‹ La Lutte Antipaludique En TunisieChapitre 47 sur 50 · ENSEIGNEMENTS A TIRER DE LA LUTTE ANTIPALUDIQUE TUNISIENNE · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENTS A TIRER DE LA LUTTE ANTIPALUDIQUE TUNISIENNE

À considérer la marche de l'endémie palustre en Tunisie, ses recrudescences brusques dont nous avons souligné la gravité, il semble bien que jusqu’à nos jours, la population n’ait pas profité de cet état particulier de protection relative qu’est la prémunition, tout au moins, n’en a-t-elle pas profité aussi largement qu’on a pu le constater en d’autres pays. Les index eux-mêmes ne sont pas toujours en faveur de la prémunition.

Il est juste toutefois de noter que pour certains malariologues, la résistance acquise des indigènes est surtout stable et solide dans les zones endémiques où la contamination naturelle s’opère tous les ans et presque tout le long de l’année (Sergent), ce qui n’est pas tout à fait le cas de la Tunisie, pays à saison paludéenne relativement bien tranchée.

Par ailleurs, en examinant d’un peu près la qualité du réservoir de virus tunisien, on s’aperçoit que les causes d’échec de la prémunition, telles que les a définies Sergent, sont très fréquentes : ruptures brusques ou lentes de la prémunition par diminution des moyens de défense du terrain en particulier. Cette notion nous amène à insister à nouveau sur l'importance du terrain

en matière de paludisme; nous avons déjà opposé. les statistiques palustres de l’armée aux statistiques civiles, nous avons souligné toute la valeur que prenait une cure de « revitalisation » lors du traitement des paludéens au lazaret antipaludique. Faut-il encore rappeler la disparition du paludisme en France, disparition qui semble liée non seulement aux mesures prises pour lutter contre l’endémie, mais également à l’amélioration de la « condition humaine ».

Il ne faut pas compter sur une médication spécifique pour assurer à elle seule le maintien d’un bon état d'équilibre, disent encore les Sergent; ce fait n’est mis en doute par personne. L’immunité serait évidemment la meilleure des prophylaxies. Cependant, s’il est difficile de supprimer tous les vecteurs d’une affection contagieuse, s’il est également difficile de détruire tous les germes de cette affection, il serait peut-être plus facile de créer, non pas une immunité complète dont le déterminisme est encore mal connu, mais tout au moins de développer les facultés innées de résistance qui constituent chez l'individu l’état de bonne santé, l’immunité relative.

Aussi pouvons-nous considérer le rattachement de la lutte antipaludique à l'Hygiène sociale en Tunisie comme un progrès considérable. Les deux œuvres devront marcher de pair, en liaison étroite. La lutte antipaludique consistera dorénavant non seulement en une thérapeutique préventive ou curative, mais encore en une amélioration des moyens de défense du terrain. La propagande s’efforcera de faire comprendre cette notion

capitale. La colonisation devra profiter de cette propagande. Pour une œuvre semblable, à côté de la thérapeutique en grand des fléaux sociaux, de nouvelles mesures d'hygiène seront à envisager, telle la suppression des gourbis pour les ouvriers des grosses propriétés. De pareils changements amèneront naturellement de grosses difficultés auprès des indigènes traditionnalistes, auprès des européens partisans du moindre effort, et le pays y perdra peut-être en pittoresque. Un tel programme ne s’exécute pas, au reste, du jour au lendemain et l'œuvre d'hygiène, ne l’oublions pas, est une longue patience.

Commission d'Aggainissement

Organisation schématique d’un Service antipaludique fonctionnant dans le cadre de l'Hygiène sociale

D°2 cle de 1'Intérieur

Agriculture Eyg. Publique

Tr. Publics |

(Haye. Sociale

rvice Antipaludique

Santé Publique

Ê Se Dispensaire régional

Infirmeries Dispengaires

AN

Centres Eygiène sociale

ZE

9nbrpnredtquy 9330

Dans ce tableau, le service antipaludique forme le centre d'actions convergentes, dépendant de la Direction Générale de l'Intérieur et de la Santé Publique: il est relié aux autres organismes par ses ingénieurs, par ses médecins, par le médecin directeur de l’'Hygiène Sociale, par les médecins inspecteurs de l’'Hygiène Publique.

Leur réunion forme la Commission d'assainissement.

Le service médical est assuré par les infirmiers quinisateurs. Le seul changement à leur action actuelle est leur polyvalence dorénavant acquise. Les mêmes tournées itinérantes subsistent, et la marche de la lutte antipaludique n’est en rien transformée : peut-être pourtant pourrait-on compléter le dépistage des malades par la pratique d’index sérologiques polyvalents : une méme prise de sang permettrait la recherche concomitante du typhus, du paludisme et de la syphilis.

Les centres antipaludiques sont transformés en centres d'Hygiène sociale régulièrement visités par le médecin de colonisation qui dirige les malades en cas de besoin sur l’infirmerie dispensaire. En cas de difficulté, le malade peut être envoyé à un dispensaire polyvalent régional (il en existe 4 : à Sousse, Sfax, Bizerte et Le Kef) ou au besoin à Tunis dans la salle spécialisée du service antipaludique. Les mêmes échelons servent naturellement pour les autres affections.

Nous avons ainsi étudié les différents problèmes que pose le paludisme en Tunisie. Nous nous sommes efforcé d'en réunir tous les éléments connus ou inconnus, d’en tirer quelques conslusions.

Nous serons trop heureux si ce modeste travail a pu contribuer à l’œuvre utile qu’est la lutte antipaludique.

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