‹ La Lutte Antipaludique En TunisieChapitre 12 sur 50 · DURS · texte numérisé non relu

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tentrional).

Quant à l’anophèle Superpictus, il n’a été identifié qu’une fois par M. Villain dans l’oued Tarfa (Sahel).

Il est difficile, à l'heure actuelle d'affirmer les préférences de séjour pour chaque espèce; des faits nouveaux apportent continuellement un démenti à des notions qui semblaient être classiques auparavant.

La courbe de l’anophélisme, dans l’ensemble, relativement basse en hiver, est ascendante au printemps, dessine un court plateau au début de l’été, reprend son ascension à la fin de celui-ci pour atteindre son acmé à la fin de l’automne et revenir à son point de départ hivernal. Cette courbe correspond à peu près à ceile de la pluviométrie : quelques précipitations printanières, coïncidant avec un adoucissement de la température, permettent les premières éclosions en avril. L'été, période sèche à forte évaporation, les gîtes larvaires voient leur nombre diminuer; en automne, période pluvieuse, ils redeviennent nombreux et l’anophélisme augmente à nouveau; en hiver, la température, moins favorable, fait diminuer les pontes.

Connaissant les grandes variations annuelles et régionales de la pluviométrie, nous ne nous étonnerons pas de celles de l’anophélisme. Il semble, toutefois, que dans les régions du sud où l’eau est moins d’origine pluviale que souterraine et par conséquent de quantité plus constante, l’anophélisme y règne également à un taux plus. constant. Seules, les grandes précipitations exceptionnelles provoqueront une pullulation anormale; c’est bien ce qui paraît s'être passé en 1933 à Thala, Sbeïtla (Haut

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Tell) lors de la grave épidémie palustre. Il est possible également qu’en montagne, l’anophélisme soit légèrement en retard sur celui de la plaine : en effet, les pluies y sont plus abondantes au printemps, le printemps luimême est plus tardif et les oueds ont en principe des courants rapides et défavorables à la ponte.

Les larves. — La tourbe de l’anophélisme que nous venons de dessiner correspond à peu près aux résultats des pêches de larves effectuées en différents endroits et à différentes époques. Les auteurs ont tous noté les premières apparitions de larves au début d’avril : leur récolte, fructueuse en mai, juin et juillet, fléchit en août, pour redevenir abondante en septembre, octobre et novembre, diminuer en décembre et devenir à peu près nulle jusqu’en mars.

Ces notions, naturellement, subissent quelques variations : M. Wassilieff a pu, pendant les mois de janvier 1936, faire de nombreuses pêches dans les flaques des oasis du sud, expliquant ces résultats par la douceur de la température assez exceptionnelle pour l’époque.

Biologie. — Si les variétés d’anophèles rencontrées en Tunisie sont banales en dehors de l’anophèle Superpictus qui paraît assez rare en Afrique du Nord, leur genre de vie semble l’être beaucoup moirs, d’après quelques observations faites en particulier par MM. Villain, Dupoux et Wassiliefr.

Les eaux courantes et stagnantes sont généralement douces dans le nord de la Tunisie; dans les régions du sud (Sahel, Steppes) elles sont, pour la plupart, fortement chlorurées et magnésiennes, Pensant, à cause de

cette forte salure, trouver des échantillons d’élutus aux environs de Bekalta (Sahel), M. Villain a découvert dans des eaux sans végétation et hypersalines (19 à 35 gr. de chlorure au litre) des larves d’anophèle Maculipennis et d’anophèle Multicolor, ce qui prouve, dit l’auteur, que le Multicolor n’est pas spécifiquement saharien, comme on l'avait d’abord pensé, et ce qui affirme d'autre part les remarquables facultés d'adaptation des larves de Maculipennis.

Un autre fait intéressant est celui rapporté par M. Dupoux. Dans certains oueds perennes de montagne, la force du courant et l’absence de végétation avaient longtemps permis de considérer ces oueds comme non dangereux au point de vue paludsime : or, dans la région de Sbeïtla, entr'autres, M. Dupoux, a pu longuement observer la présence des larves d'Hispaniola dans ces oueds réputés salubres.

