SCÈNE DEUXIÈME
rot, demande Colombine. Toujours ces vilains papillons noirs qui te trottent par la cervelle.
Toujours, mime Pierrot.
Et elle reprend : s’il pouvait se voir! Il est maigre; il a l’air triste.
Oh! oui! soupire Pierrot.
Mais que peut-il bien désirer à cette heure ? Il est riche.
Hélas oui !
Il a une petite femme, toute à lui, qui l’adore du matin au soir.
Oui! Oui, soupire encore Pierrot résigné.
Eh bien ! alors. En aimerait-il une autre, par hasard ?
Oh! non, jure Pierrot. Il n’aime qu’elle. Et tout en étendant la main, il regarde du côté de la Lune. Mais il ne sait ce qu’il a; depuis quelque temps, il se sent tout drôle . Il est malade . Il s’ennuie.
Tu t’ennuies tant que cela, interroge en souriant Colombine. Et câline, provocante, elle se rapproche, se serrant contre lui; et doucement, la tête sur son épaule, elle le conduit près du banc de gazon.
SUR LA TERRE
Regarde, semble- t-elle dire. Ne suis-je plus jolie? Ne trouves-tu plus à ton goût mon visage, ma bouche et mes yeux? S’il savait quels trésors de tendresse elle a là, dans le cœur, pour lui, pour son Pierrot adoré.
Et elle le fait asseoir sur le banc, s’agenouillant presque devant lui, lui caressant le visage, cherchant une caresse.
Mais Pierrot ne répond pas. Profitant de ce qu’elle ne peut le voir, c’est à la Lune qu’il envoie de nouveaux baisers. C’est celle-là seule qu’il aime et qu’il veut!
Colombine ne comprend rien à sa froideur. Mais tout à coup une idée lui vient. Il a peut-être faim! Oui, sûrement, c’est cela qui le rend d’humeur si maussade. Il était si gentil autrefois, et si gourmand.
Et faisant un signe à Pierrot qui, les bras ballants, la regarde s’en aller, elle va au fond chercher la petite table qu’elle apporte sur le devant de la scène.
Pierrot envoie à la Lune un dernier baiser, puis lui, toujours résigné, elle, toujours souriante, sûre