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“ans en connaître le prix et la valeur, en obéissant à une force qui la dirige et dont elle n’a aucunement Conscience. Dans son humble sphère, elle n'en remplit pas moins la fin de sa création, qu’elle ne connaît pas et n’a nullement besoin de connaître. Tout est normal et régulier dans le cours de sa vie. Je suis soumis à des besoins qui me sont communs aux êtres sans raison, mais je sens,
| à n'en pas douter, qu’il y a quelque chose en moi
qui n’est pas en eux. Une fois leurs appétits satisfaits, ils se reposent tranquillement dans une indifférence ou plutôt dans une jouissance parfaite ; tandis que moi, mes besoins satisfaits,
je ne trouve ni repos ni quiétude. Je me tourj mente pour savoir : mon âme demande encore et
sans cesse ; l’univers entier ne saurait la satisfaire. Si je jouis, je veux jouir davantage. Je vois jusqu’à certaines limites, mais je veux voir au-delà. Libre, intelligent, mais tout de même dépendant, soumis à une foule de contradictions, de maux, de luttes, dont l'animal est exempt, je rêve pourtant, au milieu de ma misère, d'immortalité, de l'infini, ce qui fait de moi un être à part dans la création, un être au-dessus de tous les autres.
J'aspire à une existence d’un bonheur parfait, immuable et éternel, que la terre ne peut me donner. Je sens que Dieu est ma fin nécessaire, que lui seul peut satisfaire le désir insatiable de félicité qu’il y a en moi. Je crois, là-dessus, à un témoignage qui ne peut me tromper, celui de mon
être le plus intime, témoignage que je ne puis rejeter sans me renier moi-même tout entier, sans renier Dieu qui m'a tiré du néant, c’est-à-dire qui m'a créé, et je constate que tous les hommes, qui sont de même nature que moi, ont les mêmes aspirations. Je ne puis pas plus faire leur bonheur qu'ils ne sauraient faire le mien, n'ayant pas été créés pour moi ni moi pour eux. Comme moi, ils cherchent le repos et ne le trouvent point.
Donc, de l’animal qui sent à l’homme qui pense et qui juge, il n’y a pas de comparaison possible. Non seulement j’existe, mais j'ai la conviction d'être d’une nature tout à fait différente de celle de la bête et de tendre à une fin qui ne saurait être la sienne. Cette fin est celle de l'au-delà. de la vie d’outre-tombe ; elle est absolument certaine. Cette aspiration, qui est celle de l’humanité tout entière, m'en prouve l'évidente réalité. L'idée religieuse, aujourd’hui comme autrefois. couvre le globe tout entier. Les notions de liberté. de moralité, de religiosité, universellement absentes ches les animaux, sont communes à tous les hommes.
Voilà des vérités que je puis facilement découvrir par moi-même. Ilest vrai qu’elles sont élé: mentaires et que chacun peut en faire autant, en prenant pour champ d'observation sa propre personnalité et la nature qui l'entoure. On rencontre, cependant, des gens qui se disent et s croient savants et qui s’y perdent ; mais elles deviennent évidentes pour moi, pour vous, pour
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tout le monde, lorsque, pour arriver à la vérité, à Dieu, nous usons de procédés que le sens commun suggère dans la pratique ordinaire de la vie, de raisons que le bon sens peut contrôler, se gardant de raisonnements subtils et des conclusions d’une science toujours douteuse. D'ailleurs, chercher dans les sciences le secret de la destinée de l’homme est peine inutile ; elles ne peuvent rien nous apprendre là-dessus. Si même aujourd’hui sciences il y a, c’est grâce À la raison qui existait avant elles et qui les a faites. L'usage de la raison a précédé la science, comme elle précède la foi. Je puis encore avancer d’un pas, et percevoir d'autres vérités sans l’aide de la science ou de raisonnements de haute philosophie.
Il est certain que j’existe ; mais, de même qu'il y a eu au monde quelqu'un avant qu'il y eût quelque chose, il est également certain que je ne me suis pas fait moi-même. Jamais l’homme, dans les plus admirables efforts de son génie n'a rien pu créer. Il lui a été possible, à l’aide des arts qu’il a perfectionnés, des sciences qu'il a cultivées et approfondies, de faire subir Ala nature de nombreuses transformations ; mais, enfin, il n’a jamais pu faire quelque chose de rien. A plus forte raison, est-il demeuré impuissant à se donner l'être à lui-même. D'ailleurs, pour se faire luimême, il aurait fallu que l’homme eût été avant que d’être, ce qui implique une contradiction manifeste, une impossibilité absolue.
