‹ La lutherie et les luthiersChapitre 8 sur 196 · Giorgio Barbelli dit il Giorgione · texte numérisé non relu

Giorgio Barbelli dit il Giorgione

contours adoucis. Les coins affectent un caractère tout nouveau. Les ouïes, le plus généralement dessinées en forme de G allongé et posées dos à dos ou face à face, se remplacent par des S ou des^. La tête de l'instrument elle-même, de formes incertaines, mais souvent en losange ou en trifolium comme dans la vielle de nos ménestrels, passe à la volute; ces transformations successives s'opèrent vers la fin du xv^ siècle.

Le violon, une fois arrêté dans sa forme définitive par l'école italienne, c'est-à-dire de i52o à i55o, se retrouve bientôt dans plusieurs pa3's de l'Europe : en France, il figure dans les fêtes offertes par la ville de Rouen au roi Henri II et à la reine Catherine de Médicis, lors de « leur triumphant et joveulx advenement en icelle ville, qui fut es jours de mercredy et Jeudy premier et second jour d'octobre i55o ».

Dans la description de ces fêtes, la relation dit : « Au milieu d'iceluy roch, estoit assis sur un stuc de marbre polly. Orphée... à la dextre, les neuf muses vestues de satin blanc, lesquelles rendoient ensemble de leurs violons madrez et poll3^s d'excellentes voix^»

Quelques années plus tard, les Flandres font du violon l'objet d'un commerce d'une certaine importance; car, en i559, un nommé Pietro Lupo, d'Anvers, vendait à un musicien, député par le magistrat

I . C'est la déduction du suinptueux ordre, plaisant^ spectacles, etc., dressés et exhibés par les citoiens de la Ville de Rouen à la sacrée majesté du très-christian roy de France, Henry second, etc. Rouen, i56i.

d'Utrecht, cinq violons renfermés dans lenr étui, pour la somme de soixante-dou\e livres, et on paraissait dès lors prendre grand souci de la qualité des instruments : on les faisait essayer par un joueur de profession, avant de terminer le marché; et il en coûtait six livres, tant pour l'essai que pour le vin bu à l'occasion de l'achat ^

En Angleterre, nous le trouvons, en loji, dans la musique de la reine Elisabeth; il y avait, à cette époque, sept violons dans la bande royale -.

Le violon a conquis ses titres de noblesse, et sa réputation est faite : les peintres italiens commencent à lui faire les honneurs de leur atelier; et si Paul \^éronèse, ainsi que plusieurs autres grands artistes de l'époque, ne nous l'offrent pas dans son parfait modèle, nous le trouvons cependant avec tous les détails de ses formes nouvelles chez un de leurs contemporains.

Jacobo da Ponte nous en donne un charmant spécimen dans ses Noces de Cana, tableau peint probablement avant celui de Paul ^'éronèse sur le même sujet, c'est-à-dire vers i555 •'.

1 . « Recherches sur les facteurs de clavecins et luthiers d'Anvers depuis le xvi" siècle, » par le chevalier Léon de Burbure. [Bulletins de l'Académie j-oj'ale de Belgique, i^ série, t. XV, i863, p. 36i.)

2. n The first mention of violins in the royal band occurs in thc year iSyi : o Item, to the vyolons beeing vij of them, everv one at 20"' per diem for their wages, and L. 16, 2 s. ô'^ for their lyveries. In ail per annum L. 325, i5 s. » [R. North's memoirs, London, 184G.)

3. Le tableau de Paul Véronèse a été peint en iSf'S. L'auteur, né en i53o, avait donc alors trente-trois ans. Jacobo da

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