LE PROBLÈME DES INVALIDES DE LA TUBERCULOSE
Les Américains en gens pratiques à leurs heures, n’ont pas manqué d'envisager celte importante question depuis longtemps. Nous avons eu le plaisir de voir à Rutland (Mass) le D' Krane, un des apôtres de la question. Il nous a longuement exposé ses idées à ce sujet. Pour lui, comme du reste pour la plupart des phtisiologues à l’heure présente, la phti- sieest fortement influencée par les conditions sociales et économiques. La misère en est un facteur des plus important, et les statistiques nous montrent que partout où le confort et l'hygiène se développent, la morbidité décroit. Aussi l’idée du D’ Krane et de ses collègues est de ne pas se contenter de soigner la maladie. Une fois sorti du sanatorium, guéri ou très amélioré, le tuberculeux est fatalement exposé à se. retrouver dans les mêmes conditions sociales et hygiéniques qui ont contribué à sa maladie. Au sanalorium on lui a bien appris les ‘principes d'hygiène indispensables, mais cela n’est pas suffisant la plupart du temps; il faut encore qu’il ait les moyens matériels de les appliquer. Cela devient dès lors une question économique, une question de salaire, Aussi
H. Limousin 4
doit-on, dès son séjour au sanatorium ou à l'hôpital, s'intéresser à sa condition et lui procurer à sa sortie les moyens de vivre plus à l'aise. On commence donc par une enquête sociale dans sa famille, et s’il est prouvé que ses ressources étaient insuffisantes alors qu’il était en bonne santé, on va chercher à lui en créer de nouvelles.
C’est souvent uue instruction professionnelle com. plète à faire ; soit que le métier antérieur serait incapable de nourrir l’ouvrier dont la capacité de travail se trouvera diminuée du fait de la maladie, soit que le dit métier était insalubre, incompatible avec la vie calme et hygiénique qui lui est indispensable, soit trop pénible enfin. Le D: David Lyman qui s’est lui aussi intéressé à ce que deviennent ses malades au sortir du sanatorium a fait à ce sujet des statistiques fort intéressantes.
C’est un travail social des plus indispensables si l'on veut que les efforts du malade et des gens qui l'ont soigné ne soient pas perdus. Aussi le D' Krane préconise-l-il, non plus de faire faire au malade en traitement un léger travail comme distraction seulenent, mais bien de lui apprendre un nouveau métier, exigeant un effort physique léger, et plus rémunéraleur que celui exercé avant son entrée au sanatorium, Ces idées augmentent singulièrement le problème social de la tuberculose. |
Une question qui s’y rattache et qui s’est posée chez nous avec une particulièreurgence au lendemain de la guerre, c’est la question desréformés pour tuber-
UT a
culose. Le problème s’est posé pour les Etats-Unis sur une bien moins grande échelle. En effet la mobi- Jisation américaine se fit d'unefaçontrès méthodique. Chaque recrue fut soigneusement examinée, tous les cas difficiles ou même suspects envoyés à des spécialistes réputés, toutes les méthodes modernes d'examens, rayons X compris, furent mises en usage. Comme résultat, on peut compter que suivant les différents contingents, de 3à 80 /0 des hommes furent exemptés de service militaire pour tuberculose pulmonaire. Ce ne furent donc que des soldats indemnes detouteaffectiontuberculeuse qui furentenvoyés dans les camps d'instruction, puis au front. Et cependant à la démobilisation 10.000 anciens soldats furent réformés avec pension pour tuberculose. De plus la loi américaine accorde le bénéfice de pension pour maladie contractée en service à tous les anciens soldats dont la tuberculosé s’est déclarée depuis la démobilisation ou même se déclarera dans le cours de leur vie.
Le traitement est donné à ces malades soit dans les sanatoriums privéstels Trudeau par exemple, — et dans ce cas, ils payent une partie des frais de séjour en prenant sur leur pension, le reste est payé par le gouvernement — soit dans les hôpitaux spécialement organisés pour eux. Nous avons visité l’établissement de New-Haven dont l’organisation nous a paru parfaite sous tous les rapports. Les soins sont confiés au corps de santé naval, organisation distincte des médecins de la flotte et qui s’occupait
primitivement de l'hygiène des ports. Tout le reste du personnel estcivil. Le traitement est dans ses grandes lignes analogue à celui des hôpitaux civils pour tuberculeux : cure d'air, légère suralimentation, etc. Et maintenant, une fois guéris, que deviennent les réformés ? Chez nous on a cherché, . pour leur procurer l’occasion de vivre au grand air, à les éloigner des grands centres; on préfèreles voir se livrer à l’agriculture, et la loi leur facilite même l’achat d’une exploitation agricole.
Les Américains en ont jugé différemment. Ils estiment en effet que le travail de la terre est très pénible, sujet surtout à des périodes de surmenage. Ilsadmettent qu’il est dangereux le rendre à la terre le tuberculeux ancien cultivateur.
A plus forte raison ne permettent-ils pas qu'un ancien citadin, employé de bureau ou autre profession sédeñtaire, soit envoyé comme agriculteur, une fois sorti du sanatorium. - ;
C’est dans cette idée que le D' Krane de Rutland a fondé son école de rééducation. On y enseigne aux malades quelques métiers manuels tels que l’horlogerie, le dessin industriel; d’autres apprennent la sténodactylographie, etc.
A New-Yortk plusieurs organisations ont fait des essais intéressants à ce sujet :
Le comité israélite a fondé pour ses malades une école où leur est enseignée la couture.
Le succès a pleinement répondu à l'attente et au