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L’ENDEMIE PALUSTRE EN TUNISIE

D’après les observations recueillies, on peut ainsi résumer les notions principales acquises sur l’endémie palustre tunisienne.

Presque toute la Tunisie est entachée de paludisme les régions d’extrême-sud, encore que dépourvues d’anorhèles, comptent elles-mêmes quelques cas de paludisme contractés par les nomades lors de leurs déplacements.

Dans l’ensemble, le paludisme prend l'allure d’une forte endémie à recrudescences printanière et estivoautomnale.

Sur ce fond d’endémicité chronique, entretenu par les facteurs secondaires que nous venons de voir, viennent se greffer des épidémies plus ou moins étendues, déclenchées par des manifestations météorologiques extraordinaires (précipitations anormales), plus rarement par un apport massif de virus.

L’endémie se manifeste en général par des accès bénins, au printemps en particulier (p. Vivax) ; pendant la période estivo-automnale, le paludisme prend une forme plus grave, parfois pernicieuse (p. Falciparum). Les formes anormales de paludisme (bilieuses hémoglobinuriques) et les complications semblent assez rares.

En temps d’épidémie, la malignité des accès devient

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presque la règle quelle que soit la forme plasmodiale en cause et la mortalité s'avère très importante. En dehors de toute considération pathogénique, la malignité semble le plus souvent secondaire à la misère physiologique.

L'épidémie s'étale plus ou moins dans le temps : le réservoir de virus prend alors une importance numérique considérable et les porteurs de gamètes deviennent beaucoup plus nombreux; ce n’est'que peu à peu que le réservoir de virus revient à un minimum normal et que les index gamétiques tombent relativement bas. La densité anophélienne semble jouer le rôle le plus important dans la genèse de ces épidémies; c’est pourquoi la lutte antianophélienne est au moins aussi nécessaire que la bonification humaine.

Adultes et enfants sont touchés au même degré par l'affection palustre : les index pratiqués, spléniques et plasmodiques, se montrent à peine plus élevés dans l'ensemble chez l'enfant que chez l’adulte. En temps d’épidémie, cependant, la mortalité s’avère plus grave pour l'enfance. La difficulté de traiter les jeunes enfants (ingestion) semble être la principale raison de cette différence en dehors naturellement de toute considération sur la prémunition. Signalons également la gravité des accès épidémiques chez les femmes âgées et les femmes enceintes (avortements) ; d’aucuns voient là également la conséquence d’une insuffisance de thérapeutique : la femme est souvent moins accessible que l’homme pour le médecin ou le quinisateur.

Enfin, l'intensité de l’endémie varie d’une région à l’autre suivant les variations locales du micro-climat et

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les coutumes adoptées par les habitants.

Il aurait été intéressant de pouvoir suivre quelques données numériques concernant l’endémie palustre depuis la création en 1906 du service antipaludique. Malheureusement, les premiers chiffres dont on puisse tenir compte ne datent que de 1928. Antérieurement à cette époque, en effet, de nombreuss difficultés ont gêné les observateurs. Tout d’abord l'insuffisance de personnel empêcha d’avoir des renseignements suffisamment complets : jusqu'en 1927, un seul médecin était attaché à la lutte antipaludique et le travail dépassait les possibilités d’une seule personne compétente. A partir de 1927, les observations quoique plus nombreuses, ne portaient encore que sur une partie des territoires. Il faut attendre en réalité 1933 pour avoir une idée d'ensemble plus exacte : à cette date, en effet, toute la Régence, en dehors des territoires militaires du sud, est soumise à la surveillance de médecins inspecteurs d'hygiène.

À cette insuffisance de personnel, il faut ajouter le manque de statistiques démographiques suffisantes ; les quelques dates que nous allons énumérer le prouvent amplement : la déclaration des naissances et des décès n’est devenue obligatoire qu'à partir du 1°” janvier 1920; la constatation médicale des décès n’a été réglementaire dans les communes qu’à partir de 1926. Enfin, le paludisme confirmé bactériologiquement n’est devenu de déclaration obligatoire qu'à partir de 1927.

MORBIDITÉ PALUSTRE. — En 1934, alors que toute la Régence jusqu’aux territoires militaires était comprise dans un réseau de quinisation, 450.000 personnes, soit

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20,5 % de la population furent officiellement traitées pour paludisme. En 1934, 6.366 paludismes confirmés microscopiquement furent déclarés à la Direction de l’'Hygiène. En 1936 ce chiffre fut de 4.425,

En dessinant la courbe mensuelle de ces déclarations, on remarque aisément les deux recrudescences de l’endémie palustre. Il est curieux de constater que cette courbe se rapproche sensiblement de celle des index plasmodiques pratiqués au Maroc par M. Sicault.

Chiffres comparés des races plasmodiales observées. Falciparum Vivax Malariæ Association Vx. Fp.

1934 8.590 6.852 is 57 1935 6.757 4.019 592 LES a rt AMENER (1) Ces chiffres nous sont donnés d’après l’ensemble des examens de lames pratiqués en 1934 et 1935 par les différents laboratoires de la Régence. Sur 62.778 lames de sang examinées en 1934, 15.912 se sont montrées positives. Sur les 60.165 examinées en 1935, 11.400 se sont montrées positives.

: MORTALITÉ PALUSTRE. — Les chiffres de mortalité palustre sont assez difficiles à donner en temps ordinaire et nous n'avons pas de statistiques suffisantes à cet égard. D'ailleurs, il semble bien que la mortalité soit peu élevée en général. I] n’en est pas de même en temps d’épidémie.

