XI LA UJNB BB MIEL
lui-même et fit signe à Moafalvan de les prendre.
— (Test le premier mois de ta solde, dit-il ; travaille à ce que ee ne soit point le dernier. '
Le condottiere serra la somme dans sa ceinture. Comme il achevait, Pietro entra.
— Approche, lui dit Philippe-Marie ; ta sais que j'avais promis de vous choisir un chef.
— Il est vrai, Seigneurie, répliqua Piétro.
— Eh bien , je l'ai choisi, reprit le duc»
L'œil du guidon se promena autour de la tente «vee curiosité.
— Le voilà, reprit Philippe en montrant le condottiere r tu le feras connaître à la compagnie» Aller.
Il fit un geste, et Pietro sortit avec Montalvan* Mais les murmures du guidon, contenus par la présence du duc, éclatèrent librement lorsqu'il arriva au milieu de ses compagnons réunis devant la tente. Ce fut avec des malédictions et la fureur dans les yeux qu'il leur annonça le choix que le ducv»* nmt de faire r sa colère fut partagée par tous* —Un inconnu pour chef ! s'écrièrent-iJs avec in-
dignation. Sa Seigneurie ne pouvait-elle donc trouver parmi nous un homme digne de commander? '
— C'est quelque favori de la nouvelle duchesse, fit observer Pietro.
— Ou quelque bouvier allemand, ajouta un vieux condottiere.
— Lui obéisse qui voudra, reprit le guidon, ce ne sera point moi.
— Ni moi.
— Ni moi.
Le refus d'obéissance trouvant partout de Técho, les condottieri groupés devant rentrée fixèrent des regards menaçants sur Montalvan.
Celui-ci demeura tranquillement à la même place, une épaule appuyée à la tente, et comptant avec une sorte d'indifférence la bourse de ducats dont il s'occupait à faire deux parte.
Les soldats, surpris et embarrassés de ce calme, firent enfin silence. Montalvan releva alors la tête et promena autour de lui un regard dont la sérénité avait quelque chose de hautain.
— Vous êtes vife, mes maîtres, dit-il lentement
pourquoi s'emporter ainsi avant de savoir si Ton peut s'entendre?
— Ah ! il a peur, dit Pietro.
— Parce que je ne crie point? répliqua Montalvan ; depuis quand as-tu vu, guidon, que les plus bruyants fussent les plus braves ?
— Eh bien, parle alors, reprit Pietro avec violence, d'où viens-tu, qui es-tu, quels sont tes droits pour nous commander?
— Quels sont les tiens? demanda froidement Montalvan.
— Moi, j'ai fait mes preuves, répondit le guidon ; mais qui pourra assurer aux camarades que tu es capable de les conduire?
— Toi, dit le soldat.
Pietro, étonné, le regarda?
— Tu n'as oublié ni la bataille de Candie, ni celui qui sauva ton guidon, continua Montalvan; la nuit était déjà venue et elle a pu t'empêcher de distiiv guer ses traits ; mais quand il te quitta, vous avez échangé vos armes.
— D'où sais-tu cela? s'écria Pietro.
Montalvan dégaina son épée et en tendit la poignée au condottiere, qui la reconnut.
— Celle que tu portes, ajouta-t-il, doit avoir une main qui tient un poignard gravée sur la lame.
— Sur mon salut! c'est la vérité, interrompit le guidon ; mais alors ce brave qui sauva mon drapeau, c'était toi?...
Et, comme honteux de cette familiarité, il se découvrit avec respect en reprenant :
— C'était vous !
Montalvan sourit.
— Tu vois que j'ai fait mes preuves, reprit-il, et que tu peux être ma caution auprès de tes camarades. Quant au droit de vous commander, je n'en ai d'autre que la préférence du duc. Je ne vous dirai point que j'ai conduit des compagnies dans les armées de Sforza, de Micheletto, de Braccio, cela ne vous prouverait point que j'en étais digne; mais prenons le temps de nous connaître. Dans un mois je reviendrai devant vous comme je suis dans ce moment, sans insigne de mon grade, le fourreau vide, et vous-même déciderez si je puis continuer à
marcher à votre tête ou si je dois rentrer dans vos rangs.
— C'est dit ! s'écria Pietro, j'accepte.
Les condottieri se regardèrent. *
— Essayons, répétèrent toutes les voix les unes après les autres.
— Alors j 'entre en fonctions, reprit Montalvan qui tira de sa ceinture Les deux bourses. Ceci, camarades, est pour célébrer ma bienvenue et ceci pour ajouter à votre solde. Le guidon fera les partages.
Il avait jeté les cent ducats à Pietro, qui demeura stupéfait d'une telle générosité; mais les condottieri Applaudirent.
— Par saint Janvier ! voilà un début que j'aime, s'écria un Piémoniais qui soupesait de l'œil les deux bourses.
— Je commence à croire que monseigneur a .bien choisi, ajouta un Napolitain >en rianL
— Il réclamera notre jpâye arriérée, reprit un troisième.
— Et il nous permettra le pilkge an campagne, continua un dernier.
1A 1TTNE DE HIEL T9
— Santé et joie à Sa Seigneurie !
— Vive le nouveau capitaine !
Les toques s'agitaient dans l'air, les visages avaient repris une apparence de bonne humeur, et les condottieri se retirèrent bruyamment à l'écart pour faire le partage des deux bourses.