‹ La Lutte Antipaludique En TunisieChapitre 11 sur 50 · SITES · texte numérisé non relu

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irrigations et drainages étaient minutieusement pratiqués ; les eaux de ruissellement étaient recueillies, celles des oueds régularisées.

Pas une goutte d’eau n’était perdue, grâce à des règlements stricts (Lanasba) répartissant équitablement le précieux liquide. Les villes, de par leur agencement et étant donné les mœurs des anophélines, en étaient probablement dépourvues. Dans les campagnes, la terre cultivée, la maison confortable, le régime de grande propriété et peut-être une stabulation mieux comprise que par nos bédouins actuels, devaient assurer une protection efficace.

Dans ces conditions, il n’est pas illogique de penser que, toutes les règles d’une bonne prophylaxie active et passive étant instinctivement respectées, l’anophélisme fut peu intense, l’endémie restreinte et non compliquée de ces épidémies palustres que l’on connaît de nos jours.

Par contre, les siècles qui suivirent la décadence de l'empire romain, siècles d’invasion, virent probablement se développer peu à peu le fléau malarique en même temps que les épidémies de toutes sortes se faisaient plus nombreuses; nouveaux apports de virus, abandon des cultures et des travaux hydrauliques, développement du nomadisme qui devient la règle chez les habitants, sont autant d'arguments plausibles pour cette hypothèse. Malheureusement, la médecine arabe brillamment représentée du IX'° au XIV: siècle (Ishaq Ibn Imran, Ishaq Al Israïly, Ahmed Ibn Aljazzar, etc...) nous donne très peu de renseignements lê-dessus. Les livres de médecine de l’époque traitent bien des « fièvres intermit-

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tentes », mais ne font aucune aïlusion à l’endémie palustre proprement dite. Quant aux historiens, ils ne font naturellement que relater les épidémies de peste, typhus et choléra qui deviennent de plus en plus fréquentes.

Après le XIV” siècle, la médecine arabe devient presque inexistante et seuls, les récits des voyageurs, de médecins en missions citent parfois le paludisme comme une maladie fréquente, sans donner toutefois suffisamment de détails pour nous permettie d’avoir une idée exacte de l'endémie palustre.

Signalons au passage, la légende gabésienne que rapporte EI Bekri : elle fait penser à une brusque éclosion de paludisme à la suite d'un bouleversement du sol « les habitants de Gabès racontent que leur territoire s'était distingué par la salubrité de son air jusqu’à ce qu’on y eut découvert un talisman sous lequel on croyait trouver un trésor. On fit des fouilles à cet endroit et l’on retira de l’excavation une terre poudreuse : ce fut alors, disent-ils, que la peste éclata chez nous pour la première fois. » |

Plus sérieuses sont les références qu’on trouve à des époques ultérieures, comme celles de Joinville, chroniqueur de Saint Louis, nous contant « qu’il prit un flux de ventre au Roy et à Monsieur Philippe, son fils, avec les fièvres quartes ».

Plus tard, Léon J’Africain, dans une étude sur la pathologie du nord de l'Afrique, rapporte que « l'été dure jusqu’au sixième d'août, durant lequel il fait de grandes et extrêmes chaleurs, spécialement aux mois de juin et juillet pendant lesquels il fait toujours beau; mais si

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d'aventure, il vient à pleuvoir par les mois de juillet et d'août, les eaux engendrent une très grande corruption d'air, tant que plusieurs en tombent malades avec une fièvre continue dont l’on en voit peu réchapper ».

Le Docteur Peysonnel, envoyé en 1724 en mission par le roi de France, signale des fièvres parmi les maladies qu’il a observées « Du côté de Bège et le long de la rivière de Bragadas, vers la côte nord, il arrive toutes les années que le mois de juillet et d'août, beaucoup de personnes sont affligées de fièvres tierces et quartes; quelquefois il survient des fièvres malignes. On en attribue la cause aux eaux de rivière, les habitants s’en abstiennent et ne boivent que de l’eau des puits et des citernes ». PAR

Plus tard, le Docteur Shaw, consul à Alger, visitant la Régence de Tunis, note également, dans son étude sur la pathologie nord-africaine, la fréquence des fièvres tierces et quartes « dont il a vu guérir avec de la scabieuse comme mangée en salade et prise en décoction très forte ».

Au début du XIX' siècle, le Docteur Franck visitant la Régence donne comme maladies les plus fréquentes à Tunis : les diarrhées, les dysenteries, les coliques, la fièvre putride, les fièvres intermittentes, les ophtalmies.

En interprétant la tradition, on peut encore faire quelques hypothèses : l’année de 1888, par exemple, fut pour les indigènes une année de disette et d’épidémie. Ils lui donnèrent le nom d’ « année de la prostation ». Cette image n'évoque-t-elle pas les faits rapportée par M. Villain au cours de l'épidémie palustre de 1929

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« dans les campagnes avoisinant Menzel-Temime, bétail et volaille, à l’abandon, pillent les récoltes sur les aires: de battage sans qu'aucun habitant ait pu rassembler assez de vigueur pour les chasser ou les parquer ».

Il est donc bien certain que le paludisme existe depuis longtemps en Tunisie, mais nous n'avons aucun renseignement précis sur l’endémie, son intensité, ses modalités. Il faut attendre pour cela 1906, date des premières enquêtes épidémiologiques effectuées par des médecins. Il est juste toutefois de signaler le témoignage de l’armée, dont les statistiques enregistrent 22 pour cent d’indisponibilités de leurs effectifs au début de l’occupation tunisienne : remarquons tout de suite que ce chiffre n’est qu'approximatif étant donné que la quinisation était déjà appliquée dans l’armée à cette époque, grâce aux travaux de Maillot en Algérie.

