ACTE II, SCÈNE VIII
DUPISTIL, haussant les épaules avec dédain.
Ce serait bien la peine! mieux que cela ; — une variété de rose de semis, une hybride magnifique,
MADAME VERBESEC,
Ah! vraiment! et cela s'appelle... une hybride?
DUPISTIL,
Oui, du grec hubris. idos^ mélange, métis. — Ah! le grec!... si Ton savait toutes les ressources de cet idiome, on ne voudrait plus parler français.
HÉLÈNE
Et ce qui distingue votre... hybride des autres roses...
C'est qu'elle n'a point de parfum; mais, là, pas un atome, un scrupule, une ombre, un soupçon de parfum.
ALBERT
Mais c'est un monstre que cette rose-là!
DUPISTIL.
Vous comprenez : — une rose qui sent la rose, quoi de plus vulgaire? Cela se rencontre partout. La rose sans parfum ne se trouvera que dans mon jardin; ce sera le rara avis des roses; je sais des amateurs qui en crèveront de jalousie. Et remarquez bien, je vous prie, que je ne désespère point d'arriver — ayant créé la rose qui ne sent rien — à créer la rose qui sente mauvais. Ce serait pour moi le comble du triomphe.
ALBERT
Et de quel nom baptisez-vous cette... abomination-là?
DUPISTIL.
Dites cette merveille, voisin. — Je venais justement lui chercher ici une marraine. C'est là, vous le savez, un honneur dont les plus illustres sont fiers. (S'approchant d'Hélène.) Si madame voulait être assez bonne... Il me semble que le nom à^Helcena,,.
HÉLÈNE
Oh! monsieur, je puis attendre une autre variété... de semis. Je ne voudrais pas priver ma mère de la gloire d'attacher son nom à votre première création.
DUPISTIL.
C'est juste : les droits de préséance maternelle sont imprescriptibles. (S'approcham de M«« Verbesec.) Votre petit nom, madame }
Marie, monsieur.
DUPISTIL.
Avec votre permission, madame, je baptiserai donc ma rose du nom de Maria Verbaseca inolens.
MADAME VERBESEC.
Bon Dieu! quel jargon barbare est-ce là?