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Je ne dois pas non plus mon existence à un ensemble d'hommes qui ne sont que ce que je suis, sujets aux mêmes ignorances, aux mêmes faiblesses et aux mêmes erreurs Le hasard n'étant qu’un mot, on ne peui rien lui attribuer ; le néant n’étant rien, il n’en peut rien sortir J'ai été fait par un autre : cela est incontestable. Cet autre est mon maître puisqu'il est plus puissant que moi qui ne saurais pas même faire un ver de terre Celui qui m’a doué de raison et d'intelligence est un être raisonnable et intelligent et non une force aveugle. On ne donne pas ce qu’on n’a pas Animé de volonté, je ne puis être non plus l’esclave d’une force sans volonté, moi qui ai conscience de mon être, du bien et du mal, du juste et de l'injuste, être l’œuvre d’un être inconscient. La matière ne peut donner la liberté, uisqu’elle ne l’a pas, ni la moralité dont elle est incapable. Le remords, le repentir des fautes passées est un sentiment trop au-dessus des relations organiques pour en provenir. Tout ceci me paraît évident. Impossible de n’en pas convenir. “Ni le mouvement peut naître de l’inertie, ni l’ordre du hasard, ni la sensibilité de l’insensibilité, ni l'intelligence de l’inintelligence, ni la conscience de l’inconscience, ni la liberté de la fatalité, ni la lumière des ténèbres, ni la vie de la mort. Dire le contraire, ce serait affirmer que le néant peut engendrer l'être. Ce serait ériger la formule de l’absurde en loi suprême de la pensée. Ce serait faire en un mot de
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la déraison systématique la base absolue de la science !.”
Laissant donc là les conclusions d’une érudition présomptueuse sur toutes ces questions d'origine du monde, de l’homme, de la nature de l’âme, de son intelligence, conclusions souvent conjecturales d’une science bornée, et qui si souvent fait fausse route, je m’en tiens à ma raison, qui me rend capable, par ses propres moyens, d'arriver à la possession de la vérité. Je puis non seulement connaître, mais prouver avec certitude l’existence de Dieu, la spiritualité de l’âme, la liberté humaine. L'idée que j’ai de Dieu ne peut venir que de Dieu même, et cela me suffit pour prouver son existence. Je reçois avec reconnaissance les lumières qu’il me donne et qui suffisent pour la direction dema vie, sans lui en demander davantage. Je sais encore, comme dit le Psalmiste, que “les cieux racontent la gloire de Dieu et proclament la sagesse de ses œuvres, et je puis bien me dire : le monde existe, done Dieu existe ; autrement on pourrait aussi bien imaginer une horloge sans horloger, une maison sans son constructeur. Reconnaissant donc Dieu pour mon créateur et mon maître, reconrzissant en lui le principe et la fin de ma vie, je m'explique ma nature et mes aspirations Si je rêve de l'infini, c’est parce que Dieu en a mis er moi l’empreinte. Si mon âme a soif d’immortalité, d’un bonheur qui se prolonge au-
1. Guthlin, les Doctrines positivistes en France, ch. XI, p. 288
delà du trépas, ce n’est Pas assurément l’humanité qui peut la satisfaire : elle est elle-même sujette à la mort et de plus à une foule de misères. Ce désir me vient non d’une fatalité qui se jouerait odieusement de moi, mäis de Dieu qui ne veut ni ne peut me tromper. Tout être intelligent n’agissant qu’en vue d’une fin, il est manifeste que Dieu m'a créé pour être heureux, heureux d’un bonheur qui réponde aux aspirations de mon âme.
Voilà ce que ma raison me découvre pour peu que je veuille réfléchir. Aussi cette faim et cette soif que Dieu a allumées dans le cœur de ses enfants ne peuvent trouver qu’en lui leur rassasiement ‘Lorsque toutes les coupes sont vides et que l’âme toujours altérée, élève la voix pour dire : Donne-moi encore du bonheur, le sage se trouve enfin en face de Dieu, la bonté et la bes.uté essentielles ; et il comprend cette parole de saint Augustin : “Vous nous avez faits pour vous, Ô mon Dieu et notre âme est en mouvement jusqu’à ce qu’elle se repose en vous“ La vie animale et la vie raisonnable ne sont donc pas le tout de mon être et je constate qu’il Y a en moi une vie supérieure, une vie surnaturelle, que Dieu enfin est pour ma raison et mon cœur l’être nécessaire. La science qui voudrait s'inscrire en faux contre ce sentiment aura toujours l’humanité contre elle. Elle serait en opposition radicale avec la dignité, avec la raison, avec le cœur, avec la moralité de l’homme.
