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CHAPITRE V

Lorsque C.-V. Rambaux s'établit, l'art et le commerce de la lutherie étaient en pleine prospérité à Paris. Les Nicolas Lupot, les Pique, les Gand, les Vuillaume, les Bernardcl, avaient donné à la facture des instruments neufs une impulsion habile et intelligente; d'un autre côté, le commerce des anciens instruments italiens avait pris un accroissement qu'entretenait l'enthousiasme des musiciens pour la vieille lutherie. Pour réussir dans ce milieu, il fallait non seulement produire de bons instruments neufs, mais encore connaître à fond les anciens maîtres \ en un mot, « faire revivre ces centenaires décrépits )), ainsi que les qualifie l'abbé Sibire.

C.-V. Rambaux excella dans ces deux branches qui résument l'art du luthier.

Les récompenses qu'il obtint aux expositions de 1844, 1848 et i855, à Paris, le placent au premier rang des luthiers de son temps et attestent son habileté comme facteur ; mais ce que les distinctions de ce genre ne sont pas appelées à récompenser, c'est la patience infinie et la recherche incessante des procédés de tout genre nécessaires à la réparation des anciens instruments; et c'est surtout dans cette partie de l'art que Rambaux sut se faire apprécier.

Parmi les opérations les plus difficiles, on peut compter le recoupage des anciens instruments ; c'est notamment pour les violoncelles qu'il est parfois indispensable, à cause du peu de régularité apporté par les luthiers italiens dans leur patron. Il est nécessaire, pour donner la forme exigée par la virtuosité actuelle, de les ramener aux dimensions adoptées par

Stradivari dans son beau modèle. Il n'y a pas à errer d'une ligne ; la moindre hésitation dans un trait de scie ou dans un coup de rabot serait fatale et détruirait en quelques minutes la valeur de l'instrument, loin de l'améliorer! On comprendra difficilement quelle sûreté de main et quelles connaissances spéciales sont requises pour une opération aussi délicate.

C'est dans cette partie du métier que Rambaux avait acquis une supériorité qui le laissait sans rival.

Du reste, travailleur infatigable, une fois l'heure sonnée, il revêtait le tablier traditionnel, qu'il ne quittait plus de la journée. Il était intéressant de le voir, tout en conservant l'outil en main et suivant d'un œil attentif le travail de l'ouvrier assis en face de lui, et dont aucun mouvement ne lui échappait, accueillir amateurs et artistes qui se succédaient dans son atelier, et accorder une attention soutenue aux théories interminables qui se déroulaient devant lui, sur les instruments, la place de l'âme, du chevalet, etc.: toujours calme etplaçantmodestement sonmot, avec ce sourire fin et doux qui le rendait sympathique à tous.

Après un exercice de dix-neuf années écoulées dans ce dernier domicile, Rambaux se retira à Mirecourt en juin iSSy, pour y jouir tranquillement de la modeste aisance que sa carrière honorable lui avait procurée ; toutefois, sa passion favorite ne cessa de l'occuper, et il continua ses travaux de retouches et de réparations, en les bornant aux instruments de choix et sans se départir de cette recherche qui attestait que chez lui l'âge n'avait pas éteint l'amour de l'art auquel il avait consacré sa vie (pi. xxviii).

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