‹ La Lutte Contre la LèpreChapitre 15 sur 50 · I. Bailey. Congrès internalional de Dermalologie. Berlin · texte numérisé non relu

I. Bailey. Congrès internalional de Dermalologie. Berlin

De la Contagion

di ÿ à une {rentaine d'année, peu de médecins croyaient à la contagion de la lèpre ; la rareté de la maladie en Europe, le peu d'extension des foyers les portaient à conclure en faveur de l'hérédité. Quoique Zambaco-Pacha vienne de reprendre bruyamment cette théorie exclusive (1) personne ne doute plus sérieusement de la contagion : elle est démontrée par trop de faits. Sans doute, les lépreux de l'hôpital Saint-Louis, à Paris, sont hospitalisés dans les salles communes et l’on n’a Jamais constaté aucun cas de transmission intérieure. Mais il faut faire remarquer que dans les hôpitaux actuels, les règles de l'hygiène et de l'antisepsie sont bien observées et la promiscuité des hospitalisés est loin d’être la même que dans une case de nègres, où sont enlassés pêle-mêle tous les membres dé la famille. On a cité des cas où des lépreux, couverts d'ulcères, n’avaient point transmis Ja lèpre aux personnes de leur entourage, qui parlageaient leur couche el leurs repas depuis de longues années. Que prouvent-ils, sinon que la contagion est possible et non fatale ? Quand on étudie de

1. Zambaco-Pacha. La contagion de la pre en l'état de la science, Paris 1907.

près les épidémies de famille, on trouve que la lèpre frappe aussi bien les étrangers, c’est-à-dire les domestiques, que les héritiers directs et que les enfants demeurent indemnes si on les sépare assez tôt de leurs parents. Depuis que les nations européennes se sont mises en tête d'acquérir des colonies, un grand nombre de blancs, sans hérédité lépreuse, ont contracté la lèpre aux colonies. Ce sont des médecins, comme le D: Robertson à la léproserie des Seychelles. des religieux qui donnaient leurs soins aux lépreux, comme le père Damien à Molokai et les religieuses de l’Acarouany ; ce sont des fonctionnaires, des marins, des soldats, des colons, des voyageurs, des forçats. « Les transportés à la Guyane, dit Simond, deviennent lépreux, non pas quand ils sont en cours de peine, mais après leur libération et une fois installés au milieu de la population contaminée. »

Il y a des exemples historiques de la contagion de peuples entiers. Ne sait-on pas avec quelle rapidité l’Europe fut envahie, vers le x° sièclé, à la suite des croisades ? La lèpre n'existait pas en Amérique et aujourd’hui encore elle est fort rare chez les Peaux-Rouges : elle y fut introduite par les Espagnols et les Portugais ; les nègres importés d'Afrique ont fourni le plus grand nombre des victimes. Quand on parcourt les récits des plus anciens voyageurs au continent noir, on y voit que les peuplades primitives, qui n'avaient pas eu de contact avec les Européens ou avec les Arabes, ne souffraient pas de la lèpre ; celles-là en étaient ravagées, qui avaient fait la traite avec les habitants des côtes d’Asie ou de l’Afrique méditérranéenne.

Les îles Sandwich, dans le Pacifique, furent atteintes

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vers 1840, au moment de l'émigration des coolies. Mais l'exemple le plus frappant de la contamination d’un pays nous est fournie par la Nouvelle-Calédonie.

Ily à cinquante ans, la lèpre y était inconnue. M. Grall en attribue l'introduction à un Chinois, couvert de plaies hideuses, qui commerçail avec les indigènes du Diahot el recevait l'hospitalité chez eux. Pendant son séjour dans cette tribu, il ne se produisit aucun cas de lèpre ; mais une année après son départ, un Canaque fut reconnu malade et mourut quatre ans plus tard; la maladie se déclara chez deux autres indigènes, qui succombèrent au bout de trois ans, et, à partir de ce moment, elle fit des progrès elfrayants. Le Chinois s'était réfugié vers 1860 à la mission de la Concepcion, où il mourut, en 1865. Malgré le cri d'alarme jeté par les médecins, l'administration ne se préoccupa pas du fléau, La côte ouest élait beaucoup plus infectée que la côte est, lorsque ses tribus se révoltèrent, en 1878. Quand l'insurrection eût été réprimée, les tribus de l’est, qui nous étaient restées fidèles, se partagèrent les femmes et les enfants des révoltés : les hommes furent disséminés sur toute l'étendue de l'ile. Ces différents mouvements de population eurent Pour résultat de répandre la lèpre partout. 750 insurgés avaient été déportés à l’ile des Pins ; ils formèrent un gros village à Ouatchia.

Avant leur immigration, la lèpre était inconnue dans cette ile. Elle se montra d’abord exclusivement chez les exilés de la Grande-Terre calédonienne, au village de Ouatchia. En 1888, une enquête des D Nicomède et Lidin fit constater les Premiers cas de lèpre, chez les indigènes autochtones de l’île des Pins.

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‘En 1883, la Nouvelle-Calédonie était contaminée dans toute son étendue; mais il fallut cinq ans et des avertissements répétés, pour émouvoir les autorités; on chargea

un fonctionnaire et un médecin de visiter les tribus.

