‹ La lumière visible [microforme]Chapitre 33 sur 79 · Grand est leur péché. Ils s’exaltèrent eux-mêmes · texte numérisé non relu

Grand est leur péché. Ils s’exaltèrent eux-mêmes

139. À Marduk, leur rédempteur, il (le dieu Sar) abandonna leur sort.

“Tls s’exaltèrent eux-mêmes”, dit le poète chaldéen, qui se fait l'écho des plus anciennes traditions. Nous lisons dans la Genèse (111, 22) : “Voici, dit Yahveh Elohim, l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal.” L’analogie, on le voit, est des plus frappantes entre les deux récits, lesquels font également allusion à un rédempteur.

D'ailleurs le contenu entier de la Bible se lie inséparablement au récit de la chute. Supprimez la chute, la Rédemption devient inutile, le système chrétien tout entier n’a plus aucune valeur. La chute est la raison d’être de la Rédemption, des préparations messianiques. ‘‘Retranches, dit le cardinal Meignan, comme une fable, l’histoire de la faute originelle, le reste de la Bible devient incompréhensible ; la raison de la foi du peuple hébreu, de ses rites expiatoires, de ses espérances, de ses prophéties, de la venue du Messie, de j’an-

cienne et de la nouvelle loi, nous échappe ; la nuit se fait aussitôt.”

Les rites expiatoires n'étaient pas seulement particuliers aux Juifs ; les païens, tous les peuples de la terre avaient les leurs. L'usage des sacrifices sanglants était pour ainsi dire universel avant le Christianisme. Cette coutume ne peut avoir qu’une origine commune et ne peut s'expliquer que comme un effet de la chute première, de la terrible sentence qui s’er..uivit, de la crainte qu'ont eue, depuis, les hommes d’un Dieu justement irrité et qu’on cherche à apaiser.

Pareillement, sans la chute, sans la rupture du lien surnaturel qui rattachait l’homme à Dieu, | point d’explication qui satisfasse l'esprit sur l’origine du mal ici-bas, sur l'introduction du désordre dans le monde.

C’est dans la chute, telle que nous la montrent les livres de Moïse, vrais en ceci comme en tout le reste, qu’il faut aller chercher la cause de nos misères et de nos malheurs. On sent que la vérité est là et qu’on la chercherait vainement ailleurs. Ce n'était pas seulement l’homme individuel qui avait rompu avec Dieu, mais l’humanité ellemême, qui résidait alors tout entière dans la personne de nos premiers parents. Ceux-ci, en communiquant leur nature par la génération, la transmirent telle qu’ils se l’étaient faite, c’est-à-dire séparée de Dieu, et sujette à toutes espèces de misères corporelles et spirituelles, l'ignorance, le penchant au mal, les chagrins, les maladies, et,

finalement, la mort. S'ils avaient été fidèles, ils auraient persévéré pour lui et pour nous, qu’ils représentaient. Nous serions nés, comme eux, dans un état de justice, de sainteté et de bonheur, sans être sujets à la mort. C’est l'espèce entière, contenue dans Adam, qui a péché et qui en porte la flétrissure jusqu’à ce qu’elle soit lavée dans le sang du Christ Rédempteur. Parlant d'Adam et de Jésus-Christ, saint Paul pourra dire plus tard : “De même que par la faute d’un seul, la condamnation a passé dans tous les hommes : ainsi par la justice d’un seul, la vie de la justification a passé dans tous les hommes. En effet, de même que, par la désobéissance d’un seul, beaucoup ont été constitués pécheurs : de même, par l’obéissance d'un seul, beaucoup seront constitués justes.’’

En naissant dans l’état dans lequel Adam s'était mis par sa désobéissance, ses descendants en subirent les conséquences et devinrent malheureux. Condamnés aux durs travaux, ils traversent, dans l'élaboration de leurs destinées nouvelles, à travers les âges de la pierre, du bronze et du fer, comme les appelle la science, dont ils relèvent maintenant, et qui nous raconte toutes les difficultés de leur rude existence! Ceux qui s’éloignent du berceau primitif ou des centres subséquents de

—— me

1. L'âge de la pierre a été ainsi nommé, parce que l'homme, après sa déchéance, ignorant l'art d'extraire les métaux, n'avait pas d'autre ressource que l'emploi de la pierre pour la fabrication de ses instruments et de ses armes.

civilisation, deviennent encore plus misérables et dégradés. Manquant de tout, il leur faut disputer la vie aux bêtes des forêts, n'ayant euxmêmes pour abris que les grottes et les cavernes, subissant, dans leur dénuement, la rigueur des intempéries, des saisons et les spasmes de la faim. Dans ces conditions, ils perdent le peu qui leur était resté de leur état primitif ; le souvenir des enseignements divins achève de s’effacer de leur mémoire, et ils deviennent des incivilisés, des sauvages. Pour sortir de cet état, il faudra que la lumière de la révélation vienne les éclairer.

