‹ La lutherie et les luthiersChapitre 154 sur 196 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rapports que ceux d'amateur à marchand, nous qui connaissons son œuvre aussi bien que pas un, nous avons conservé de lui, à tous les points de vue, l'estime la plus sincère.

En dehors de la construction des violons, altos et violoncelles, on doit à Vuillaurfte diverses inventions, qui attestent l'activité de ses recherches :

D'abord, ses travaux sur l'archet, dont nous parlerons longuement dans le chapitre suivant;

Uoctobasse, dont il existe un spécimen au musée du Conservatoire de Paris (n" 118 du catalogue). Il la fit paraître en i85i.

L'instrument s'accorde ainsi : ut, sol, ut, et donne quatre notes, au grave, de plus que la contre-basse;

Le contralto, qui a paru en i855 (musée du Conservatoire, n° 102 du catalogue);

Sa pédale-sourdine, qu'il produisit à l'Exposition universelle de Paris en 1867;

Et enfin ses études, qui l'avaient conduit à l'invention d'une machine au mo3^en de laquelle la corde à boyau se calibre d'une manière si parfaite, qu'elle offre une justesse supérieure à celle de la corde ordinaire * (étiquettes, pi. xxix).

J.-B. Vuillaume était arrivé plein de vigueur et d'intelhgence à un âge où bien des hommes ont songé depuis longtemps au repos. Vivant seul dans sa maison des Ternes, aidé de quelques ouvriers dont il

I. Deux années à peine avant sa mort, à l'âge de soixanteseize ans, il était allé à Naples organiser l'outillage nécessaire à cette fabrication, dont s'était chargée la maison Rufini, si renommée dans cette industrie.

dirigeait les travaux, il n'avait jamais été aussi actif: levé avec le jour, il montait dans un petit atelier dont lui seul avait la clef, et se mettait au travail, qui consistait surtout à retoucher, à vernir et à parfaire les instruments qu'il avait à livrer.

Il recevait les lundi et jeudi de chaque semaine; et comme il avait généralement à la disposition des amateurs les pièces les plus remarquables, les visites ne manquaient pas. Doué d'une nature vive et aimable, son accueil était gracieux; ses nombreux rapports avec le monde musical lui avaient laissé des souvenirs dont il tirait des anecdotes intéressantes.

Sa correspondance avec l'étranger était active; il pourvo3^ait seul à ce travail difficile et pas une lettre ne restait sans réponse.

Le moment arrivait, cependant, où cette existence si sagement conduite allait subir la loi commune.

Le dimanche 14 mars iSyS, nous assistions à une matinée musicale chez son gendre, M. Alard. Vuillaume était présent : nous causâmes longuement avec lui, jamais nous n'avions trouvé son esprit plus lucide. En nous quittant il nous dit: « A bientôt! » Mais, hélas ! nous l'avions vu pour la dernière fois. Le mercredi suivant, 17 mars, il fut frappé d'une violente attaque d'apoplexie : la famille, convoquée à la hâte, manda les médecins, qui furent impuissants à conjurer le mal; et, après quelques alternatives pendant lesquelles il y eut un peu d'espoir, le pauvre malade déclina peu à peu, et le vendredi 19 mars iSyS, à huit heures du soir, il expirait doucement entouré des siens.

J.-B. Vuillaume a laissé deux filles : M'"*" Alard, veuve

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