière une influence décisive. Elle affranchit l'intelligence de toutes les illusions sur les choses du temps, la tromperie de la bagatelle, comme le dit si bien l'Ecriture, et qui nous dérobe la réalité des choses;

elle brise les funestes attachements du cœur, redresse la volonté dans ses égarements et met fin à ses prévarications.

L'homme ne vit pas seulement pour lui-même. Il doit vivre aussi pour les autres aussi bien que pour lui-même. Il ne lui suffit pas de s'abstenir de nuire ; il doit s'efforcer de faire le bien autour de lui. L'amour du prochain, qui implique l'assistance, la sympathie, l'union, est un commandement précis et essentiel pour mon bonheur durant l'éternité. Je dois me préoccuper des misères auxquelles je puis apporter quelque soulagement. Si je portais l'égoïsme à ne point m'occuper du bien matériel, bien intellectuel et moral que je dois aux autres, je ne ferais pas mon devoir ou plutôt mon salut. Je dois, par mon exemple, par la charité et la prière, contribuer à faire régner le bien en ce monde et amener le plus d'hommes possible à la céleste béatitude.

Pour remplir nos devoirs envers Dieu et envers nos semblables avec fermeté et constance, il faut cultiver les facultés que Dieu nous a départies. C'est sa volonté qui doit nous instruire et nous guider. C'est la connaissance que nous avons de ce qui est bien et de ce qui est mal, du juste et de l'injuste, qui fait que nous sommes responsables envers autrui et envers D'eu.

La sphère du devoir n'est point limitée. EUIe comprend tous les états de vie, les riches comme lae pauvres. Il n'est pas en notre pouvoir d'être

riche ou pauvre, heureux ou malheureux ; mais je ne puis en ce monde me dispenser de remplir mon devoir, toujours et partout, même au prix des plus grands sacrifices. Le devoir le plus noble et le plus méritoire est celui qui se fait en secret et non à la vue des hommes. On l'accomplit alors avec dévouement et pour Dieu, sans vaine gloire.

Nos devoirs comprennent d'abord ceux que nous devons à Dieu, puis à ceux qui dépendent de nous, femme et enfants, à nos amis et relations de société. Il y a des devoirs de maîtres à serviteurs et de serviteurs à maîtres, de patrons envers leurs employés et d'employés envers les patrons, devoirs envers tous nos semblables, devoirs enfin envers l'Etat.

Je dois donc appliquer ma raison à bien saisir la responsabilité qui m'incombe et bien comprendre le sens de la vie, "le terme final que, dans le plan de Dieu Créateur, doit atteindre la créature intelligente et libre, et qui doit, en la fixant, achever ■€< consommer ma vie." Mon insouciance à cet ^ard serait non seulement une erreur, une folie, mais le malheur de ma vie.

Ce problème de ma destinée emprunte même aux aberrations propres à notre temps un intérêt exceptionnel. "Cette pensée de la destinée finale est tellement la vraie lumière de notre vie sur la terre, disait un jour le P. Félix dans une de ses conférences, que, quand elle vient pour nous

à s'éteindre, ou, ce qui revient à peu près au même, quand on en détourne les yeux en la tenant dans un volontaire oubli, il se fait dans l'âme une profonde nuit. La vie devient alors comme un labyrinthe où les ténèbres se croisent avec les ténèbres et où l'on marche obscur et incertain, sans apercevoir une issue qui ramène à la lumière. Voilà pourquoi il faut que cette grande lumière brille toujours sur nous de son vif et pur éclat, si nous ne voulons pas nous condamner à marcher dans les ténèbres et nous précipiter aux abîmes. Dans tous mes mouvements et tous mes actes, dans mes souffrances comme dans mes joies, je regardera: ma fin suprême, je tendrai à ma fin suprême, à ma destinée finale."

Si je ne réponds pas, en effet, aux desseins que mon Créateur avait en me donnant l'existence, aurais-je réussi dans tout le reste, j'aurai tout perdu, et je serai du nombre de ces malheureux qui, éclairés enfin par la lumière d'outre-tombe, rediront ces terribles paroles que la Sainte Ecriture met en leur bouche. "Nous nous sommes donc trompés. Nous avons dévié du chemin de la vérité. La lumière de la justice n'a point lui sur nous, et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé sur nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et de la perdition ; nous avons ignoré la voie du Seigneur. Ce fut la suprême et irréparable erreur de notre vie." (Sap v. 6.)

1^ vie, dont chaque moment peut avoir de si formidables conséquences, m'est donc la chooe

la plus sérieuse, mon bien le plus précieux et, pour la vivre vraiment, il me faut la prendre au sérieux. C'est le temps de la lutte et de l'épreuve, La vie présente vaut comme moyen, elle prépare l'avenir, et c'est ce qui en fait le prix.

