‹ La lune de miel; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 213 sur 270 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

STUBAC, AUGUSTE, sur le rocher.

STUBAC, à lui-même.

On m'afoir point trompé., le petite patelière il être lia-

plement jolie. . . et un peu séfère. . . mais je Tiendrai ici tous les jours , et à force de prendre la décheuner et la patience...

AUGUSTE, se levant.

Allons... voilà le brouillard qui se dissipe... on peut travailler. . .

STUBÂC.

Qui être^là?

AUGUSTE , (lescendant sur le the'âtre.

Eh! je ne me trompe pas.. . j'aperçois d'ici une figure de connaissance. . . cet aimable Suisse que j'ai connu à Paris.. . il y a quelques années.. . le colonel de Stubac. . . du canton d Argovie.

STUBAC, allant à lui.

Ya. . . ya , la Parisienne. . . monssié. . . monssié. . . de Blançay. . . du canton de Tortoni.. .

AUGUSTE

Lui-même . . . c'est-là que j'ai eu le plaisir de faire votre connaissance en jouant avec vous au billard.. . Ahî çà, depuis deux ans vous avez fait bien des progrès dans la langue française.

Ya. . . ya. . . che être dans une position difficile , che afre oublié l'allemand , et che savoir pas encore le français. . .

AUGUSTE

J'entends : vous êtes sur la frontière. . . entre la France et l'Allemagne. . .

STUBAC.

Ya. . . Aussi quand che retourner à Paris , che vouloir prendre une petite secrétaire.. . pour les ordres du chour, et les pillcts doux.. .

AUGUSTE

Et comment vous êtes-vous décidé à quitter la capitale, où vous étiez déjà lancé ?. . car, lors de mon départ , il n'était question que de vos succès. . . de vos conquêtes.. . et de votre légèreté.

STUBAC.

Ya. . . che être devenu trop léger. . . et j'afais obtenu une congé pour retrouver au pays l'embonpoint helvétique. . .

(9) AUGUSTE

Et quelles nouvelles de Paris?.. Quand Tavez- vous quitté?

STUBAC.

Il y a trois mois.

AUGUSTE

C'est trois siècles ! et vous ne m'apprendrez rien de nouveau. . .

STUBAC.

Mais fous même... comment fous troufcz-fous à sle heure. . . sur les pords du lac de Brienz. . . un élégant Parisienne ?. . .

AUGUSTE

Ah! bien oui, Parisien! Plût au ciel que Je le fusse encore.. . parce qu'avec mes goûls , mes talens et un peu de fortune. .. il n'y a vraiment que Paris où l'on puisse vivre. .. mais pour le moment je voyage malgré moi, et par raison.

STUBAC.

Vous?

AUGUSTE, riant.

Oui , nous autres Français nous avons trop d'esprit , et c'est ce qui nous perd. . Une petite chanson charmante, dans le genre de Collé : « Le punch et le vin que j'ai pris , « peutêtre un peu plus fort.. . mais c'était au dessert., au vin de Champagne. . . d'ailleurs c'était seulement pour mes amis et connaissances. .. mais je connais tant de monde. . ça s'est répandu. . ça s'est même trouvé imprimé... je ne sais comment. . . Quoiqu'il n'y eût rien de politique là-dedans, on s'est fâché, et l'on a eu peut-être raison, parce que les mœurs avant tout.. .. et voilà, mon cher, comment je me trouve voyager en Suisse

STUBAC.

Sans pouvoir rentrer dans le France.''. . .

AUGUSTE

Si vraiment.. . permis à moi.. . mais il faudrait d'abord me constituer prisonnier pendant quelques mois , et je n'aime pas celte manière de faire ma rentrée.. . j'aime le grand air, et en restant cinq ans dans ce pays. . . je n'aurai plus rien à craindre.. . parce qu'il y aura prescription. . . . entendez -vous?. . .

STUBAC.

Brescrlplion. . . vous tites ?. . .