Nous avons vu, depuis les temps historiques, des individus ou des groupes humains civilisés, lesquels, transportés de leur milieu originel et privés des avantages d’une société organisée, descendre, dans leur isolement, à l’état de misère, de difformités physiques et de dégradation.

Voici un fait que cite le docteur Hall dans son “Introduction” à l’ouvrage de Pickering :

‘A la suite des guerres de 1641 et 1689 entre l'Angleterre et l'Irlande, de grandes multitudes d'Irlandais furent chassés des comtés d’Armagh et de Down, dans une région montagneuse qui s'étend à l’est de la baronnie de Flews jusqu’à ls mer, et dans les comtés de Leitrim, Sligo et Mayo. Depuis cette époque, ces populations ont eu à subir presque constamment les effets désastreux de la faim et de l'ignorance, ces deux grands agents de dégradation. Aussi les descendants de ces

exilés se distinguent-ils des aînés de leur race par les caractères que voici :

“La bouche est enir'ouverte et projelée en avant ; ls dents sont proéminentes, les gencives saïllantes, les mâchoires avancées, le nez déprimé. Tous leurs traits portent l'empreinte de la barbarie ; la charpente même du corps a été altérée ; la taille a été rédutle à cinq pieds deux pouces : le ventre s’est ballonné, les jambes sont devenues cagneuses et les bras ceux d’un avorton.'

Quiconque possède quelques notions sur les caractères des races humaines reconnaîtra sans peine, dans cette description, les attributs qui distinguent à la fois les populations nègres et australiennes les plus inférieures. Un voyageur prétend même, dans ses études sur les tribus australiennes qu’il avait observées sur place, que non seulement ces tribus provenaient d’un grand peuple qui aurait habité le sud de l’Inde, mais que, si une colonie d'Européens s’établissait en Australie dans des conditions identiques à celles des populations indigènes, elle arriverait, au bout de trois générations à l'état de dégradation où il avait trouvé les Australiens. De fait, les missionnaires, les marins, les Voyageurs, tous ceux enfin qui ont vu des sauvages dans n'importe quelle partie du monde, qui les ont connus et qui ont vécu avec eux, s'accordent à les considérer comme des êtres tombés, dégradés, avils. Plus ils vivent isolés, plus ils se dégradent. Nous voyons que les Européens élevés parmi les

Sauvages ne dépassent pas le niveau intellectuel

de ceux avec qui ils vivent ; d’autre part, des nègres élevés dans le même milieu que les Européens arrivent au même développement ; on en a même vu, Linette Geoffroy, par exemple, être nommé membre de l’Académie des Sciences de Paris.

M. Bastien, dans un récent voyage à la Nouvelle. Zélande et aux îles Sandwich, y a recueilli des renseignements intéressants sur les traditions originelles qui rattachent les naturels à des ancêtres intelligents et civilisés. Les documents, dit le docteur E.-B. Taylor, réunis aujourd’hui en un petit volume, viennent tous à l’appui de l'opinion qui, depuis des années, avait grandi dans la pensée des anthropologistes au sujet de la civilisation des Polynésiens. Il est vrai qu'on les a trouvés, du temps du capitaine Cook, vivant dans un état barbare, et que la rareté des vêtements et le manque de métaux ont porté des observateurs superficiels à les classer comme sauvages ; mais leurs croyances et leurs coutumes laissent voir les traces évidentes de leur descendance d’ancêtres qui partageaient la plus haute civilisation des peuples asiatiques. Ils se servaient d'instruments en pierre, n’en ayant pas en métal ; mais il est facile de reconnaître dans ces Îles, aux ruines des temples et des fortifications qui se retrouvent aux îles Marquises, des N avigateurs, Taïti, Hawaï, l’Assomption, Strong, Pâques et autres, les traces d’une population artérieure et supérieure à celle qui habitait ces régions

lorsque les Européens y abordèrent pour la première fois.

| Les anciennes villes mises à découvert au Nouveau Mexique depuis un demi-siècle, témoignent que les ancêtres des populations si amoindries aujourd’hui de cette partie de l'Amérique, étaient autrefois dans un état de progrès beaucoup plus avancé,

Nous pourrions multiplier ces exemples qui, maintenant que le monde est mieux connu, nous prouvent le fait que sur tous les points du globe, à en juger par les restes d’architecture et autres indices, d'anciennes populations civilisées ont été les ancêtres des générations dégénérées qui leur ont succédé, et que l’on voudrait cependant nous donner comme représentant l’état des premiers hommes.