« Le lit, dit l’auteur, est constitué par des graviers « et du sable fin. C’est dans le sable, non seulement sur « les bords, mais en plein courant que nous avons dé- « couvert les gîtes. Ils sont tellement nombreux, telle- « ment rapprochés les uns des autres que l’on peut dire « que sur tout leur trajet, ces oueds ne sont que de vas- « tes gîtes larvaires. Les larves que l’on y rencontre « par milliers sont du genre Myzomia, variété Hispa- « niola. Elles reposent sur le lit de l’oued’ dans les en- « droits les moins profonds. Elles s’incrustent dans le « sable et s’y cachent pour résister au courant. Lors- « qu’elles remontent à la surface pour respirer, leurs « mouvements sont très rapides, beaucoup plus rapides

« que ceux du Maculipennis par exemple : elles y res- « tent très.peu de temps et redescendent très vite. Par- « fois quelques-unes sont entraînées par le courant; « celles-là meurent probablement, à moins. qu’elles ne « s’accrochent plus loin à un nouveau gîte. Dans loued « Sbeïtla, à la sortie de la source où l’eau retombe de « cascade en cascade, nous avons trouvé des larves « accrochées à la mousse fine qui pousse en très petite « quantité d’ailleurs. Le courant est tellement fort à « cet endroit, qu'on se demande vraiment comment « elles peuvent se maintenir à la surface lorsqu'elles y « viennent respirer. »

M. Wassilieff a également fait d’intéressantes observations. Il a trouvé, entre autres, des larves d’Algériensis dans un puits, faisant remarquer qu’à l’habitude lAlgériensis est considéré comme un anophèle très sauvage. Toutes ces notions nous montrent qu’il est difficile d’assigner une biologie typique à chaque variété de larves d’anophèles. Les gîtes larvaires sont excessivement variables et ne doivent pas faire préjuger de la variété de larves qu’on y rencontrera. Par ailleurs, tous les points d’eau, d’après ce qui précède, devront être considérés comme dangereux et à vérifier.

D’après l'ensemble des observations recueillies, il semble bien que décembre et surtout janvier, février et mars sont peu favorables à la ponte : la conservation de l'espèce paraît être assurée ici par l’insecte parfait. M. Wassilieff, cependant, au cours des pêches faites l’hiver dernier dans certains gîtes de Tozeur et Nefta (Oasis du Sud) a pu constater l'existence de larves en

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état d’hibernation dont le développement s’achevait au moindre rayon de soleil. En cas de basse température, les larves se maintenaient à une certaine profondeur pour ne revenir en surface qu’au moment d’une température plus favorable.

Les recherches effectuées sur l'hibernation des insectes parfaits sont encore courtes. M. Wassilieff à entrepris cette étude; jusqu'ici aucune conclusion ne peut encore être émise.

L’hibernation vraie, c’est-à-dire la survie de l’anophèle sans désir de nourriture ni de ponte, n’a pas encore été observée. Il est seulement permis de supposer que ce phénoméne existe en montagne où le climat est beaucoup plus rude (Thala, Mactar, par exemp'e). Par contre, MM. Wassilieff et Villain ont pu constater de nombreux épisodes de semi-hibernation. Ces expérimentateurs ont pu capturer de grandes quantités d’anophèies femelles en décembre et janvier, alors que les larves avaient toutes disparu des gîtes classés à l’entour. Ces anophèles étaient actives et piqueuses (elles piquent jusqu’à trente fois, d’après M. Wassilieff). Gorgées de sang, elles ne présentaient aucune activité gonotrophique : M. Wassilieff en a trouvé depuis, dont les ovaires étaient nettement en pleine activité, contradiction non encore expliquée avec l'absence de larves aux environs.

La semi-hibernation semble, en tout cas, être le facteur principal de la conservation de l’espèce en Tunisie. Elle pourrait, d’autre part, expliquer certains paludismes d'hiver, d’allure parfois épidémique.

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