Ce n’est qu’à partir de 1906 que nous commençons à être bien renseignés sur la malaria en Tunisie : nous étudierons cette période dans un chapitre suivant, car nous avons seulement recherché ici les quelques renseignements que l’histoire pouvait nous donner sur le paludisme tunisien. Ces renseignements sont peu nombreux, mais à la réflexion ces faits n'ont rien d'étonnant. En effet, en regard de la peste ou du choléra décimant les populations urbaines, se propageant avec une rapidité foudroyante à tout un territoire, envahissant les contrées voisines, le paludisme, endémie plus souvent qu’épidémie, affection locale, surtout rurale, a fait figure de parent pauvre jusqu’à la fin du XIX' siècle. Par ailleurs, une épidémie palustre présentait autrefois de

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grosses difficultés de diagnostic. Il n’y a pas si longtemps, certaines épidémies palustres graves étaient encore difficiles à discriminer d’une épidémie de typhus; il est donc possible que des confusions aient pu se faire au détriment du paludisme. Enfin, il faut également songer que les progrès réalisés dès 1820 en matière de paludisme n'atteignirent la Tunisie que relativement tard en raison de la lenteur de son organisation sanitaire. Nous reviendrons plus loin là-dessus.

EPIDEMIOLOGIE

Avant de décrire l’endémie palustre proprement dite, nous étudierons séparément les facteurs épidémiologiques locaux du paludisme. Cette étude nous permettra, par la suite, de mieux comprendre une vue d'ensemble de l'affection en Tunisie et les conditions qui règlent le problème antipaludique dans ce pays.

Les facteurs épidémiologiques du paludisme peuvent être divisés en deux catégories :

1° des facteurs essentiels, nécessaires.

2° des facteurs favorisants, secondaires.

Facteurs essentiels

Anophèles, Hématozoaires et réservoir de virus sont - les éléments nécessaires à l’entretien de l’endémie palustre. Nous allons voir ce qu’ils sont en Tunisie.

LES ANOPHÈLES TUNISIENS

Les espèces. — Deux genres d’anophélines servent de vecteur au paludisme en Tunisie : Anophèles, Myzomia.

Les espèces rencontrées sont :

pour l’anophèles : le maculipennis (variété labranchiæ) et l’algériensis ;

pour le Myzomia : l’Hispaniola, le Sergentii, le Super-

pictus et le multicolor.

Dans l'ensemble, le Maculipennis est de loin, l’agent vecteur le plus fréquemment rencontré. Les autres espèces, sauf l’Hispaniola semblent plutôt jouer un rôle accessoire. Cette année, cependant, l’Algériensis a été identifié beaucoup plus souvent par M. Wassilieff, Chef du Laboratoire d'Entomologie de l’Institut Pasteur de Tunis.

Les adultes. — Les anophèles sont, suivant la règle, des ruraux : les grandes villes en semblent exemptes, mais non leur périphérie, souvent étendue et occupée par des nomades ou semi-nomades vivant en gourbis. L'Institut Pasteur de Tunis, voisin du jardin du Belvédère, à la porte de la ville, était infesté d’anophèles. A Franceville et à Mutuelville, également aux portes de Tunis, des cas de paludisme autochtones ont été relevés par M. Anderson, Sous-Directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, et des anophèles Maculipennis ont été identifiés par M. Dupoux, médecin inspecteur de la Direction de la Santé Publique.

Aucune étude sur la densité anophélienne n’a encore été faite en Tunisie; quelques chambres de capture ont bien été aménagées, mais, leur petit nombre et le peu d'observations qui ont pu y être faites ne nous permettent pas de donner des précisions. Quant aux indications apportées par les indigènes, elles sont trop fantaisistes pour qu’on puisse en tenir compte. Les insectes piqueurs (Culex, Stegomya, etc.) sont extrêmement nombreux et l’indifférence fréquente des indigènes à leurs piqûres induit facilement en erreur, M. Wassilieff a pu faire

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des captures importantes, aux rayons lumineux et grâce à des fumigations il est vrai, dans des maisons déclarées indemnes de tout moustique.

Un seul fait persiste : toute l’année, la Tunisie héberge des anophèles sur tous ses territoires habités. La répartition de l’anophélisme tunisien est naturellement calquée sur celle des eaux favorables à leur pullulation: nous verrons qu’elles sont nombreuses. Disséminé dans le Tell et le Sahel, l’anophélisme est plus localisé dans les Steppes et les régions du Sud.

Si l’anophèle Maculipennis confirme en Tunisie sa réputation d’ubiquité, les variétés accessoires sont . moins répandues.

L’anophèle Hispaniola semble se cantonner en Kroumirie, dans le Haut Tell, certaines zones de Sahel, des Steppes et dans les oasis du Sud.

L’anophèle Multicolor est avant tout un anophèle saharien; mais des captures récentes ont montré qu’il s’adaptait parfaitement à la vie sahélienne : à Bekalta, en particulier, M. Wassilieff a pu en trouver de nombreux exemplaires.

L’anophèle Algériensis, considéré comme rare, est à l'heure actuelle, plus fréquemment identifié dans le Cap Bon, le Tell septentrional, le Sahel, à Kebili (territoire militaire du sud) dans la région du Krib (Docteur Marini), à O. Zerga (dans une eau contenant 10 gr. 53 de NaCI au litre (Docteur Dupoux).

L’anophèle Sergentii, trouvé en 1911 à Tamerza (Hautes Steppes) par M. Langeron, a été retrouvé par M. Wassilieff cette année dans les Mogods. (Tell sep-

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