CHAPITRE I
LPUR ORIGINE
De tous temps, les agriculteurs indigènes soucieux de parer aux éventualités des années de disette et de leur cortège d’infortunes, emmagasinaient dans des silos, lorsque leurs récoltes étaient abondantes, les réserves de blé et d’orge qui dépassaient la quantité nécessaire aux semailles et à leur consommation de l’année courante. Il fallait, pour qu'ils aient recours à ces mesures préventives, auxquelles ne les dispose guère leur nature apathique et imprévoyante, qu'ils y soient contraints par d'impé-
Ne
rieuses nécessités. Le climat irrégulier de la Régence ne
favorise guère les grandes productions agricoles.
Certaines régions du Centre et du Sud, en raison de la sécheresse persistante qui y sévit, étaient dépourvues de silos, le rendement des récoltes étant presque toujours médiocre. Enfin, les silos ne pouvaient être constitués que par des propriétaires déjà aisés et bien que le Coran prescrive à maintes reprises d'aider les coreligionnaires dans le besoin, les propriétaires des silos ne les secouraient toujours pas dans la crainte qu'eux-mêmes, par suite de plusieurs années consécutives de disette ne se trouvent dépourvus des céréales péniblement entassées.
D'autre part les améliorations progressives survenues dans la situation économique du pays, le développement des voies de communication et moyens de iransport, l'extension du réseau des chemins de fer, avaient eu comme résultat de rendre les transactions cemmerciales plus fréquentes et de réduire l'importance et le nombre des silos de réserve, des stocks considérables de grains étant constitués dans les villes chez les négociants en céréales.
Ces diverses raisons expliquent les affreuses misères endurées, à certaines époques par les petits agriculteurs indigènes qui sont la masse et les efforts que le Gouvernement du Protectorat, qui a toujours fait preuve à leur égard de la plus grande sollicitude, ne pouvait manquer d'accomplir. I vint aussi souvent que possible en aide aux nécessiteux qui S'adressaient à lui; mais les disponibilités budgétaires étant restreintes, les malheureux fellahs dont les demandes ne pouvaient être satisfaites avaient
ne lo
recours comme par le passé aux prèts usuraires qui les ruinaient pour de longues années.
Les exemples sont innombrables des combinaisons désastreuses que les emprunteurs acceptaient tout récemment encore dans certaines régions. Nous nous bornerons à citer quelques cas relatés dans les rapports officiels de la commission d'amélioration de l’agriculture indigène.
Le Kef - Réunion du 11 Janvier 1911.
Les propriétaires qui ont eu besoin d'argent ont fait des emprunts chez les usuriers; 1ls ont emprunté sur pied en Mars, c’est-à-dire qu'ils ont vendu à cette époque 12 francs les 100 kilos le blé qui vaut actuellement 30 francs ; ils ont vendu de même 8 francs les 100 kilos l'orge que lon paie aujourd'hui 20 francs. Beaucoup ont fait cette opération ; ils Sont ruinés par les usuriers,
Souk-el-Arba - Réunion du 11 Juillet 1912.
Les cultivateurs de cette région sont aussi ruinés par les usuriers. Ceux qui ont besoin d'argent ont vendu à livrer 12 à 14 francs les 100 kilos ce qui vaut aujourd’hui 23 francs. [ls ont emprunté pour payer la medjba et pour vivre. Ils accepteraient la création d’une caisse locale de crédit agricole.
Medjez-el-Bab - Réunion du 22 Janvier 1912.
L’usure ruine le pays. Un agriculteur à souscrit à un banquier juif un billet de 200 francs pour avoir 100 fr.
Réduire le champ d'action d’une entreprise aussi bien établie en ‘Tunisie, lutter sans merci contre les exploiteurs dont la forteresse paraissait inexpugnable parce que séculaire constituent évidemment une œuvre