‹ La lune rousse: comédie en deux actesChapitre 60 sur 76 · ACTE II, SCÈNE X. , Bj · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X. , Bj

HÉLÈNE

En quoi ! vous me poussez à vous le dire? En exagérant auprès d'elle le rôle affectueux d*un gendre, au point de donner à ce rôle toutes les apparences d'un sentiment qu'un gendre ne saurait avouer sans honte. Si ma mère, dans la loyale simplicité de son âme, ne voit pas Todieux de ce manège, moi je l'aperçois parce que j'en suis victime. A quoi tend votre affectation à lui plaire ? Je l'ignore et me ferais un cas de conscience d'en vouloir pénétrer le motif. Mais les faits parlent, et je leur cherche vainement une excuse. Faut-il que je les remette sous vos yeux, dites ? Nierez-vous que vos soins pour ma mère vous absorbent tout entier? Vous êtes tellement occupé d'elle que vous me négligez complètement. Je vous regarde, vous ne me voyez pas ! Je vous parle, vous me répondez à peine. Attentions, prévinances, douceurs, tout est pour elle, tout ! et pour moi rien1 (EUe pleure.) Vous oubliez que je suis votre femme, et que vous me devez ma part de bonheur,

ALBERT

• Hélène, écoute-moi...

HÉLÈNE

Non ! je n'ai pas fini ; vous m'entendrez jusqu'au bout, car ce moment est solennel ! Tout à l'heure encore, de quelle bouffonnerie inconvenante vous êtes-vous avisé pour abuser ma mère? Vous lui supposez une fête qui

n'est pas la sienne, vous lui offrez des fleurs, vous lui faite un cadeau, vous Tembrassez, vous la couvrez de mes propres vêtements, moi présente, moi effacée dans mon humiliation et dans mon délaissement. C'est indigne !

ALBERT

Mon Dieu, ma pauvre enfant, c'est prendre les choses bien au vif; qu'ai-je donc fait de si coupable)

HÉLÈNE

Ce que vous avez fait, Albert, je vais vous le dire : — J'avais pour ma mère une affection qui tenait du culte. Tout mon passé d'enfant et de jeune fille, tout moa avenir de jeune femme et d'épouse s'abritait sous la garde de ce sentiment filial. Eh bien, vous avez fait (éclatant en sanglots) que jc ne veux plus vivre avec ma mère !

ALBERT

Et pourquoi cela, mon enfant }

HÉLÈNE, avec explosion.

Parce que... parce que je veux mon mari à moi seule !

ALBERT, l'embrassant avec transport.

Hélène, ma chère femme, sois bénie pour cette

parole ! (Se mettant À genoux devant elle, et couvrant ses mains de

baisers.) Tu vcux tou mari à toi seule ? Mais t' avoir à moi seul, c'est aussi le rêve de ma vie ! Ma bien-aimée, que tu as été lente à comprendre, et que de mal tu m'as

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