CHAPITRE V. 28p
luthier*, ne lui servit qu'à poser les jalons de sa belle fortune, et le moment ne tarda pas à arriver où, quoique très jeune, il s'établit pour son compte. Ce fut dans l'atelier de la rue Croix-des-Petits-Champs, n°46, qu'il commença à agir entièrement par luimême et à donner un essor vigoureux à ses affaires. Pour bien apprécier J,-B. Vuillaume comme luthier, nous devons donner quelques détails sur son caractère.
Élevé dans une famille d'ouvriers honnêtes et laborieux, il y avait puisé au plus haut degré l'amour de l'ordre et du travail. Vuillaume était un artiste véritable et en même temps un négociant habile; mais ce qui l'a surtout aidé à réussir, ce fut son extrême simplicité de mœurs : jeune ouvrier d'une conduite régulière, il devait se contenter de peu; sur la fin de sa carrière, toujours sobre et laborieux, mais riche et pouvant se donner toutes les jouissances de la vie, il n'y songeait même pas; et jusqu'au moment où la mort est venue arrêter cette pensée active et intelligente, elle n'a eu qu'un seul désir, qu'un seul but : le violon. Nous devons ajouter, pour terminer ce portrait rapide, que Jean-Baptiste Vuillaume était un honnête homme dans toute l'acception du mot.
Etabli pour son compte à l'âge de vingt-neuf ans, poussé par la ferme volonté de parvenir, il devait en trouver les moyens. Il chercha d'abord à construire
I. Lété avait épousé la fille de Pique. Sa maison s'occupait de diverses branches d'affaires; c'est ainsi qu'en 1824, outre son commerce de lutherie, il avait dans le même local une dépôt de broderies de Lorraine, etc.
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par lui-même des instruments neufs, auxquels il donnait tous les soins dont il était capable; mais cela se vendait lentement et mal, le désir des amateurs n'était pas là !
L'enthousiasme pour la vieille lutherie italienne commençait à se produire ; amateurs et artistes n'avaient qu'un rêve: posséder un Stradivarius, un Amati ou un Guarnerius. Vuillaume comprend, se met à l'œuvre; et, après de nombreux essais et un travail obstiné, offre un beau jour pour la somme de trois cents francs un magnifique violon de Stradivari, signé du grand maître, et ayant une sonorité remarquable.
A peine vu et essayé, l'instrument est enlevé d'enthousiasme.
La voie était trouvée, et, depuis ce moment, il ne peut suffire aux demandes d'imitation qui lui arrivent de toutes les parties du monde. Ce fut l'origine de la grande fortune de J.-B. A'uillaume. Les violons se vendaient 3oo francs et les violoncelles 5oo francs.
Nous avouons que, pour notre part, nous n'aimons pas ces imitations, dont on a tant abusé; nous préférons de beaucoup une œuvre franchement neuve et originale. Mais il y avait nécessité absolue à agir de la sorte; c'était le to be or noi to be, il fallait vivre en faisant des imitations, ou mourir en construisant des instruments neufs! Ainsi l'exigeait la fantaisie du moment.
L'habileté que déploya alors Vuillaume pour imiter les vieux instruments serait suffisante à elle seule pour faire passer son nom à la postérité.
Ce fut vers 1828 qu'il eut l'idée, après avoir vu