Aucun roi n'avait été nommé depuis lôSy
2. Ce rebec, fait de la main de J.-B. Vuillaume, en iSyS, a été offert par lui au musée du Conservatoire, au mois de juillet de cette même année.
g LE VIOLON.
Le violon n'est paslefruit d'une conception unique, mais le résultat des eftbrts réunis de tous les faiseurs et joueurs d'instruments qui l'amenèrent à la perfection de forme actuelle, par des améliorations successives. Il est impossible de suivre dans ses détails la marche de ces progrès. Assurément on a remplacé une première fois les ouïes en forme de croissant ou de C par des S et des F. De même, on a changé le dessin arrondi des échancrures des vielles à archet par les coins tout autrement dessinés du violon.
La tête des anciens instruments, affectant la forme du trifolium, ou sculptée de diverses manières, passa d'un seul coup à la volute. On essaya une première fois de modifier le S3'stème des tables qui, entièrement plates dans les modèles primitifs, s'élevèrent peu à peu pour former ces voûtes si favorables à l'émission du son. Au fur et à mesure de ces changements extérieurs, il fallait arriver à de nouvelles conditions dans la construction intérieure de l'instrument: contre-éclisses, barre, âme, coins, tasseaux, tout cela s'ajouta ou se modifia en conséquence ; mais les auteurs et les dates de ces diverses améliorations partielles sont inconnus et le seront probablement toujours.
On a attribué l'invention du violon à certains luthiers italiens du xv® ou du xvi'' siècle, et notamment à un nommé Testatore (il Vecchio), de Milan ^ Ce sont des suppositions sans aucune preuve à l'appui.
I. /La Luthomoyiographie, par un amateur, p. 5. Ch. Jiihel, Franjfort-sur-le-Mein, i85b.
C; H A PITRE PRF. MIER. 7
qu'il est prudent d'ccartcr, comme étant pour le moins très problématiques.
Les spécimens authentiques et très rares de lutherie, appartenant à cette époque éloignée, nous oftVent des violes; quant au violon proprement dit, Je n'en connais pas un seul exemple indiscutable avant le CDmmencement de la moitié du xvj" siècle, quand les Amati à Crémone et les Gaspard da Salo et Maggini à Brescia commencèrent à se faire connaître. Des amateurs enthousiastes de vieux instruments prétendent posséder ou avoir vu des violons faits : soit par un luthier de Brescia du nom de Kerlino, vers 1460, soit par le fameux Duiffoprugcar, qui vint s'établir en France vers 1 5 15.
Le violon de Kerlino n'était autre qu'une viola da braccio dont on avait changé le manche. Un luthier de Paris, nommé Koliker, bien connu par son habileté à réparer et à habiller les anciens instruments au commencement de ce siècle, avait opéré la métamorphose.
Quant aux violons de Duiffoprugcar, je renvoie pour les détails à ce que je dis plus loin de ce luthier célèbre dans le chapitre traitant des luthiers italiens.
Le violon a du être construit en Italie avant j55o, peut-être dès i520", mais aucune preuve, aucun spécimen certain ne sont là pour venir à l'appui de cette supposition.
Les seules sources d'informations précises et bien réelles se trouvent dans les dessins et les peintures de la fin du xv*" siècle et du commencement du xvi^; c'est là, suivant moi, à défaut d'autres preuves, qu'il faut chercher l'histoire de la transformation des violes.
Quand on examine attentivement les peintures de cette époque, on suit le changement pour ainsi dire pas à pas.
En France, par exemple, nous en trouvons un échantillon dans l'importante miniature du Psaiiltier du roi René, terminé vers 1485 ^ Le personnage se tenant debout, avec un instrument à archet appuyé contre son épaule, nous présente une viole dont les échancrures annoncent déjà les C et les coins du violon.
Un peu plus tard, Raphaël, dans son tableau de l'Assomption, peint de i5o2 à i5o3, nous montre un ange tenant une viole, dont les ouïes sont en forme d'^ courtes et grossièrement taillées, mais paraissant une reproduction fidèle des modèles du temps'.
En outre, cette viole, construite sur le même patrbn original qu'une autre, peinte par Cima, vers 1490, possède un coin dessiné dans le genre des modèles adoptés postérieurement par les luthiers italiens^.
Exactement à la même époque, nous trouvons la volute parfaitement dessinée sur le manche d'une basse de viole tenue par un moine dans un tableau du Giorgione ''.
Tous ces changements dans les différentes parties des violes apparaissent donc peu à peu. Les échancrures en forme de C prennent la place de celles aux