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D'autre part, il est évident que j’ai été créé libre. Tous les hommes le sont. Dieu ne peut violenter la liberté humaine, ayant fait l’homme à son image c'est-à-dire libre. Je puis donc, à mon choix, faire le bien ou le mal. Le sentiment que j’ai de ma liberté fait que je suis responsable de mes actes devant Dieu. Je n’ai pas le droit de me reconnaître indépendant de mon créateur, de lui refuser mon obéissance, de ne pas l’adorer et le prier de la manière dont il veut être adoré et prié; mais je puis suivre mes penchants, ma volonté, sans m'’inquiéter de ce que Dieu veut de moi, et de ne pas lui rendre mes devoirs, en un mot je puis me perdre ou me sauver, me rendre heureux ou malheureux : à moi de choisir ce qui me plaira; je dispose absolument de mon sort. Aussi, l’Esprit-Saint, dans l’Ecclésiastique (chap. XXXI) déclare-t-il ‘“Heureux l’homme qui a pu violer le commandement de Dieu, et qui nel’a pas violé ; qui a pu faire le mal et qui ne l’a pas fait.’ En attendant, je constate que je jouis même ici-bas, d’un bonheur d’autant plus sensible et profond que j'apporte de fidélité à observer la loi qu’il m’a donnée, et de l’empressement que je mets à lui témoigner mon dévouement. Ce bonheur n’est et ne peut être autre chose que la conséquence du devoir accompli et de la vertu pratiquée, de l'effort généreux.
Mais je sais également que, pour jouir de ce bonheur, il me faut le mériter ; ail y a en moi des désirs, des forces contraires qu'il me faut &ouverner, maîtriser ; que, par suite de la chute
originelle, je suis incliné au mal plutôt qu’au bien, que “le bien même ne sort de mon âme que par un enfantement douloureux, et que ne je l’opère souvent qu’en remontant à force de rames le torrent qui entraîne aux abtmes ”’ ; Que si, enfin. je cède à ces penchants de ma nature qui m'éloignent de la voie que Dieu veut que je suive, au lieu de la paix, je tombe en proie au trouble, aux remords, à la honte, au mépris de moi-même, et, finalement, à une mort sans espérance, ou plutôt dans une angoisse qui commence le châtiment qui m'attend. Cette voix, que mes organes ne peuvent me donner ni m'ôter, qui récompense ou qui châtie après chacune de mes libres déterminations, se faisant douce et enCourageante, si je fais le bien, menaçante et vengeresse, si je commets le mal, est la voix de ma conscience, laquelle ne peut venir aussi que de Dieu qui, seul, peut se faire entendre avec autorité au fond d’une âme humaine. Si cette voix m’appartenait, je la ferais parler à mon gré ; Mais je sais trop bien que je ne puis lui imposer silence, ni lui faire dire que ce qu’il me conviendrait. Si tout en moi devait périr un jour, sans être tenu de n’avoir jamais à rendre compte de mes actes à un juge suprême, le remords ne me tourmenterait pas.
Le remords, qui est un de mes attributs, proclame mon immortalité.
Que si je suis de ces âmes faibles, pour qui le tempérament, le caractère, les circonstances sont regardés comme des nécessités insurmontables,
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et qui se laissent aller en disant : “C'est ma nature, je n’y puis rien,” je ne fais que m'en tenir aux privilèges de l’animal : j'abdique ma dignité d'homme libre ; je renonce aux nobles luttes du devoir, et je me résigne à être l’esclave des plus vils tyrans. Je reconnais, toutefois, que je ne puis pratiquer les vertus surnaturelles sans le secours de la grâce de Dieu. Réduit à mes propres forces, je pourrai peut-être me montrer loyal et tempérant ; mais j'aurai toujours besoin d’une force surhumaine pour être humble, pur et charitable, résigné dans les épreuves, comme Dieu le veut. La grâce ne détruit pas ma liberté, mais elle l’aide. Elle éclaire l'intelligence d’une lumière plus vive ; elle complète et fortifie singulièrement la volonté; elle rend les sacrifices moins durs. Cette grâce est toujours à ma disposition ; je n'ai qu’à la désirer et à la demander : elle répond toujours aux appels de la prière.