La vie, en effet, est composée de moments dont la valeur est inestimable. Le temps, une fois perdu, est perdu pour jamais. Une heure que l'on abandonne chaque jour à l'indolence ou à des riens pires que l'indolence, ferait en quelques années, si elle était consacrée au perfectionnement de soi-même, un sage d'un ignorant et, employée à de bonnes œuvres, féconderait la vie d'un homme et ferait de son trépas une moisson d'actes méritoires.

On a souvent insisté sur la nécessité de se former de bonne heure un idéal élevé. Ce point de départ, bien orienté, nous sera d'un grand secours dans l'accomplissement de notre œuvre ici-bas. Il faudra cependant de constants et généreux efforts pour reproduire en nous l'image de ce que nous admirons comme beau et bon, qui n'est, en somme, que la véritable vie chrétienne. Mais rien ne m'apportera autant de consolation que de voir à la fin de mes jours, ma tâche soigneusement et parfaitement remplie, de m'être assuré, par une vie vertueuse, un lieu de repos pour la vie future.

Quelle est donc la plus haute et la meilleure forme de la vie que l'on puisse atteindre dans la

pratique i>our la rendre effectivement bonne, se demande un auteur? Travailler à s'enrichir, gagner le plus d'argent possible, voilà à quoi, dit-il, se dépense généralement la vie de la plupart des hommes que je connaisse. La poursuite de la richesse semble absorber toute leur attention et leur promette le succès ; mais je ne crois pas qu'elle les rende heureux. D'abord, ils n'aiment guère la société ; leur préoccupation est telle que leur santé en paraît affectée ; en tout cas, ils ne semblent pas jouir des satisfactions et des plaisirs de la vie. Ils n'ont guère les loisirs de s'adonner aux douceurs de l'amitié, et leur vie intérieure, leur vie du foyer, ne compte presque pas pour eux. Ils ne lisent jamais, si ce n'est la page commerciale ou financière de leurs journaux. Arts, poésie, littérature, compositions dramatiques, tout cela est classé dans leur esprit comme des placements qui ne rapportent rien, comme de vaines matières spéculatives.

Ce n'est pas que je considère la richesse comme blâmable en soi-même, mais je ne dois pas la regarder, elle et les jouissances qu'elle procure, comme ma "fin" ; je ne dois pas en devenir esclave, mais m'en servir pour le bien. "C'est Dieu, dit Bossuet, qui envoie les biens temporels comme les autres, car il est l'auteur de tout.. .. Vrais en eux-mêmes, bons en eux-mêmes, puisque tout ce que Dieu fait est vrai et bon, mais trompeurs et empoisonnés par le mauvais usage que nous en faisons." D'ailleurs, quand je pOMéde-

rais seul tous les biens du monde, quand je jouirais seul de toutes ses délices, il est certain que tout cela ne durerait pas longtemps, dit Vlmitation.

Le sens de la vie ne consiste assurément pas non plus en une vie de plaisir. Une telle vie peut d'abord paraître attrayante, mais peu de personnes peuvent se la permettre, et ceux qui s'y sont adonnés n'en ont recueilli que des tristesses et des désenchantements. D'illustres victimes, tant dans les temps anciens que modernes, n'ont cessé, sur la JBn de leurs jours, de gémir sur le vide et les amertumes qu'une telle vie laissait dans leur âme. En effet, qu'il soit raffiné ou grossier, l'excès dans le plaisir épuise l'âme sans la jamais contenter ; il amène toujours avec lui la satiété, la perte du sens moral, et, infailliblement, abrège la vie.

Le plaisir ne peut être le but et la fin de la vie, pas plus que l'ambition ou le désir déréglé de la célébrité. Une telle ambition ne vaut pas la dépense d'énergie qu'il faut pour l'atteindre. La vie est trop courte et trop précieuse pour être employée à poursuivre une pareille fin.

D'ailleurs, supposons que j'aie réussi à acquérir de grandes richesses et une position éminente, je ne serai pas encore satisfait. Je me prendrai bientôt à vouloir jouir de ces biens à perpétuité et à en désirer même davantage. La raison en est que les biens terrestres ne peuvent jamais pleinement satisfaire l'âme humaine. Ils sont

limités dans leur étendue et dans leur durée, tandis que Tâme aspire invinciblement à la plénitude, à quelque chose qui ne p)eut jamais lui être enlevé et au-delà de laquelle il n'y a rien à désirer. Ce quelque chose est Dieu, d'où nous venons et à qui nous devons retourner. C'est pourquoi, quand nous travaillons à notre amélioration morale, nous devons avoir en vue non seulement le perfectionnement de notre état naturel, mais notre préparation à cett€ vie surnaturelle d'union avec Dieu, qui est le premier objet et la fin dernière de notre être. Si l'homme ne vaut que par la volonté et le caractère, le chrétien ne vaut que par la vie morale supérieure.

