‹ La Lutte Antipaludique En TunisieChapitre 15 sur 50 · RÉSERVOIRS DE VIRUS · texte numérisé non relu

RÉSERVOIRS DE VIRUS

Les mœurs, la mentalité et la qualité d’une population expliquent souvent une bonne partie du développement de l’endémie palustre : la population tunisienne compte comme un élément important dans le problème de la lutte antipaludique.

2.410.692 habitants peuplent la Tunisie, ce qui n’est guère si l’on songe aux six miilions de l’Ifrika ancienne. Sur ces deux millions et demi d'habitants, une masse de 2.215.299 indigènes s'oppose à une minorité étrangère (195.393) faite de Français et d’'Italiens en grande partie (180.000 environ), de Maltais, d'Espagnols et de Grecs (chiffres du recensement de 1931).

Cette population est essentiellement rurale et, si l’on excepte quelques grands centres urbains (Tunis, Sousse) que respecte l'infection palustre, on peut considérer toute la population de la Régence comme exposée au fléau malarique.

Une première notion se dégage de l’étude de cette population : l'Européen ou l'Etranger n’est pas, par son

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petit aombre et par ses habitudes de vie, le porteur de germes dangereux.

Aussi vulnérable que l’indigène à l’inoculation palustre, il résiste mieux à celle-ci grâce à une hygiène meilleure, une nourriture plus abondante, une habitation plus salubre. Il fait moins souvent que l’Arabe, dit M. Villain, «une septicémie plasmodiale ». Il mène une vie physique moins pénible, s'expose moins aux intempéries, aux variations de température, fréquentes d’une région à l’autre en certaines époques, et l’on sait le rôle joué par la température en matière de paludisme. Enfin, plus sédentaire, il risque moins de provoquer une essaimation. Il ne faudrait pourtant pas considérer l'élément étranger comme inactif dans la genèse de l’endémie palustre. Les immigrants, Italiens par exemple, sont souvent un apport de virus important. « Tout Sicilien, disait M. Comte, qui débarque un châle sur les épaules (le paludéen est frileux) est porteur de virus ».

L'hygiène de l’élément colonisateur, par ailleurs, n’est pas toujours remarquable et Husson, médecin de l’Institut Pasteur de Tunis, signalait en 1907, l’important foyer de paludisme qu’entretenait à Tabarka la population maltaise et sicilienne, vivant dans une hygiène déplorable.

Le colon affiche lui-même, un certain mépris, sinon beaucoup d’ignorance à l'égard du paludisme et ce dédain a probablement coûté bien des vies humaines et beaucoup d'argent.

Mise à part une minorité citadine, assez riche, assez

évoluée, souvent israélite (on compte 54.428 israélites

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en Tunisie), la population indigène est dans l’ensemble une population rurale, plus ou moins nomade, pauvre, mal nourrie, dont l’état sanitaire est précaire et dont l'hygiène est à peu près inexistante; c’est une proie peu résistante et facile pour le paludisme.

Il n’est pas d’unité ethnologique pour le Tunisien ses origines sont extrêmement diverses. L’arabe blanc aux yeux clairs se rencontre aussi bien que le nègre ou l'arabe brun de type andalou. La discussion classique de la protection relative contre le paludisme grâce à la coloration des téguments ne saurait entrer en jeu ici.

La véritable unité de la population est réalisée par sa mentalité : mentalité bien spéciale qui explique beaucoup de choses dans l'évolution de ce pays. Fortement islamisé, l’arabe tunisien, le berbère est resté fidèle aux vieilles traditions accumulées. La civilisation a très peu entamé son traditionnalisme et dans le bled on a le plus souvent affaire à de véritables primitifs. A Skelba (Cap Bon) où persistent quelques éléments d’une tribu maouïne, le médecin n’a pas encore toujours le droit de faire une injection intra-musculaire à une femme. L’emprise de la tradition est si forte qu'on a vu des berbères se remettre à la vie de gourbi après être sortis de polytechnique et avoir tenu brillamment rang d'officiers.

Le fatalisme, que d’aucuns appelleraient résignation, reste la note dominante du caractère Tunisien. Les yeux fixés sur le passé, l'indigène supporte stoïquement les maux qu'Allah veut bien lui dispenser.

Assez minutieux pour certains détails matériels, il est d’une imprévoyance remarquable dans le domaine

de l’argent : l’économie est une chose incompréhensible pour lui et une année de disette le trouvera sans défense ni réserve, en proie aux usuriers. Cette imprévoyance est au moins égale dans le domaine médical : la prévention reste lettre morte pour lui, et, si l’idée d’une thérapeutique d'effet immédiat lui est assez agréable (injections et comprimés ont sur l’indigène un attrait considérable), la régularité, la longueur d’un traitement surtout préventif, le lasseront rapidement.

Dans l’ensemble, il faut bien l’avouer, le Tunisien est assez paresseux, exception faite de quelques-uns, tel l’actif commerçant de Djerba, le vieux sédentaire du Sahel; son ardeur au travail est largement compensée par son amour du farniente et de l’heureuse oisiveté. Vivant de peu d’ailleurs, il règle strictement son activité sur ses besoins et n’essaiera jamais de gagner davantage, surtout s’il doit lui en coûter un effort supplémentaire. L'orgueil lui fera volontiers accepter, dans son travail, un grade supérieur, mais, limitant son effort au minimum des ressources qui lui sont nécessaires, il profitera de son nouveau gain pour diminuer ses journées de labeur. On pourra difficilement compter sur sa bonne volonté dans la lutte antipaludique.

Ajoutons cependant à sa décharge, qu’il est souvent docile; avec beaucoup de patience et une étroite surveillance, on peut arriver à obtenir de lui un excellent rendement. Une propagande bien faite, soigneusement entretenue ne le laissera pas indifférent et pourra être utile.

Dire de la population qu’elle est essentiellement ru-

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