‹ La lune rousse: comédie en deux actesChapitre 59 sur 76 · ACTE II, SCENE X. 8i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE X. 8i

HÉLÈNE

Plus sérieux que vous ne pensez. Je vous le demande encore : t Êtes-vous content de vous? > — Ne détournez pas la tête; osez donc me regarder dans les yeux!

ALBERT

Voyez-vous la coquette ? Elle veut que je constate une fois de plus la beauté de ses yeux.

HÉLÈNE

Hélas! si mes yeux n'ont plus le pouvoir de vous charmer, au moins n'ayez pas la cruauté de railler la souffrance qu'ils expriment.

ALBERT

Mon Dieu ! chère enfant, quel reproche me fais-tu là ? Te voilà tout émue ! En vérité je ne te comprends pas. Que te manque- t-il pour être heureuse? Ne passes-tu pas ton existence entre une mère que tu idolâtres et un mari qui t'adore ? Souviens-toi ; ce sont tes propres paroles.

HÉLÈNE

Je les avais prononcées dans un moment d'abandon, mais vous m'en avez trop punie! car, aujourd'hui, je suis à me demander si mon mari m'adore tant que cela, et dans quelle mesure, (Baissant la voix) en consultant bien mon cœur, j'idolâtre encore ma mère.

8i LA LUNE ROUSSE.

ALBERT

Tu m'é tonnes, ma chère Hélène, et je te demanderai à mon tour de préciser tes griefs contre moi. Tu m'as donné de tels exemples de piété filiale, que tu ne saurais me blâmer d'avoir essayé de te suivre dans cette voie du devoir. Tu m'accusas souvent de manquer de déférence pour ta mère ; je me suis attaché à racheter ce tort des premiers jours; je me suis fait doux et empressé auprès d'elle; que te faut- il de plus ? Ne suis-je pas un mari selon ton cœur ?

HÉLÈNE

Votre raillerie est cruelle, et vous savez bien ce que je veux dire. Un mari, selon mon cœur, observerait mieux les convenances, et, à défaut d'amour, respecterait assez sa femme pour ne pas surprendre la bonne foi de la mère de sa femme.

ALBERT, sévèrement.

Qu'entendez-vous par là, Hélène ?

HELENE, avec hauteur.

J'entends par là, monsieur, que vous foulez aux pieds les saintes lois de la décence. Ma mère est une honnête femme qui m'a élevée avec des principes de vertu austère ; elle a droit à l'estime de tous, et j'entends que vous la respectiez, vous le premier !

ALBERT

En quoi, Hélène, trouvez-vous que je manque de respect à votre mère ?

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