Tel est le vrai sens de la vie et l'idéal que je dois m'en faire. Elle est destinée à apporter le bien-être et la joie à mon foyer ; elle fera en sorte que ceux qui dépendent de moi jouissent de tout le bonheur qu'elle est susceptible de faire naître. Elle éloigne les noirs soucis, les inquiétudes déprimantes, les revers, et empêche, en général, les ennuis du dehors de franchir le seuil de ma maison. Une telle vie ne peut être l'esclave de l'amour de l'argent, des plaisirs ou même d'une ambition désordonnée. Elle ne doit pas rester inactive ; elle doit cultiver le bon goût et s'entourer, socialement et intellectuellement, de tout ce qui p>eut la préserver d'habitudes vulgaires. Ellle doit être bien ordonnée, sérieuse, reconnue pour son honnêteté et loyauté, respectée pour sa noblesse, aimée pour l'heureuse harmonie et la

beauté qui en font tout le charme. Par-dessus tout la religion, simplement et naturellement pratiquée, devrait être le principe même, le sang de son être, l'inspirant, la stimulant, la spirituali- Bant depuis ses actes les plus ordinaires jusqu'aux plus importants.

Si nous nous contentons de vivre honorablement aux yeux des hommes, sans chercher à Burnaturaliser notre travail, nos misères, nos peines, nos joies, nous perdons le mérite divin de nos actions ^ Cherchez Dieu, dit l'Ecriture, et votre âme vivra. Ce peu de mots résument les devoirs de l'homme et lui disent où il trouvera son bonheur.

"Chose admirable ! la religion chrétienne, dit Montesquieu, qui semble n'avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci."

Saint Augustin avait déjà, en d'autres termes, exprimé la même pensée : "Si les rois de la terre et tous les peuples, si les princes et tous les juges de l'univers, si les jeunes gens et les jeunes filles, si les enfants et les vieillards avaient soin d'écouter et d'observer les règles que donne la religion chrétienne pour bien vivre, ici-bas la république

1. J'emprunte les pensées contenues dans ces dernières pages à l'excellent ouvrage de M. l'abbé Feeney, dont j'ai donné récemment la traduction.

eerait prospère, florissante, et elle s'acheminerait ainsi vers le royaume bienheureux de la vie éterncUe."

Chez le jeune homme, par exemple, la pratique fidèle de ses devoirs religieux suppléera en bien dea circonstances à son défaut d'expérience de la vie. Elle fera de lui un fils naturellement respectueux et soumis, un citoyen intègre, circonspect dans sa conduite, prudent dans ses rapports avec ses semblables, un chrétien de véritable sens moral. La croyance religieuse apprend à se surveiller, à contrôler ses impulsions, k suspendre ses jugements, à déterminer sa volonté. Et que de fautes, de méprises, d'embûches, il évitera ainsi dans tout le cours de son existence ! que de regrets il s'épargnera pour la fin de ses jours ! Le christianisme, dont la nature est de tout concilier, l'invisible et le visible, le spirituel et le temporel, la personne et la société, le divin et l'humain, assure donc le bonheur des individus comme celui des nations. Dans les moments difficiles de la vie, la religion communique une force morale qui, au besoin, fait faire des miracles ; elle inspire une sagesse et une énergie dont elle seule a le secret. C'est au point qu'on pourrait penser que la reUgion, dont l'objet essentiel est le salut des Ames, aurait pour fin d'assurer le bien-être de l'humanité en ro monde, tant les avantages qui en découlent naturellement dans le domaine des intérêts terrestres sont nombreux et importants. Elle maintient le bon ordre dans

une société et assure la paix aux individus qui la composent. Elle a les paroles de la vie éternelle et par cela même de la vie présente. "Comparez en toute manière, dit un pieux auteur, soit du côté de la religion, soit du côté de la vie présente, l'état d'un homme esclave de ses passions, avec celui d'un chrétien qui leur fait la guerre, et qui vient enfin à bout de les assujétir, et vous avouerez que l'Evangile, en nous ordonnant cette guerre, travaille pour notre bonheur, même temporel."

Pour apprécier ce que nous devons au Christianisme en fait de civilisation et de douceur dans la vie, il suffit de se représenter ce qu'était le monde païen avant la venue de Jésus-Christ, les vices et les passions tyranniques des empereurs romains, l'avilissement de la femme, la position précaire et cruelle fait€ aux enfants, les doctrines incroyables des philosophes sur l'infanticide, l'esclavage, l'asservissement de tous les peuples à un seul, l'effroyable immoralité des institutions et des mœurs de ces anciennes sociétés, bien que la civilisation matérielle brillât, sous certains rapports, d'une splendeur extraordinaire. On a eu raison de dire qu'avant le christianisme, il se commettait plus de crimes dans le cours d'une année qu'il ne s'en commet aujourd'hui dans le cours d'un demi-siècle. Que nous serions misérables si nous nous voyions tout à coup privés de tout ce que nous devons à l'auteur de l'Evangile en fait de civilisation, ou si nous n'avions pas le

bonheur d'être chrétiens. Voyez encore aujourd'hui les peuples qui, sous l'influence de l'islamisme et du bouddhisme, croupissent, immobiles, jusqu'à l'abjection des races dégénérées.

