SCÈNE IV
AUGUSTE, occupé à dessiner, LISBETH, GRITLY.
AUGUSTE
Ah! c'est ma gentille Gritly, et la belle batelière.
GRITLY.
Quand je te répèle que c'est aujourd'hui qu'ils doivent arriver.
LISBETÎL Tu en es bien sûre ?
GRITLY.
On me l'a dit à la ville où on les attend ; et ça n'est que trop vrai.
Trop vrai... est-ce que tu en serais fâchée?..
GRITLY.
Tais-toi donc... c'est monsieur Auguste. {Elles vont se
placer à côté iT Auguste ^ qui dessine... l'une à sa droite', l'autre à sa gauche... Gritly, en regardant le dessin, s'écrie :) Oh! que c'est joli... c'est toi, Lisbelh... et puis moi...
LISBETII.
Et notre chalet... et mon bateau.!. Dieu ! quel talent!
AUGUSTE
Vous trouvez?..
GRITLY.
Ah!., le bateau surtout est d'une ressemblance...
AUGUSTE
C'est flatteur î
LISBETH
Et puis ce paysage, n'est-ce pas que c'est un beau pays que le nôtre?
AUGUSTE , se levant.
Oui , si vous voulez... mais c'est toujours la morne chose... des montagnes et des précipices... et une fois qu'on y est , on ne sort pas de là... point de spectacles, de promenades... des routes affreuses. .. impossible d'y aller en tilbury... Aussi, ce qu'il y a de moins mal dans ce tableau.», tiens, c'est là vers la gauche... (// leur montre le dessin sur son alùum.)
LISBETH
Comment... ce lointain qui est si aride?...
AUGUSTE
C'est ce que j'aime le mieux I... ce grand terrain sablonneux où il n'y a pas d'arbres... ça m'a rappelé le bois de Boulogne... Dieu! quand irai-je m'asseoir... je ne dis pas sous son ombrage... à moins que depuis le tems, il n'en soit survenu ; mais quand pourrai-je respirer la poussière des Champs-Elisées et de la porte Maillot!..
GRITLY.
Fi, monsieur... vous ne parlez que de nous quitter... Ce pays que vous regrettez est donc bien beau ?
AUGUSTE
Ah! tu ne peux pas l'en faire d'idée !
LISBETH
Ces Boulevarts Italiens dont vous parlez sans cesse. . . sont donc plus rians que la vallée de Lauterbriin , plus frais que la chute du Giesbach ? . . .
AUGUSTE , avec enthousiasme.
Oui! (^se reprenant) quand on les arrose.. . . parce que, voyez-vous, c'est un autre genre — leur grand mérite surtout. . . c'est de ne pas être ici , et d'être là-bas. . .
LISBETH
Air : // me faudra quitter Venipire.
Ah! de les voir, combien nous serions aises !
GRITLY.
Mais je mMemande bien souvent. . .
Vous qui n'aimez, n'vantez que les Françaises ,
Comment s*fait-il que vous m'aimiez autant ? . . .
Tu vas comprendre et très-facilement ; De nos beaute's , par l'amour embellies , Je trouve en toi les charmes re'unis, Le goût , la grâce et le malin souris . . . Je t'aime donc. . . car les femmes jolies , Moi , je les crois toutes de mon pays.
GRITLY.
J'entends.... et est-ce bien loin, la France?. . .
AUGUSTE
Hélas! oui.. Dans ce moment j'en suis encore à... deux ans de distance. Si au moins on pouvait en parler, si on voyait des gens qui la connaissent. . . ça ferait prendre patience.
LISBETH
Si ce n'est que cela. . . réjouissez-vous. . . vous aurez ce plaisir.. . c'est aujourdhui que nous attendons nos soldats, nos jeunes gens qui ont fini leur tems de service , et qui reviennent de France, après avoir obtenu leur congé.
AUGUSTE, prenant son chapeau.
Ils reviennent de France , dites-vous?
GRITLY.
Eh bien! où al lez- vous donc;'
AUGUSTE
Au-devanl d'eux. . . afin d'avoir des nouvelles plus lot.. .
GRITI.Y.
Mais écoutez donc. . . un instant. . .
AUGUSTE
Tout à rheure , ma petite Gritly, quand je reviendrai. . . De quel côté doivent-ils venir ?
LISBETH
Par V Emmenthal et le Schallemberg.
Où diable vont-ils chercher leurs noms? Mais c'est égal , j'y cours.. . Pardon , ma chère Gritly.
Air : Dieu tout puissant , par qui le comestible.
Pour mieux hâter ce moment pathétique, Au-devant d'eus, sur les rives du lac, Je vais errer, voyageur romantique , En contemplant la chute du G/esbach.
J'aime à rêver, près du torrent qui roule, A ma patrie, he'las! dont je suis veuf; II est si doux de suivre l'eau qui coule! On peut se croire encor sur le Pont-Neuf. Pour mieux hâter, etc.
(// sort en courant. )