ACTE I, SCÈNE III. ii
SIMON'
Oh ! nous autres paysans, nous n'avons pas le temps de nous occuper de ça pendant le jour. Hé ! hé ! notre maître a peut-être aussi sa mère La Paix ?
AL3£RT, le contrefaisant.
Hé ! hé ! nous avons bien quelque chose d'approchant, comme vous disiez tout à Theure. Mais laissons cela, père Simon, et arrivons aux choses sérieuses. (Étalant une feuille de papier.) Je VOUS ai fait Venir pour causer de certains arrangements...
SIMON
Est-ce que monsieur voudrait modifier les conditions de notre bail à ferme ? '
ALBERT
Il s'agit bien de cela ! Non ; nous resterons sur le pied des conventions que vous avez faites avec mon prédécesseur, à moins toutefois que vous n'ayez à m'en proposer de plus équitables, auquel cas...
SIMON
Oh ! non, monsieur ; les choses sont réglées consciencieusement de part et d'autre; et monsieur verra que nous sommes d'honnêtes gens, comme je crois monsieur lui-même un maître juste et raisonnable.
ALBERT
Très bien, père Simon! nous nous entendrons à merveille. C'est dit ; vous restez mon fermier — et mon
la LA LUNE ROUSSE.
jardinier. C'est en cette dernière qualité que j'ai voulu vous voir ce matin. Mon habitation ne laisse guère à désirer au point de vue du confort intérieur; mais il n'en est pas de même sous le rapport de l'agrément extérieur.
Monsieur veut parler de l'enclos ! C'est vrai ; leparteiTc est à l'abandon, la mousse ronge les arbres fruitiers, les massifs ont entrepris sur les allées, le jardin potager est envahi par les orties, tout est à refaire. Ah ! l'absence prolongée des anciens maîtres a mis un grand désarroi dans les cultures. Monsieur me croira s'il veut, mais les plantes sont comme les femmes, hé ! hé ! elles ne veulent pas qu'on les néglige.
ALBERT
Elles s'en vengent en donnant dans le travers, c'est connu. .
SIMON
Monsieur ne croit pas si bien dire. Heureusement, tout peut se réparer.
ALBERT
Pour les plantes, s'entend ; 'c'est là que s'arrête la comparaison.
SIMON
En se pressant, on peut regagner le temps perdu, La saison n'est pas encore avancée, et la lune rousse paraît devoir nous amener de quoi retarder plus qu'il ne faudrait le travail de la sève et le départ des bourgeons.