‹ La Lutte antialcooliqueChapitre 6 sur 32 · DES FAITS DIVERS · texte numérisé non relu

DES FAITS DIVERS

Au club d'Y. . ., en temps d'élection, — c'est en 1904 — on boit. De grands garçons sont là, échauffés déjà par le whiskey. Plusieurs enfants assis dans un escalier écoutent des chants vulgaires. Les pères, qui ont loué leur maison, sont les plus « émêchés )) de tous. Par une sinistre inspiration, un des grands garçons suggère de faire « prendre un coup )) aux petits, question de s'amuser et de les voir ivres.

On verse : « Prends ça toi, petit Joe, tu es un homme : Tu nous chanteras une petite chanson ». Et l'enfant avale d'un trait un whiskey à 38%.

(( Ça brûle, ça brûle ! ))

(( Prends un peu d'eau et chante-nous quelque chose. ))

Et l'enfant, cinq minutes plus tard,

se lève, pousse un cri déchirant, le regard convulsé, il trébuche et tombe.

On l'apporte à sa mère, dans une chambre voisine. Dix-sept heures durant, le médecin tente vainement de le sauver par les remèdes les plus énergiques. Quand la mort vint le délivrer de ses tortures, d'un enfant rose, l'alcool et ses suites avaient fait un squelette. Il avait huit ans .

La mort a-t-elle ouvert les yeux aux malheureux jeunes gens et leur a-t-elle prouvé que l'alcool est un poison qui tue .^ Tant il est vrai que qui a bu boira : le père de cet enfant boit encore.

Misère !. . .

C'était un soir d'hiver, la bise soufflait, âpre et rude, le froid était vif et piquant.

Dans un cabaret, quelques hommes buvaient du gin. Entre un garçon de vingt ans, qui demande un verre de bière. Les autres de le blaguer et de se moquer de lui, tant et si bien que le

malheureux jeune homme, dont les lèvres n'avaient jamais trempé dans l'alcool, parie de boire d'un trait un grand verre de gin. Il le vide, en effet, et fier de son exploit, il s'en va. Mais à peine est-il à la porte, que le froid le prend; il a un étourdissement, trébuche et tombe comme une masse. Les buveurs sortent en toute hâte, on appelle le médecin. Et là, dans cet antre de la mort, il ne peut que constater la « fin )) : (( une congestion cérébrale foudroyante, provoquée par l'alcool ».

Dire que l'alcool est un poison, c'est dire que la vie du buveur est toujours en danger. S'il ne tuait que le corps !

Voici une réclame honnête et véridique, que je fais sans être payé par les marchands d'alcool:

Boissons : Poisons.

L'alcool a la parole.

« Qu'es-tu ? )) lui demande-t-on.

— (( Je suis un poison. Je ne suis (( ni un tonique, ni un stimulant, ni « un réconfortant, de ma nature. Je

« suis un intoxicant, c'est-à-dire je « suis un « poison ». Voyez par mes (( œuvres. Je fais plus de victimes (( que toutes les épidémies ensemble.

« C'est Gladstone qui a dit : la bois- (( son tue plus de monde que la peste, (( la famine et la guerre. Je ruine les (( familles et prépare les générations « d'enfants rachitiques et scrofuleux.

(( Je fais le lit de la tuberculose. Je (( suis de l'épilepsie en bouteille. Je (( remplis de fous les asiles, d'incura- « blés les hôpitaux, de criminels les pri- (( sons. Je n'étanche pas la soif, je la (( donne ; je ne réchauffe pas, j'engour- (( dis ; je tue la faim, je ne fortifie pas ; (( je suis la mort . ))

« La science affirme à mon sujet :

(( Tout alcool, même le plus pur, est un (( poison )).

(( La science a raison.»

« Il y a bien des gens intéressés à « me fabriquer, à me vendre, qui dî- (( sent le contraire, mais ils se men- « tent à eux-mêmes, ou mentent aux « autres. Ce sont presque toujours « de malheureux égoïstes, qui ne re- « cherchent pas le bien de Thumanité,

(( mais leur intérêt, en trompant tous « ceux qui sont encore imbus des er- (( reurs et des préjugés concernant la « boisson. Tout ce que peuvent dire (( de vrai les distillateurs, les marchands (( en gros et en détail, les cabaretiers, etc., etc., c'est ceci :

« Nous sommes, bon peuple, fort (( dévoués à la prospérité nationale.

(( Nous voulons procurer du travail (( aux agents de police, aux huissiers, (( aux juges, aux geôliers, aux alié- « nistes, aux avocats, aux croque- (( morts et aux fossoyeurs, en faisant' « notre petit commerce et de gros pro- « fits . . .

« Mais moi, la boisson, je sais bien (( qu'au même titre que la morphine, (( la cocaïne ou l'opium, je suis un (( poison et mon nom, c'est : Valcool. ))

Au cabaret, l'ouvrier tient en sa main vacillante un verre où il boit les larmes, le sang, la vie même de sa ^emme et de ses enfants.

Et quiconque boit à sa maison fait-il

action moins criminelle ? Qu'en pensez-vous, Mesdames ? « Mais, me direzvous, à la maison, on ne sert que de bons alcools ou des liqueurs de choix ou même, que des vins et des bières très (( hygiéniques )), ou encore des (( vins de famille )) et des liqueurs fabriquées à la maison. )) (^>

Nous aurons à examiner le rôle de ces vins et de ces liqueurs. A toutes les boissons alcooliques, quels qu'en soient la nature et le titre d'alcool, on peut appliquer le célèbre passage de S. Cyrille contre le vin — parce que toutes, en plus ou moins de temps, suivant l'usage qu'on en fait, produisent les conséquences les plus néfastes.

(1) Dernièrement mourait, à New-York, un richard. C'était un ennemi de la buvette, mais... Cet homme se vantait de n'avoir jamais mis les pieds dans un saloon : — il ne fréquentait que les pharmacies, et cependant était toujours intoxicated, expression américaine correspondant à l'expression anglaise drunk as a lord et que tout Français traduirait par « ivre comme un Polonais ». Le bonhomme aimait trop les « toniques », il est mort comme il avait vécu et où il avait vécu, dans une pharmacie.

(Jules Huret, p. 372).

Voici ce que S. Cyrille dit du vin :

(( Le vin est un miel à la bouche, mais un fiel plein de poison pour la tête ; il flatte le palais, il brûle les entrailles ; il fume dans la tête, il émousse les sens, il confond la vigueur, il détruit l'imagination, enlève l'esprit, couvre la vue, lie la langue et la déshonore, agite les mains, enflamme la poitrine, altère la pureté du sang, dérègle la marche, ravage tout le corps tellement que des pieds à la tête il n'y a rien de sain. ))

Qu'aurait donc dit le saint docteur s'il avait vu nos délirants de l'alcool et nos épileptiques de l'absinthe ? Que faut-il donc pour convaincre que l'alcool est un poison ? J'en appellerai au témoignage des médecins.

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