‹ La Lutte Contre la LèpreChapitre 10 sur 50 · AFRIQUE · texte numérisé non relu

AFRIQUE

Venue sans doute de l’Arabie et de l'Egypte, la lèpre s’est étendue peu à peu à tous les peuples du continent noir. Les caravanes commerciales, le trafic des captifs de guerre ont dû contribuer puissamment à sa diffusion, en dispersant de tous côtés les sujets contaminés. On peut redouter que la pénétration dans l’intérieur de l'Afrique, en développant les rapports entre les tribus, ne propage la maladie.

L'Egypte abrite encore un bon nombre de lépreux ; quoique, en 1900, on n’en ait traité que 8 à l'hôpital du Caire, tous les médecins de cette ville affirment que la proportion des malades est considérable. Il y a des foyers de lèpre en Tripolitaine. |

Elle est peu répandue parmi les indigènes de l'Algérie et de la Tunisie et son extension n'y est pas en rapport avec l'extension de la population. M. Nicolle estime à une centaine le chiffre des lépreux tunisiens. M. Raynaud, en 1904, en connaissait 92 dans toute l'étendue de l'Algérie ; encore un certain nombre des sujets contaminés sont-ils venus de Sicile, de Malte, de Grèce et des provinces espagnoles d’Alicante et de Murcie. Ges derniers ont créé dans un quartier d'Alger, appelé la CGautère, un véritable foyer, qui s'étend progressivement. Ces immigrants exercent des professions qui les mettent en contact plus ou moins intime avec la population européenne. Les hommes,

pour la plupart se placent comme ouvriers où comme

domestiques chez l'habitant; quant aux femmes, elles allaitent les enfants des colons, car toutes les nourrices d'Algérie viennent de la province d'Alicante. Des lépreux avérés circulent par la ville, vendant des pâtisseries et des arachides. Raynaud en connait deux, l’un Espagnol, l’autre Maltais, qui font le commerce du lait. Le quartier de la Marine, à Oran, est également un foyer de lèpre. Les cas autochtones ont été surtout observés en Kabylie (1).

La lèpre est connue au Maroc de temps immémorial. Dans le Roudh-el-Kartas (Histoire des souverains de Maghreb), on lit que la ville de Fez possédait près de la porte El-Koukha un « bourg des lépreux ». En 1222, quand on reconstruisit la ville, les lépreux allèrent s'établir un peu plus loin, dans des grottes. Vingt ans plus lard, sous prétexte qu'ils se baignaïent, lavaient leurs vêlements, vaisselle et autres objets dans la rivière et compromettaient ainsi la santé des autres musulmans, on les relégua dans les cavernes de Bordij-el-Koukob. Actuellement, il n’y a plus de léproserie à Fez, mais tout un faubourg de Marrakech, près de la porte Doukhala, est destiné aux lépreux. Mais les règlements sont si mal appliqués, qu'on rencontre des musulmans, aux diverses périodes de la maladie, dans toutes les villes de la côte f2).

La lèpre est endémique au Sénégal. Dans les postes de l’intérieur et surtout dans les villes, il n’est pas rare d'ob-

server des lépreux, parmi la foule des nomades, que les

1. Gémy et Raynaud. La Lèpre en Algérie, Alger, 1897. 2. Raynaud. « La lèpre dans l'Afrique du Nord ». Journ.

des Mal. cut., 1901. |

Boutin

= 03 — centres attirent. À Saint-Louis, aux abords des marchés, à l'entrée des ponts, au coin des principales rues, parmi les mendiants qui sollicitent la charité des passants, se trouvent des lépreux qui vont faire panser leurs plaies dans les dispensaires des fauhourgs.

La maladie est très fréquente dans le cercle de Thiès. Elle serait d'importation récente et gagne graduellement de l’est vers l’ouest. Les Serères, peuplades qui ne se mélangent pas aux autres tribus, sont indemnes.

: Dans la Guinée française, sur la Côte d'ivoire, au Dahomey, au Congo, les lépreux sont peu nombreux ; ils errent d'ordinaire en liberté (1).

La lèpre serait d'importation récente au 70ogo allemand ; on en a relevé 286 cas. Elle est rare dans l’A/rique centrale, du Tchad à l’Oubanghi. Elle serait commune au Darfour et dans le Bornou, d’après Eben Omir et Tousny. Dans son voyage au Baghirmi. en 1862, Barth fut frappé de la fréquence des mutilations d’orteils chez les nègres de ce pays. Il y a 200 lépreux connus dans l’A/rique orientale allemande.

Tant dans la colonie proprement dite que dans les territoires indigènes, on comptait en 1908, 2470 lépreux dans l'Afrique du Sud ; leur nombre semble plutôt augmenter, peut-être parce qu'ils échappent moins aisément aux recherches des médecins.

La lèpre est partout présente à Madagascar ; mais l’en-

démie n’a pas en tous lieux la même intensité. Les pro-

Page 1