CHAPITRE V
une basse de viole de DuilVoprugcar, d'inventer ces fameux violons et violoncelles de formes naïves, à têtes sculptées, à incrustations sur les tables et les eclisses, avec devises : riva fui in sylvis, etc. Imitations qui elles-mêmes ont été imitées à Mirecourt, en Allemagne, etc. Ces instruments courent aujourd'hui le monde par centaines et font la joie bien innocente, mais un peu dispendieuse, de certains amateurs.
Le succès que rencontrèrent ces copies n'empêcha pas Vuillaume de continuer ses recherches en vue d'améliorer toutes les conditions de la facture. Son esprit actif et intelligent n'avait pas de repos; les plus beaux instruments italiens qui lui passaient journellement par les mains (et leur nombre en était grand) lui avaient tous laissé leur secret; mais parmi les grands auteurs de la belle époque, un seul était devenu son idole : A. Stradivari était pour lui le nec plus iilti^a de la perfection. Aussi l'a-t-il étudié et analysé jusque dans ses plus minces détails : qualité des bois, épaisseurs des tables, hauteur des voûtes, dimensions de tout genre, volutes, vernis, conditions acoustiques, rien ne lui a échappé; tout a été tellement fouillé par lui, qu'il en est arrivé à connaître Stradivari, on oserait presque dire, mieux que le grand artiste ne se connaissait lui-même.
Ses recherches sur la qualité des bois à employer ont été incessantes. Il avait parcouru la Suisse, le Tyrol, rillyrie, achetant des érables et des sapins vieillis en grume, de vieux meubles, de vieux parquets : tout cela, transformé par lui en violons et violoncelles , lui avait fourni des résultats qui étaient
292 LES LUTHIERS l-K AN Ç Aïs.
la source de remarques utiles et intelligentes, et il avait fini par acquérir la preuve que le bois neuf, séché en plaque mince de 3 à 4 centimètres pendant une dizaine d'années, était préférable à tout autre.
Le vernis fut l'objet d'une étude constante de sa part. Depuis la disparition de la belle école italienne, il n'y a pas un seul luthier en Europe qui ait retrouvé le vernis de Stradivari, Guarnieri, etc.; J.-B. Vuillaume seul est parvenu à en approcher de si près, qu'il en a saisi la finesse, la nuance et la légèreté solide. Tous les instruments sortis de ses mains, surtout depuis l'année iSSg, ne laissent rien à désirer sous ce rapport.
Des travaux aussi suivis et aussi remarquables méritaient d'être récompensés. A peine établi, il remporte une médaille d'argent à l'Exposition de Paris en 1827. En 1834, même distinction.
En 1839, 1844, deux médailles d'or.
L'Angleterre inaugure en 1 85 1 l'ère des Expositions internationales. J.- B. Vuillaume y remporte l'unique grande Council Medal, et le gouvernement français lui décerne la décoration de la Légion d'honneur.
En i855, à l'Exposition universelle de Paris, la seule grande médaille d'honneur lui est décernée.
A partir de ce moment, il est mis hors concours.
Tous ces succès, dus uniquement à son mérite, lui suscitèrent bien des jalousies; et, nous le disons avec tristesse, surtout en France, on fut souvent injuste à son égard.
Quant à nous, qui avons connu Vuillaume pendant de longues années, n'ayant avec lui d'autres