Ces vérités sont encore des vérités d'expérience, de bon sens et accessibles à tous. Elles sont en nous. Le sentiment instinctif ne trompe jamais. Si la nature humaine, qui constate ces vérités, n'était pas vraie, rien ne serait vrai.
‘Nous avons en nous “la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde” (Joan., 1, 9.) Ces prétendus savants (car dans aucun ordre de science, ce sont des hommes vraiment éminents) n’en savent pas plus que nous ; ou plutôt ils en savent moins ; car l’homme qui a aiguisé son esprit, mais en le faussant, en sait moins que
l’homme qui l’a conservé dans sa simplicité, mais dans sa rectitude première. Leurs livres, leurs cornues, leurs alambics, leurs scalpels ne font rien à l’affaire. Quand j’éprouve dans mon cœur le besoin de prier Dieu, que m'importe qu’au nom de l’angle facial du singe ou d’un tibia fossile trouvé dans un terrain tertiaire, on me défende de prier 1,”
Ma raison me démontre encore que Dieu étant le principe et la fin de ma vie, il est indéniable que je lui dois la soumission, et, bien que libre, le culte qu’il réclame : que je n’ai pas le droit de le servir suivant mes caprices, de me choisir une religion ; que je ne puis manquer à mes devoirs de piété sans me déclarer ouvertement contre toutes les lumières de mon esprit, contre tous les mouvements de mon cœur, contre tous les sentiments les plus intimes de mon âme et contre les témoignages de ma conscience, “Cette tendance de quelques esprits à réduire tout l’homme à son être corporel, toutes ses idées aux idées qu’il se fait des corps, sa conception du monde à la con-
1. Savants de négation auxquels l'autepy {le Comte de Champagny) fait allusion et dont il est question dans les pages de son livre (Le Chemin de la Vérité) qui précèdent la citation ci-dessus, lesquels, dit-il, s'évertuent à prouver au monde qu'il s'est fait tout seul, à l’homme qu'il est tout puissant, à l'âme qu'elle n'existe pas, à l'intelligence qu’elle est matérielle, accominodant cette conclusion nécessaire et désirée avec des faits scientifiques plus ou moins liés avec elle, avec un style plus lourd ou plus léger, mais toujours avec ces quelques mots inévitables et décisifs, si propre à cacher le vide de la pensée, et à amener une conclusion que l’on serait embarrassé d'amener autrement : le progrès, la raison humaine, la société moderne, l'avenir.
plicité, livres, els ne s mon qu’au fossile fende
étant niable libre, oit de r une irs de outes mounents Smoie de . Son il se con-
>hamle son lessus, tv fait qu’elle odant fiques léger, fs, si usion 8, la
ception absurde de l'intelligence produite par la matière, ce système qui consiste à couper l’une après l’autre, autour de nous, toutes les racines et tous les rameaux de notre vie, la pensée de Dieu, le sens de l'idéal, la croyance à une loi morale, les affections du cœur, afin qu’il ne reste plus qu’un tronc grossier, sec et dépouillé : tout cela sera en lutte éternelle avec la nature humaine. Quoi que puissent faire la presse,, la pédagogie et la politique, l’âme humaine, niée, étouffée, anéantie, se remuera encore sous le pied de son tyran, et ses mouvements comme ses pläihtes ettesteront son existence et ses besoins 1.”
De son côté, Dieu est tenu, puisqu'il m'a donné l'être, de me fournir toutes les lumières nécessaires pour parvenir à ma fin, une règle de vie, et, au besoin, de me servir d'appui, ce qui faisait dire au Psalmiste : “Enseignez-moi, Seigneur, à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu.” Cette règle de vie doit correspondre aux aspirations de mon intelligence et de mon cœur. Elle doit s’appliquer à ma vie intérieure, à ma conduite extérieure. Je dois la professer publiquement et elle doit être l’objet d’une pratique commune, devant régir la société tout entière. Elle doit régler, inspirer tous les éléments de mon être, leur donner un emploi et un but. Mon intelligence, ma volonté, mon cœur, mes sens, l’âme enfin et toutes mes facultés trouvent dans cette religion la