‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 176 sur 270 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

LES MEMES , LE COMTE, en liahit do paysan, couvert d'un manteau, pâle , et dans Je plus grand désordre.

RAiMBAUT , sautant sur un marteau.

Eh bien!

LE COMTE, U7i pied sur la fenêtre et d'une voix suppliante.

Sauvez moi. . . sauvez moi! . . .

UAlMBALT.

Que voulez-vous ?

Un asile , par pitié ! . . .

RAlaMBAUT.

Un asile ? . . .

GEWEViiîVE , allant à lui.

Ociel!

RAiMEAVT, arrêtant sajemrne.

Et qui èies-vous ?

LE COMTE , hésitant.

Si je vous le dis. . . vous allez me icix)usscr. . .

RAIMBAUT

Auriez- vous commis quelque crime ?

LE COMTE, à voix hassc.

Non. . , mais je suis proscrit. . . en un mot. . . je suis. . . émigré . . .

TOUS DEL'X , avec un mouvement.

Un émigré ! . . .

HAiMBAUT, Vaidant à descendre.

Chut!... Geneviève... ferme la fenêtre... pousse la porte... heureusement que mes ouvriers sont partis... (Au comte.) Ne craignez rien... Vous paraissez accablé de iatigue.-^

LE COMTE , d'une voix faible. Il est vrai. ...

EAiMBALT, le soutenaut.

Asseyez- vous.

GENEVIÈVE, versant du vin dans un verre.

Un verre de vin. . . vous remettra. . .

LE COMTE, les regardant avec attendrissement.

Ah! ie ne me suis pas trompé. . . je le vois. . . vous ne me trahirez pas.

HAIMBAUT.

Vous trahir!... ( Avec fierté. J J'ai été soldat, mousieur... jamais je ne verrai un ennemi dans un malheureux!. . . et si je puis le secourir. . . Voyous , parlez, que pouvons-nous faire pour vous.-'. . .

Me cacher, me dérober aux poursuites . . .

haimbal't.

Ce n'est pas le plus facile ; mais quelle imprudence ! et qui a pu vous engager à reparaître en France?

Un devoir sacré. . . . Depuis trois ans, je vivais au fond de l'Allemagne, mais je n avais pu emmener ma mèxe. . . son âge. . . ses infirmités. . . Jugez de mon désespoir. . ..

lorsqu'une lettre d'un l>ravc fermier m'apprend que cette J)onne mère, fra[)pée de notre séparation, allaiblie par le chagrin, va bientôt m'ètre enlevée... A cette all'rcuse nouvelle. . . j oublie tout. . . les dangers. . . la distance. . . je n'écoute que mon cœur. . . je pars à pied. . . Ji; traverse lAllemagne, une partie de la France, sous ce déguisement... je vole dans les environs de Lyon, et j'arrive, hélas I. . . pour recevoir la bénédiction de ma mère et son dernier soupir. . . .

GENEVIÈVE, attendrie.

Pauvre bomme !

Mais il fallait regagner la terre étrangère. Le bonbeur qui m'avait d'abord accompagné. . . m'abandonna au retour. . . Reconnu, dénoncé par un ancien domestique de la lamilîe. . . je IVis obligé de changer de direction. . . je me jetai du côté de Paris. . . . espérant trouver un asile chez mes amis. . . il m'en restait bien peu. ... ils m'ont tous refusé ! . . .

BAiMBAUT, indigné.

Les lâches I . . .

.Terrais dans la ville, sans but, sans projet arr»*té. . . lorsque tout-à-l'hciire , au détour d'une rue. . . j'entends mon nom. . . c'était mou signalement que la foule lisait . . . Eperdu. .. glacé d'effroi. . . je me jette dans une ruelle obscure. . . j'escalade un mur, je traverse votre jardin , et j implore votre pitié , décidé à me livrer, si je ne pnis l'oblenir. . . (^avec larmes^ si je dois traîner ma vie loin de ma femme et de mon enfant. . .

KAiMBAtT, ému.

Votre lemmeî . . . Vous êtes marié?

GENEVIÈVE, de même.

Et vous avez un enfant ! (Prenant la main de Ka.imhaut. ei lui montrant Marianne endormie.) Ah 1 mon ami 1 notre pauvre petite Marianne.

KAUIBAUT.

.Te l'entends , Geneviève. . . mais je n'avais pas besoin de cela pour me décider. • . »

LE COMTE, avec joie.

Esl-il possible !

RAIMBAt-T.

Vous allez souper avec nous, vous coucherez là-li;mt nis le peti aura à faire.

dans le petit grenier, et demain nous verrons ce (pil y

LE COMTE , leur serrant les mains.

Ali ! mes amis !

Air : II me faudra cjuitter l'Empire.

D'an pareil trait mon âme est attendrie... Biais , juste Ciel! je frémis en pensant Que vous pouvez tous deux perdre la vie Pour un si noble dévoûment.

RAIMBAUT

Nous parlVons d'ça dans un autre moment.

D'effroi pour vous je sens mon âme atteinte j Je crains l'abîme oii vous allez courir. GENEVIÈVE.

