CHAPITRE V. n
tion de ses aînés, et on peut dire qu'il s'en est acquitté à son honneur.
Je ferai remarquer, avant d'aller plus loin, qu'une modification profonde s'était opérée dans le commerce de la lutherie depuis Lupot et Gand père; le petit établi sur lequel s'étaient polis tant de charmants instruments devenait insuffisant, il était indispensable de marcher avec le temps et de faire grand.
Le développement incessant donné à l'exercice de la musique orchestrale nécessitait une telle quantité d'instruments neufs, que vingt existences comme celle du laborieux Lupot n'auraient pu suffire à faire face aux nouvelles exigences; il devenait donc indispensable pour le luthier de se débarrasser de toutes les parties purement manuelles du travail, en se réservant les soins que lui seul pouvait donner. Des ouvriers d'une habileté éprouvée débitent le bois, le façonnent sur des modèles spéciaux; chaque pièce est soumise au maître, vérifiée par lui; les épaisseurs sondées mathématiquement. L'instrument terminé est verni par le luthier lui-même, d'après ses procédés personnels.
Cette manière de procéder n'est pas nouvelle; les grands maîtres italiens en usaient largement. Tous les connaisseurs constatent dans certaines parties d'œuvres signées par A. Stradivari une main étrangère à la sienne. Souvent la collaboration était indiquée sur l'étiquette par cette simple mention :
Sub disciplina... in ejus officina. (Pi. \u.)
Ce fut la voie dans laquelle entra la maison Gand et Bernardel frères.
Les résultats ne se firent pas attendre : une Exposition internationale s'ouvre à Paris en 1878, de grands festivals de musique orchestrale sont fondés dans le palais du Trocadéro. La maison Gand fournit à elle seule pour ces orchestres monstres: 5i violons, 18 altos, 18 violoncelles et 18 contrebasses. Tous ces instruments portent sur l'étiquette datée de 1878 la mention : Palais du Trocadéro. La plus grande partie a été rachetée par le Conservatoire pour les exercices d'orchestre des élèves. La section de la lutherie était représentée par de nombreux concurrents : le jury international délivre la grande médaille d'or à la maison Gand et Bernardel frères.
Pour couronner ces succès, ]\L Eugène Gand est nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Récompenses méritées et dont l'éclat rejaillit sur la lutherie française tout entière.
IVL Eugène Gand reste aujourd'hui l'un des représentants les plus accrédités de notre école de lutherie moderne. Ainsi que son père, il joint à ses talents du luthier la connaissance approfondie des vieux instruments, et il peut être cité en ce genre comme l'un des experts les plus notables et les plus consultés de l'époque actuelle.
Gaviniès (François). — Père du célèbre violoniste. Il était luthier à Bordeaux et amena en 1741 son fils à Paris, oia il se fixa.
Il fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1762. Ses instruments sont