Lors de l'établissement du Christianisme, six millions d'hommes pressuraient, foulaient aux pieds cent vingt millions d'esclaves. Et quel esclavage? On en usait comme on usait des animaux. On les vendait comme on faisait d'un animal, d'un meuble, d'une chose. On cherchait à effacer en eux tous les caractères distinctifs de la personne humaine. Ils étaient contraints à donner leur travail gratuitement, ne gagnant rien pour eux-mêmes. On les achetait, on les entretenait, mais on ne les payait pas. C'étaient des machines à voix humaine, comme les appelle Varron. La famille pour l'esclave n'existe pas. n ne devient père ou mère qu'autant que l'intérêt, quelquefois, mais plus rarement, l'humanité du maître le permet. L'enfant, né esclave, n'appartient guère plus à son père et à sa mère que le petit animal domestique. Souvent il leur est enlevé. Les maîtres abusant de leur pouvoir, font d'ordinaire de leurs esclaves les victimes de leur luxure, de leur avarice, ou de leurs cruautés les plus atroces. La vie de l'esclave regarde seul le maître, qui n'en doit compte à personne. "Devenait-il vieux ou malade? Le plus sage, suivant d'illustres philosophe», était de le vendre avec les vieux bœufs et les vieilles ferrailles." (Caton, de Re Rustica, XXX, 111.) Si le maître

était tué par un esclave, la loi permettait que tous les autres, habitant la même maison, quel qu'en fût le nombre, fussent crucifiés. Les nécessiteux, les indigents, impropres à servir comme esclaves, sont traités encore plus durement que les animaux, quand ils ne sont pas jetés aux poissons des viviers pour les engraisser, ou aux bêtes de l'amphithéâtre comme une pâture. Galère fait rassembler les mendiants de son empire qu'il parque sur des barques qui sont ensuite coulées à fond.

Un des plaisirs les plus goûtés des raffinés de cette civilisation, aussi bien que du peuple romain, était de voir des hommes s'entretuer ou être broyés sous la dent des bêtes. Aussi le sort des gladiateurs était-il peut-être encore plus lamentable. Hommes et femmes trépignaient de plaisir au spectacle de ces tueries, que sanctionnaient les lois. Ces atrocités se passaient au siècle d'Auguste, à une époque oïl les Lettres et les Arts avaient atteint leur plus haut degré de perfection, où la civilisation latine était à la fois en pleine puissance et en pleine beauté. On a calculé, dit un érudit, que les spectacles des gladiateurs coûtaient en moyenne, 30,000 hommes par an. Ces spectacles, propres d'abord aux Romains, s'étendirent dans tout l'empire, en Gaule, en Espagne, en Grèce, en Asie. Je ne dirai rien des horribles persécutions des chrétiens en pleine splendeur de la civilisation romaine ; elles sont suffisamment connues. En un mot, la vie humaine n'était

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comptée pour rien ou du moins pour i>eu de chose. Tout prisonnier de guerre était mis à mort ou réduit en esclavage. Les faibles et les humbles étaient l'objet du mépris universel. Quant à Tenfant, il vivra si le caprice du père le permet. Il a sur lui droit de vie ou de mort. S'il a le malheur de naître avec quelque infirmité, ou même s'il ne plaît pas, on le laisse là et il meurt sur place, ou bien le fleuve ou l'égout le débarrassent de ses infâmes parents. A Sparte et à Rome, les premiers codes ordonnaient au j)ère de tuer son enfant s'il naissait difforme ou contrefait. D'autres fois, on rexi>osait comme une vile marchandise. Quelque trafiquant s'approchait, l'estropiait et plus tard l'envoyait, aveugle ou boiteux, mendier à son profit. Cette conduite était conforme à l'enseignement des sages de ce temps.

Le droit romain, dit Ozanam S donnait toute puissance "non seulement sur les biens et sur la vie, mais sur les âmes, sur les consciences : Rome étant divinisée, ses volontés étaient divines, légitimes... Un autre vice profond, c'était l'effroyable inégalité dont tous les efforts de la conscience n'avaient pu avoir raison". . . "D'après la loi romaine, la femme était toute sa vie maintenue en tutelle ; le fils était souoiis au droit de ▼ente et même au droit d'exposition dès sa nais» sance ; l'esclave était dépourvu de tout droit."

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