Sauver vos jours est not' plus cher désir. LE COMTE , plaçant la main de Raimhaut sur son cœur. Voyez mou cœur , comme il tremble de crainte !

RAIMBAUT, de même et avec Jeu.

Sentez le mien , comme il bat de plaisir !

Et si l'on me découvrait cliez vous ... si mon nom était prononcé. . . .

RAIMBAUT, vivement.

Eh bien ! ne le dites pas. . . je ne vous l'ai pas demandé.. . je n'ai pas besoin de le savoir. . . Vous êtes un honnête homme , moi aussi. . . v'ià tout ce qu'il faut. • . a[)rès ça, danger ou non. . . faut faire son devoir, et Dieu fera le reste I

Ail- du Calife.

Quel exemple! Ah ! si tous les hommes Vous ressemblaient, mes bons amis!

HAIMBAUT , gaiment.

QuVoulez-vous, dans l'temps où nous sommes. Tous les méchans sont réunis.

Mais , voulant t'nir tèto à l'orage.

Je ni'dis pour avoir du courage :

Faut qu'les méchans nousfass't horreur , Mais y n'faut pas qu'ils nous fass't peur.

Il va pour sojrtir et revient près du comte.

{Pite. ) Restez là , ntongez pas, . . j'vas prépaier vot'

chambre à coucher. . . Toi , Geneviève. . . à ta cuisine

aye l'œil au guet. . . ferme la porte de la cour 5 prenons toutes nos précautions. .. et puis na a foi au petit bonlieur... Si nous sommes découverts. . . eh bien ! {serrant la main du Comte) r\ov.s partirons ensenablc ^ de ce temps-ci les bons s'en vont de compagnie.

Us sortent de côté.

SCÈ]\E Vï.

LE COMTE, LA PETITE -MNMS^^E, toujours dans son berceau.

LE COMTE , les regardant sortir.

Excellentes gens! quel courage! quelle générosité!. . . et comment pourrai-jc jamais m'accjuitlcr ! {JI jette les yeuxsur les portraits qui sont aujond. ) Ce sont leurs traits. . . oui... le peintre oui les a tracés n était pas ini grand maitre , mais il a eu le bonheur au moins de conserver cette expression de bonté, de franchise qui se lit dans leurs yeux... Sur ces portraits seuls, on devine d'hoiniètes gens ... (7/ aperçoit l enfant endormi. ) C'est leur lille . . . Pauvre petite.' Je voudrais appeler sur toi la bénédiction du Ciel. . . Je voudrais avoir des trésors pour payer tout ce que tes parens ont fait pour moi. . . et je n'ai rien. . . je ne possède rien. ( Il jette les jeux sur Vanneau quil

porte à sa main. ) Ah I l'anneau de ma mère, oui . . . oui . . ■> celle (ligne faniiÛe gardera au moins le souvenir du pauvre émigré.

Air : Dis-moi, mon ■vieux, dis-moi, t'en ftouviens-tu.

IJ ôtc l'anneau et l'attache au collier do Marianne.

Tiens , chère enfant , c'est l'anneau de ma mère !

Je ne croyais jamais m*en dessaisir...

Privé de tout , dans ma triste misère ,

Je suis heureux de pouvoir te Toffrir...

Ce doux tribut de ma reconnaissance

Est le seul Lien qus je n'ai point perdu...

D'une voix émue.

Qu'il soit long-temps porté par rinuoccnce. Après l'avoir été par la vertu.

SCKNÏÎ VII.

>ES MÊMES, GENEVIÈVE, RAIMBAUT, revenant.

RAiMBAtJT, au comte.

Là, tout va bien, personne ne vous a vu entrer. . , Je m'en suis assuré. . . Maintenant il faut prendre des forces... du i"epos . . . vous en avez besoin . . . nous allons souper bieu vite , et i'vous conduirai après ça dans vot'grenier, où vous dormirez comme un prince ....

Le Comte aide Geneviève a placer la taLlo au milieu du théâtre. IIAIMBAUT.

Vite , à table , il est tard! . . .

LELiÈvRE , frappant en dehors à la porte dujond. Toc 5 toc. . . Voisine.

LE coTMTE, effrayé et bas.

Qui vient là?

GEKEviiiVE , de même.

Ah ! mon Dieu !

RAiMBAiJT , bas.

Silence ! ( Haut. ) Qu'est-ce qui frappe ?

LELiÈvRE , en dehors.

C'est l'épaule de mouton . . .

GENEVIÈVE , bas.

C'est IVoisinLelièvre.

uAiMBAUT^ has.

Lelièvrel Oh! maudit rôtisseur je n'y pensais plus-

LE COMTE, bas.

Est-ce qu'il est dangereux.

haimbaut.

Hél. . . pas trop. . . mais bavard. . .

LELiÈVRE, toujours deJiorSt Ouvrez donc.. . je me brûle les doigts.

RAIMBAUT

Voilà ! voilà ! ( bas au comte ) Il n'y a pas moyen de l'éviter. . . Du sang-froid, de l'aplomb, ne vous troublez pas et dites comme moi.

11 ouYre.

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