‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 12 sur 270 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

ALEXIS, POLESKA.

Oui , VOUS voyez un malheureux dont l'amour a égaré la iaison,.. j'étais trop pauvre pour aspirer à votre main...

je\ ons aimais trop pour vous céder à un aulpe... Voilà mon ciime... vous le connaissez mainien.int ; et ce nVst pins Gustave; ce n'est pins votre éponx... c'est nn coupable cpii vons demande grâce.

l'OLESKA.

Jamais... éloigne-loi... {à part.) O monpèie! si tu savais... (à Alexis.) Je te trouve bien hardi d'oser ni'approciier... qnelle audace! un paysan!.., est-il dos supplices assez grands?...

ALEXIS

Dons votre pays, je méritais la mon, je lésais, et l'excès EÎiême de ma faute devrait peut-être me justifier a vos; yeux... car celui qui expose sa vie pour posséder celle q'i'il aimait, fnt-il un vassal et un misérable paysan , celni-là devait éprouver un amour véritable.

POLESKA.

Cet amojir même peut-il l'excuser? te donnait-il le droit de l'allier à une f.imille telle que li nôtre?

ALEXIS

Vous êtes la fille d'un officier, qui, sans naissar.ce et sans fortune, est parvenu par son courage aux premiers grades militaires... Et moi aussi, j'ai servi comme lui... Polonais, j'ai marché dans les rangs de l'armée française.

Air • Connaissez mieux le srand Eushne. Dans un combat , le signe de la gloire Devint le prix d'un courageux essor , Simple soldat, aux champs de la victoire. Je fus fait noble , et je le suis encor , En France au moins, je le serais encor. Dans ce pays , où la raison habite , Où tous les rangs sont réglés par l'honneur ,

On s'illustre par le mérite ,

On s'anoblit par la valeur. ,

Après la guerre, j'ai repris mon premier métier... j'ai vécu du travail de mes mains... je n'en rougis pas... Biche de mon activité, de mon industrie, je ne pensais pas à la médiocrité de ma fortime... C'est du jour où je vous aimai

que je m'en !^u:s aperçu. Qu;^ ii'avals-je des trésors, des places, des dignités !.,. j aur.iis mis tout h vos pieds... Par m;ilheiir je ne [jossédais que dix mille rouLles; c'était le fi'uit de mes économies... a\ ce ceitesomme j'aurais pu être riche loule ma vie,., j'ai mieux aimé être lieureus quelques inst^ns... Ou aurait fait de ) lus le comte de Woron^ki, dont j'ai pris le nom? il vous eut donné une partie de sa fortune... je vous ai donné la mienne en entier... Pour vous, j'ai tout hravé, tout sacrifié... et jiour prix de tant d'amour, je me soumets sans mm mure ;i tous les châlimens qu'il vous ])laiia de m'inili^'er^ pourvu qi.e \ous jeliez sur moi un regard de pitié que je sollicite... et que je n'ai encore pu obtenir.

poLESKA.^ apris un instant de silenceet sans le regarder.

Sors... va-t en.

ALEXIS

O ciell. . est-ce vous que je viens d'entendre?., me traiter ainsi!..

POLESKA.

Je devais soumission et respect au noble comte de W oronski, je n'en dois point à Alexis.

F,n m'épousnnt, vous n épousiez donc que mes titres et mes richesses?

POLESKA.

On pourrait supposer...

ALEXIS

Je m'en rapporie h votre cœur. ..que de fois ne m avezvous pas répété que mon rang et ma fortune n'ajoutaient rien a votre amour. « Gustave, me disiez-vous, quand le )) sort t'aurait placé au dernier rang, c'est toi que j'aurais » choisi... j'aurais fait mon bonheur de l'appartenir!» ,Air de l^éniers.

Quand les honneurs illustraient ma carrière

Quand la fortune m'entourait.

D'être ma femme alors vous étiez fière, Ma tendresse vous honorait.

2" Mais maintenant elle semble jmpoitune , On m'en fait même un crime dans ce jour ; Est-ce ma faute , en perdant ma fortune , Si je n'ai pu perdre aussi mon amour.

rOLELKA.

Je me rappelle mes seuiiens; mais je croyais les f;iire à \m cœur incapable de me tromper... Voiis\ovez l)ien que ce n'est pas à vous^ et que je ne vous ai rien piomis.

ALEXIS, oJfciLsé.

C'en est trop... l'amour peut résister à tout, e.\ceplé an mépris; et puisqu'il faut vous faire entendre ii vérité apprenez donc que dans quoique condition que vous eu'îsicz été placée, voue caractère eut fait le malheur de \otre époux.

POLESKA.

Moi!

Vous-même... J'ai pu supporter jusqu'à présent voire fierté et votre orgtieil ; mais après tout, je suis votre maii ei je reprends mes droits.

POLESKA, vivement.

Vous n'en eùtesjamais... ce mariage est nul.

ALEXIS, de même.

Il est valable; ce contrat que vous n'avez pas daigné lire, portail le nom d'Alexis Pétérof^ simple soldat et vassal de ce domaine; et vous êtes^ comme moi, esclave du comte de Worouski.

POLESKA.

Je suis libre, et n'obéirai à personne.

ALEXIS

Excepté à moi, votre seigneur et maît;e... jusqu'ici j'ai stq)plié, maintenant je commande...

(Jean et Micheline paraissent dans le fond , ei s'avancent doucement.)

POLESKA, 'vivement.

Peu m'importe.

Ar.EXIS.

Et vous ol)éirez.

POLESKA.

C est ce que noiîs verrons.

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