AUGUSTE

Oui.. . Il va croire que c'est de rallemand. . . c'est un mot du Palais. . . un terme de chicane. . .

STUBAC.

J'entends. . . encore une autre langue. . . et maintenant fous foilà pien tranquille —

A présent?... oui, assez... Dans votre pays, qui est celui de la liberté, on ne fait pas toujours ce qu'on veut... Un étranger, à poste fixe , ça les inquiétait... ma foi pour vivre tranquille pendant mes cinq ans...

STUBAC.

Fous fous être fait naturaliser...

AUGUSTE

Précisément, il fallait faire quelque chose, je me suis fait Suisse... citoyen de Berne... c'est un bel état!..

STUBAC.

Che être rafi... fous être un compatriote...

AUGUSTE

Oui, descendant de Guillaume-Tell , ou peu s'en faut... et ce que je trouve de mieux dans ma nouvelle patrie, ce sont les petites filles de ce canton.

STUBAC, souriant.

Air de Turenne.

Ya... cet bétite patelière , Au teint si frais , aux yeux si doux , A qui tout le monde veut plaire. . .

Chen suis amoureux. . . foyez-vous.. .

AUGUSTE

Amoureux ! ah ! tant pis pour vous !

Car c'est une vertu terrible.. .

De ces vertus de deux ou trois cents ans. . . Des anciens tems... vous comprenez... du tems Où la Suisse était invincible.

11 n'y a'rien à faire , mol qui vous parle , j'y al renoncé... j'ai d'aulres vues... celte petite Grilly... la passion la plus

vive , c'est-à-dire la plus récente ; parcequc , pour voyager avec fruit, il faut beaucoup voir... c'est le moyen d'étudier les mœurs des nations... Mais que je ne vous dérange pas... vous tenez là des lettres... des journaux ; et moi, je vais achever mon paysage.

Ah! ahî vous faire aussi des tableaux ?

AUGUSTE

Oui, comme des chansons... en amateur... {^Pendant qu' il traQiiille, Stiihac ouvre ses lettres.')

STUBAC.

C'est de ma major... des nouvelles de la régiment... qui être resté en France... ça fa pienne... ça fa piennc .'.. Non I der Tew fel ! ça aller pas pienne I... un des meilleurs soldats qui l'afre déserté.

AUGUSTE

Déserté! diable... ça ne plaisante pas..-

STUBAC.

Je conçois bas. . . un caillard. . . qui afre déjà trois ou quatre plessures... qu'est-ce qu'il faut donc de mieux ? ah ! mein Gott ! mein Gotl ! che être pien fâché...

AUGUSTE

Pour lui?

STUBAC.

Ya... et pour moi... parceque foyez-fous, aux termes de la cabitulation , quand il y afre un déserteur dans la réchiment, je être opligé de le remplacer...

AUGUSTE

Ça , ce sont vos affaires.

STUBAC.

Ah .' çà . . . je foulais écrire ... et je ne sais . . .

AUGUSTE

Vous voulez écrire... tenez, entrez dans mon chalet ; làhaut... mais, dans ce pays... pour être bien servi... il faut avoir tout avec soi. {Fouillant dans sa poche et en tirant un rouleau de maroquin.) Y q^qz, voilà mon écritoire de voyage et ma plume fidèle...

Ce être pien... je fais tonner Tordre de poursuivre mon déserteur et d'arrêter lui.

AUGUSTE

Tant pis! [montrant sa plume) je suis fâché qu'elle serve à un pareil usage.

Air : Ces Postillons.

J'aimerais mieux que, moins cruelle,

Elle signât sa liberté !

Je fus de')à mis en prison par elle , Par elle encore un autre est arrêté; Elle est vouée à la fatalité.

Puisqu'ici-has , commençant par ton maîlre, Faire coffrer les gens est ton métier, Je te maudis... va-t'en... tu devrais être La plume d'un huissier 1

iStuhac entre en riant dans le deuxième chalet à droite, et Auguste se remet à Vouvrage pendant que Lîsheth et Gritly entrent en causant.^

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