L'humanité est spiritualiste.— Le sentiment reli- : gieux ches l’homme ne procè ni de l’exemple ni des fonc l'appareil nerveux.

quelques classes d'i dans 1 i comme i même de naissant.

tous, même ches “Partout où il » cet être a l’idée du divin :

d’homme, ce cœur pressent Partout où les lèvres humaines peuvent

articuler une parole, elles ont une parole qui nomme Dieu !.”

En effet, grâce aux études préhistoriques, archéologiques et ethnographiques de ces derniers temps, nous avons maintenant la preuve qu'il n'existe aucune catégorie d'hommes dénuée de toute notion religieuse. Nous avons la preuve complète que le sentiment religieux chez l’homme n’est point accidentel, mais que l’humanité est spiritualiste, que le sentiment de l’Etre éternel est gravé en caractères ineffaçables au fond de l’âme de tous les hommes. Tous les peuples, sans distinction de race, de caractère, de mœurs, barbares, sauvages, civilisés, peuples anciens et nouveaux, peuples de tous les continents et de toutes les mers, ont un culte, une religion, c’est-àdire une manière quelconque de communiquer avec la Divini*£. C'est l'humanité entière qui obéit à la nature en disant: ‘ Je crois.’ L’athéisme, comme le matérialisme, ne s’est jamais produit autrement qu’à l’état d'exception individuelle.

‘La prétention de ceux qui admettent des peuples dénués de toute espèce de religion a été régulièrement démentie chaque fois qu’on a pu vérifier, avec quelque sûreté de méthode, les faits sur lesquels on la voulait fonder ?.’

em

1. M. Alberi, dans son exoellent livre /{ problema de l'humane destino, Florence, 1876.

2. M. Lang, Mythes, Cultes et Religions, p. 160, 161, 361, 362.

Le Dahomey, pour ne citer qu’un exemple, était un de ces pays que l’on disait athée. Les campagnes de 1892-93 nous ont appris que ‘‘les Daho- ; méens cioient à un Dieu unique, créateur de toutes choses.” Un missionnaire, après un séjour de quinse années en Afrique, déclarait, en 1896, devant la Société antiesclavagisie, qu'après avoir vu lui-même et interrogé dans ieur langue les sauvages de huit races différentes n'ayant jamais eu de contact avec les Européens, il avait trouvé Dieu partout, mais qu’à la notion de Die1 sæ mélaient de grossières erreurs et d’absurdes troyances. Livingston a rendu le même témoigage en faveur du nègre : ‘Quelque dégradées, dit-il, que soient ces populations, il n’est pas besoin <e les entretenir de l'existence de Dieu, ni de leur parler de la vie future ; ces deux vérités sont universellement reconnues en Afrique.’’

“ Oui, si grossière que soit leur race, écrit un savant ethnographe, les hommes élèvent leur idée vers un Protecteur, et cette élévation est,

que celui qui les prie 1e pense guère à ces animaux à l'heure du péril, mais au Protecteur surnaturel et invisible.” . Que l'humanité soit spiritualiste, c’est une vé-

nté qui à été reconnue dans tous les temps. Citéron lui-même avait constaté qu'aucun peuple,

quelle que soit sa brutalité et sa férocité même, s’il ne sait pas quel Dieu il veut, aucun peuple n'i- &nore qu'il y en a un. (De Leg. lib 1 c. VIII) Et, ajoute le célèbre orateur : “Ce qui est accordé Par tous doit nécessairement être une vérité.”

C’est bien en effet, une vérité manifeste, indis- | cutable. La croyance au surnaturel, à Dieu, est un fait primitif, instinctif, universel, dans le genre bumain. On peut rencontrer quelquefois, mais à l'état d’exception, des esprits fourvoyés, mais l’athéisme collectif n’existe nulle part sur la terre; l’humanité est spiritualiste, et cette faculté religieuse est sa noblesse, celle qui distingue l’homme des animaux.

L’archéologie préhistorique nous apprend encore que l'humanité a toujours cru à la vie future, à l’immortalité de l’âme. Le temps n’est plus où l’on croyait pouvoir affirmer “l’areligiosité” et

“l’athéisme”” des premiers hommes dont les révolutions géologiques nous ont conservé la trace. Partout et à quelque époque qu’on l’observe, l’homme se montre un être religieux. La ‘“religiosité”, comme disent les positivistes, est le plus essentiel de ses attributs, et personne ne croit plus que l’homme quaternaire ait ignoré la religion. Et cette religion, dès le début, était, non seulement d’après la Bible, mais d’après la science même, le monothéisme. Voici, à ce srjet, la dé claration d’un savant orientaliste et professeur à Oxford, M. Georges Rawlinson : ‘Notre en-

quête sur lec anciennes religions, dit-il, nous a révélé chez toutes l'existence du monothéisme, soit à l’état latent, soit d’une manière absolue, en tout cas plus distincte et plus manifeste à mesure 2 que l’on remonte aux premières étapes religieuses de l’humanité.”

