‹ La lune rousse: comédie en deux actesChapitre 4 sur 76 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

admirer la verdure et les fleurs; mais ce beau feu passe vite, et ils finissent par dormir plus ferme qu'à la ville.

NORIKE.

Et ce n'est pas malheureux. Je plaindrais notre jeune dame si cela devait continuer ; et puis les domestiques n'y tiendraient pas. Des mariés d'un mois ont d'ailleurs autre chose à faire qu'à sauter du lit à la piquée du jour.

SIMON

Hé ! hé ! comme vous dites ça, mam'zelle Norine !

NORINE

C'est bien vrai aussi! je vous demande un peu ce que les maîtres ont à faire à la campagne, sinon boire, manger, dormir, se promener et tarabuster les domestiques. Je ne dis pas cela pour M. Albert; c'est bien le plus pacifique des hommes, toujours avec ses livres et ses papiers. Ce n'est pas lui qui dérangerait son monde pour une épingle à ramasser ou un bout de fil à chercher.

SIMON

Les messieurs sont plus accommodants, pour sûr, parce qu'ils n'ont pas l'esprit tourné aux petites choses du ménage.

NORINE

Aussi la bonne chance pour nous serait d'être au service d'un homme seul; mais il n'y en a pas pour tout le monde; et puis, le malheur, c'est que ça fait jaser les mauvaises langues, et quand on est honnête fille, il faut avoir soin de sa réputation.

Vous avez raison, mam'zelle Norine. M'est avis qu'une fille sage et laborieuse aimera toujours mieux peiner beaucoup dans une grosse maison que se croiser les bras chez un homme seul.

NORINE

Sans compter qu'en sortant de là on ne trouve guère à se placer dans un ménage un peu propre.

SIMON, découvrant son panier.

Tenez : j'apportais à vos maîtres une couple de canards de la ferme, et noire femme a mis là pour vous la moitié d'une tarte aux pommes qui sort du four à Pinstant même.

NORINE

C'est bien aimable à la mère Simonne d'avoir songé à moi. J'irai la remercier dès que je pourrai quitter mon travail; mais ce n'est pas facile avec les tracas d'un emménagement; tout est encore sens dessus dessous par ici.

SIMON

Vous dites donc que vos maîtres sont à leur premier mois de mariage, tout comme les oiseaux. Ce doit être gentil un ménage dans sa lune de miel. La jeunesse n'est pas méchante, et j'espère bien qu'ils garderont le vieux père Simon pour leur fermier.

NORINE

M, Albert est la bonté même ; je n'ai pas encore eu

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