‹ La lutherie et les luthiersChapitre 166 sur 196 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

CCS résultats furent obtenus, et on vit des artistes tels que de Bériot, Artot et autres se servir des arcliets en métal, qui se vendaient vingt-cinq francs comme ceux en bois. (Le musée instrumental du Conservatoire de Paris possède un archet en métal de J,-B. Vuillaume. — N" 46 du catalogue.)

A côté de cette invention, on peut placer celle des archets à hausse lixe. Voici l'exposé de ce système nouveau fait par A^uillaume lui-même :

« Les archets des instruments à cordes, tels qu'on les a construits jusqu'aujourd'hui, présentent deux graves inconvénients reconnus tels partons les artistes : le premier provient de la difficulté qu'on éprouve à disposer les crins de manière qu'ils forment une espèce de ruban parfaitement plan dans toute sa longueur; on sait qu'en effet il est assez rare de rencontrer des archets dont les crins soient convenablement disposés -, le second inconvénient consiste en ce que la hausse à laquelle se trouve fixée l'une des extrémités de la mèche de crins changeant continuellement de position, la longueur des crins est nécessairement variable ; par conséquent, l'artiste, qui doit toujours tenir le pouce près de la hausse % le place à des distances différentes de la tête même de l'archet, ce qui fait varier la longueur et par suite le poids de cette partie de la baguette, et suffit pour altérer l'extrême sensibilité de tact qui se transmet en quelque sorte de la main de l'artiste à l'extrémité de l'archet.

1. «Placez le pouce contre la hausse de manière qu'il la touche un peu à son extrémité inférieure, sans toutefois le faire entrer dans l'échancrure. » (Baillot, l'Art du violon, p. 12.J

J20 L'ARCHET

« Pour remédier à ces deux inconvénients, il fallait, d'une part, trouver un moyen moins vicieux de fixer les crins; de l'autre, il fallait faire en sorte que la hausse pût être rendue immobile. Je pense avoir atteint ce double résultat.

« La hausse, qui est en ébènc comme à l'ordinaire, est évidée à l'intérieur et invariablement fixée à la baguette ; la mèche s'attache à une espèce de hausse intérieure qui est en cuivre et qui est mise en mouvement, comme dans l'archet ordinaire, au moyen d'une vis de rappel fixée au bouton.

« Comme on le voit, la hausse intérieure peut s'avancer et se reculer de toute la quantité convenable, sans que la portion de crins comprise entre la tête et la hausse extérieure éprouve la moindre variation. Les mèches sont formées de crins disposés avec soin parallèlement les uns à côté des autres, uniformément tendus et fixés solidement à chacune de leurs extrémités dans une sorte de pince cylindrique.

« La hausse intérieure et la tête de l'archet sont percées de part en part pour recevoir ces petites pinces de manière que l'artiste lui-même peut placer la mèche de son archet avec la plus grande facilité, et par conséquent la renouveler quand il le désire. »

Ces archets à hausse fixe pour violon, alto ou violoncelle se vendaient vingt-cinq francs, comme ceux en bois de Fernambouc, ou en acier.

Le seul contemporain de François Tourte, étranger à la France, qui ait acquis en Europe une réputation méritée comme faiseur d'archets est le fameux John Dodd, qui est appelé en Angleterre le Tourte an-

Page 1