CHAPITRE V
pons, Véron, etc., même les Médard, nous sont pour ainsi dire inconnus dans leurs œuvres; et cependant ils n'étaient pas sans mérite.
Après les luthiers dont je viens de parler, il y a un progrès assez sensible : François Médard, qui travailla, dit-on, à Crémone dans l'atelier d'A. Stradivari, Jean et Nicolas Médard, furent de bons ouvriers. Les Médard travaillèrentde 1680 environ jusqu'en lyiô; leurs violons, qui sontgénéralement d'un petit patron, se font remarquer par la beauté de leur vernis.
Vinrent ensuite :
Jacques Boquay, dont les étiquettes sont datées de lyoq à lySô environ. Instruments bien faits; les violoncelles, surtout, sont de bonne apparence et ont souvent une bonne sonorité.
Claude Pierray, contemporain de Boquay : même genre de lutherie que le précédent. Il a laissé beaucoup de violons et de basses: ce sont des instruments bienfaits.
Nous rencontrons à la même époque, à Mirecourt, Jean Vuillaume, dont j'ai eu l'occasion de voir un violon de 17 18. Lutherie ordinaire, tête sculptée; les filets peints, les tables et les coins ornés d'un petit dessin noir courant autour de l'instrument vernis jaune léger. En résumé, sans valeur aujourd'hui, mais très intéressant.
Après Boquay et Pierray vinrent : Champion, Guersan, Gaviniès, Salomon, Claude Boivin, Benoist Fleury, les Louvet, Paul Grosset, Panormo, Fent, L. Renaudin, etc., etc.
La lutherie française du xviii^ siècle jusqu'en 1789 est loin d'être sans mérite, elle est d'une bonne facture
içB LA LUTHERIE FRANÇAISE.
et souvent d'un joli aspect; malheureusement, nos luthiers d'alors travaillaient sans principes bien arrêtés : c'est surtout dans les nombreux défauts d'épaisseur des tables et dans l'incertitude de la dimension et du dessin des patrons qu'il est facile de s'en apercevoir. Un autre inconvénient capital se produit dans toute la seconde moitié du xviii° siècle : le vernis est devenu mauvais. On attribue à Louis Guersan, qui succéda à Boquay, l'introduction en France du vernis à l'alcool : c'était commettre la plus grave de toutes les erreurs. Ce vernis, qui offre l'avantage de sécher très vite, a l'inconvénient de paralyser les vibrations et de nuire à la sonorité; il était déjà usité en Italie par les luthiers de la décadence, lorsqu'on commença à s'en servir chez nous.
Nous n'avons donc produit en France, pendant tout le xviii* siècle, que des instruments de second ordre; et, jusqu'au moment où Nicolas Lupot vint s'établir à Paris, nous sommes restés dans un état d'infériorité trop réel. jNIais lorsque ce dernier commença à travailler sérieusement, une sphère nouvelle s'ouvrit pour nous, et l'époque brillante de la lutherie française s'annonça pour aller grandissant jusqu'au moment actuel,
Nicolas Lupot, né en lySS, mort en 1824, vint à Paris en 1798, et, pendant vingt-six ans, pas un instant ne fut perdu pour l'art. Travailleur assidu, un instrument ne sortait jamais de son atelier sans avoir été entièrement fait par lui. C'était un artiste dans toute l'acception du mot : il ne confiait à personne le soin du plus petit détail; aussi reconnaît-on à tout ce qui
Pl. XVI II.
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