Le mode de sépulture des peuples des époques primitives, que l’on connaît si bien maintenant, tant dans l’ancien que dans le nouveau contisent, les stations funéraires des hommes des pre- | miers âges, témoignent: de la façon la plus décisive qu'ils ne considéraient point le trépas comme le terme final de l'existence. On sait aujourd’hui | le soin particulier qu'ils ont toujours pris de levrs morts, leur rendant des hommages funèbres, dérosant près d’eux leurs armes et leurs outils, des provisions alimentaires en vue des besoins des défunts dans la nouvelle existence qui commençait pour eux. En » ‘sumé, chez tous les peuples civilisés comme chez les non civilisés, la sollicitude tonstante qu’à toutes les époques l’on a portée aux morts, les attentions qu’on a prodiguées à leurs dépouilles, attestent la plus vive préoccupation de l’autre vie, et sont la preuve la plus éclatante, pour ainsi dire scientifique, de la croyance à l'existence de l’âme et à la survivance en l’audelà. “Voilà le credo universel qui se chante depuis l’origine des âges. Voilà une affirmation solennelle et permanente qui se réclame, on peut le dire, de l'unanimité incontestable des témoignages humains répétant d’une voix vibrante, dans

tous ies idiomes et sur toutes les plages, ce mot qui élève et console : “Je crois à l’âme !.”” La bête, encore une fois, ne connaît pas le cercueil. Elle ne s'inquiète pas de ses cendres ni des ossements de ses ascendants et n'’éprouve nullement le besoin d’adorer.

L'idée que l’on a pu se faire de la vie future importe peu ; toute l'antiquité y a cru, cela suffit.

La croyance de l'humanité à un être supérieur “et à l'existence de la vie future est donc une vérité incontestable, qui est dans la nature même de l’homme et qu’il ne convient plus de remettre en question. Notre besoin de croire en Dieu atteste l'existence de Dieu. Si Dieu n’stait pas, je ne penserais pas à lui, et puisque je ;-ense à Dieu, il faut qu'il soit. Ce sentiment universel, indestructible, de notre nature est le tém=ignage le plus irrécusable pour la raison de l’homs:. +.

Un philosophe allemand raconte que son père l'avait soumis à l'épreuve conseillée par l’auteur

1. Fernand Nicolay, Histoire des Croyances, Superstitions, Moeurs, Usages et Couturies, Vol. 2, p. 207.

Il y a quelque cinquante ans, Tsékélo, un chef Cafre, était venu plaider auprès du gouvernement anglais les intérêts de son peuple compromis par une délimitation de frontière opérée par le gouverneur de la colonie du Cap. Avant de retourner en son pays, il voulut visiter Paris, et dans un diner d'adieu qui lui fut donné, M. Edmond de Pressensé ayant di: : “En écoutant Teékélo. nous avons senti, reconnu en lui un homme en tout semblable À nous-mêmes. ""—Oui, oui ! s'est écrié alors l'Africain, ‘un homme, un homme, un homme ! Si je pouvais prêter mon âme à M. d Pressensé et la mettre dans son corps pendant trois jours, i verrait qu'elle pense, qu'elle sent comme la sienne !”

L'ême des Esquimaux, des Groenlandais, des Africains, a h même ovnstitution que celle des Eusnnméans nt de tone les autre

d'Emile. Resté seul, ce père, homme savant et contemplatif, avait conduit dans une campagne écartée son fils en bas âge, et là, ne lui laissant de communication avec personne, il avait cultivé l'intelligence de cet enfant par le spectacle des objets naturels placés près de lui, et par l’étude des langues, presque sans livres, et en le séquestrant avec soin de toute idée de Dieu. L'enfant avait atteint sa dixième année, sans avoir lu ni entendu prononcer ce grand nom. Mais alors son esprit trouva ce qu’on lui refusait. Le soleil qu’il voyait s'élever chaque matin, lui parut le bienfaiteur toutpuissant dont il sentait le besoin. Bientôt il prit l'habitude d'aller, dès l’aurore, au jardin rendre hommage à ce Dieu qu’il s'était fait. Son père

le surprit un jour et lui montra son erreur en lui sporenant que toutes les étoiles fixes sont autant de soleils répandus dans l’espace. Mais tel fut alors le mécompte et la tristesse de l’enfant privé de son culte que le père, vaincu, finit par lui avouer qu'il existait un Dieu créateur du ciel et de la terre !.

1. M. Villemain, Rapport à l'Académie sur lex cuncours de 1844.

Page 1