EPIDÉMIES. — Les épidémies de paludisme sont fréquentes en Tunisie. En général localisées dans une région, elles peuvent s'étendre à un vaste territoire comme en 1933. Certaines années ont été particulièrement marquées par ces épidémies : 1911, 1918, 1921, 1924, 1928 dans le Cap Bon et aux environs de Gabès surtout.

(1) La brusque augmentation des associations est ici remarquable.

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En 1921, dans la région d'El Haouria, la vision des cadavres portés par 4 amis titubants était devenue un spectacle familier, nous dit M. Villain.

L'’épidémie 1932-33 semble avoir cependant atteint je maximum d’ampleur et de gravité. Au début de l'année 1931, marqué par une sécheresse exceptionnelle, le paludisme parut subir parallèlement une sensible régression : en décembre 1931 un cyclône s’abattit sur la Régence. Les pluies tombèrent en abondance telle qu’on n’avait vu pareilles précipitations depuis 1896; le nord et le centre de la Tunisie, en particulier, furent inondés. Le printemps 1932 se montra froid et en août de la même année, l'épidémie éclata, prenant une forme véritablement explosive. Nous pouvons remarquer que toutes les conditions étaient réunies pour aggraver l’endémie palustre : année de sécheresse, donc mauvaise récolte et mauvais état sanitaire, pluies exceptionnelles inondant des régions relativement sèches d'habitude comme Kairouan et augmentant ainsi considérablement le nombre de gîtes larvaires, enfin un printemps froid préparant chez les individus un état de réceptivité anormal.

Sousse, Enfidaville, Aïn-el-Asker, Kairouan, la plaine de Zlass furent les premières régions atteintes; bientôt l'épidémie s'étendant gagna les montagnes : Zaghouan d'un côté, Hautes Steppes de l’autre. Le Cap Bon fut heureusement en partie préservé en raison des mesures prophylactiques qu'avait provoquées l’épidémie de 1928. L'hiver 1932-33 n’amena pas la rémission habituellement observée et en juillet 1933 le paludisme fit encore de nombreuses victimes. Cette épidémie fut telle qu'elle

entraîna dans l’armée des mesures spéciales de protection; les permissions furent supprimées. Nous reproduisons ici les statistiques officielles relevées par le Docteur Villain, qui nous donnent une idée de la gravité de cette épidémie, dont la mortalité dépassa celle du choléra en 1911 :

Moyenne globale de Moyenne globale de mortalité des 5 années mortalité pour les 10 mois

1927 à 1931 inclus août 1932-juillet 1933 incl.

pour les pour Globale Excéd. palustre 12 mois 19 mois probable SOUSSE... 1.330 1.108 2.598 1.485 Monastir . 1739 1.448 2.358 910 Madhia .. 1.094 911 988 TA Souassi . 525 436 943 507 Kaïiroüuan . . 1.463 1.218 3.061 2.343 PAASS ER 1.441 1.201 D LUE 1.974 Enfida 233 194 803 609 Zaghouan 633 527 1.153 626 Total .. 8.456 7.043 15.574 8.531

En considérant les taux moyens mensuels de morta- -lité générale dans les mêmes régions, avant et pendant l'épidémie, on trouve rapportés à 10.000 habitants les chiffres suivants :

Taux moyens mensuels de mortalité pour 10.000 habitants

Caïdats Pour les 5 années 1927 Pour les 10 mois inclus à 1931 inclus d’épidémie 1932-1933

Sousse .… . 10.0 28.4 Monastir . MT 28.9 Madhia 12.8 13.9 Souassi …. 10.2 222 Kairouan. 17.0 51.4 LIASS Te. 12.8 34.0 Enfida 127 53.3

Zaghouan 12.01 26.6

PALUDISME ET MORTALITÉ INFANTILE. — Si en temps ordinaire, le paludisme ne semble pas jouer un rôle prépondérant dans la mortalité infantile, en temps d’épidémie, il est loin d’en être de même. Nous donnons ici quelques chiffres éloquents.

Au cours de l'épidémie 1932-33, enfants et nourrissons payèrent un lourd tribut au paludisme.

« Dans le village d'Ouled el Hachemi, qui compte 350 habitants, sur 10 nourrissons 8 sont morts de paludisme et la plupart des femmes enceintes ont avorté. »

À Beni Hassen les chiffres suivants ont été relevés : nourrissons de 0 à 1 an avant l'épidémie : 70; nourrissons de 0 à 1 an après l’épidémie : 30; décès imputables au paludisme : 40.

Dans la circonscription d’Enfidaville, on a pu encore noter :

total des décès du 2° semestre 1932 : 560.

décès de 0 à 15 ans : 293; décès de 15 à 50 ans : 119; décès au-dessus de 50 ans : 148.

Sans vouloir tirer de conclusions précises, il est également curieux de comparer les courbes de naissances et de décès chez les indigènes de Kairouan de 1928 à

Naissances Décès D PA nee er A 3.526 2.541 LO2 0 RCE Sr EE 4.646 24114) IS O0 ER RER Te 5.630 2.595 1981: 4.25 enr 4.640 010 LOSA2 LR Re 4.439 5.458

Les quelques chiffres que nous venons de donner expriment suffisamment la gravité de l’endémie palustre en Tunisie,

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