« Au cours de la tournée que je viens d'effectuer, écrivait ce médecin, j'ai pu me rendre compte des progrès effrayants que fait chaque jour la lèpre ; presque toutes les tribus de la Grande- Terre en sont aujourd’hui infectées. Si l'on ne prend pas rapidement des mesures énergiques pour combattre cette terrible maladie, qui décime déjà la population autochtone et qui commence également à atteindre les Européens, on sera bien-

tôt impuissant à enrayer sa marche. »

On se contenta de prendre des demi-mesures ; aussi la lèpre est-elle passée à l’élément transporté, puis à l’élément libre. Le premier cas observé sur un Européen fut signalé en 1888 par M. Forné. De 1888 à 1898 on en a relevé 132. M Primet évalue à une trentaine le nombre de cas qu'on découvre chaque année dans la population blanche. Ces chiffres sont certainement bien inférieurs à la réalité, car aucune mesure n’a été prise par l’administration pénitentiaire pour dénombrer les contaminés dans la population pénale. D’après M. Pierre, parmi les libérés des centres de la Foa, Ouameni, Bouloupari, Farino, il y a de nombreux lépreux. La population européenne libre est très éprouvée, mais la majorité des cas échappe à l'examen. « La moindre tentative d'enquête, dit M. Chédan, fait découvrir un nombre relativement considérable de blancs contaminés. »

Les ravages inquiétants que la lèpre exerce parmi les

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Européens de la Nouvelle-Calédonie, ne peuvent s’expliquer que par la contagion. |

Il serait impossible, dit M. Auché, de faire remonter à l’hérédité un seul cas de lèpre observé chez les blancs, car tous les lépreux qui figurent dans la statistique, sauf quelques Belges, Italiens, Espagnols ou Arabes, sont nés en France. Parmi eux, quelques uns nient tout rapport intime avec les Canaques, mais la plupart les avouent. Le travail en commun, la cohabitation avec les indigènes, la nécessité de chercher un abri, pour se coucher, dans des cases abandonnées ont multiplié les chances de contagion.

La répartition de la lèpre parmi la population blanche

de la Nouvelle-Calédonie, fournit un argument de grand

poids en faveur de la contagion. Il n’existe pas une seule observation de femme lépreuse dans la population pénale et cette.immunité apparente s'explique par ce fait, que la femme blanche, presque toujours mariée à un concessionnaire n’entre pas en relation avec les Canaques.

Chez les rélégués, hommes ou femmes, au nombre de 4095, que leur régime a tenu éloigné jusqu’à présent de toute communication avec les indigènes, de tout contact avec le bagno, pas un seul cas de lèpre n’a été signalé. En revanche,les 10504 condamnés aux travaux forcés, qui ont des rapports fréquents avec la population canaque décimée par le lèpre, fournissent au fléau un énorme contingent.

Les victimes que le lèpre fait dans la population libre sont des blancs vivant dans la brousse ou des fonctionnaires mobiles, qui ont fréquenté des lépreux avérés ou qui

ont eu à leur service des domestiques indigènes suspects.

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Par contre, toute la troupe (infanterie, artillerie, flotte), tous les colons commerçants de Nouméa, qui n’ont aucun contact avec les tribus infectées sont restés indemnes. Donc en dix ans, plus de 100 Européens, sans antécédents héréditaires, venant d’un pays non lépreux, ont contracté la lèpre en Nouvelle-Calédonie.

Tous ces malades appartiennent à des catégories très diverses de la société, hommes libres, forçats en cours de peine ou libérés, qui forment environ les deux tiers de la population blanche de l’île.

Or ces catégories n'ont entre elles qu'un seul point commun, celui d'être en rapport constant avec les indigènes. L'autre tiers, qui comprend les relégués sans aucun commerce avec les Canaques, reste sain. « Seuls, ajoutait M. Auché, une expérience de laboratoire suivie d'un résultat positif, un cas de transmission à genèse prouvée par l'observation, seraient des preuves de meilleur aloi en faveur de la contagion ».

Nous avons aujourd hui quelques-unes de ces preuves.

Hildebrand rapporte qu'à Bornéo, un jeune garçon européen avait l'habitude de jouer avec un enfant de couleur atteint de lèpre.

Un jour, celui-ci enfonça la pointe de son couteau dans une partie de son corps anesthésié, opération qui fut aussitôt répétée par son camarade avec le même couteau. Quelque temps après, l'Européen partait pour la Hollande, y atteignait sa maturité et, au bout de dix-neuf ans, retournait à Bornéo, en pleine atteinte de lèpre.

Hulin de Godon,médecin de la léproserie de la Désirade,

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dit que la sœur A... est devenue lépreuse, après s'être piquée au doigt,en raccommodant les effets des lépreux.

Cofin cite le cas d’un détenu, qui puise un peu de pus dans un ulcère lépreux et se pique intentionnellement à l’avant-bras : deux ans après, il est atteint d’une lèpre tuberculeuse, qui débute au point d'inoculation.

Kalindero a vu la lèpre se transmettre du sein d'une mère lépreuse au visage de son enfant qu'elle élevait à la mamelle. |

Taché, au Canada, parle d’un porteur qui se blessa à l'épaule en transportant le cadavre d'un lépreux au cimetière ; sa b'essure fut souillée par le liquide provenant du cadavre : la lèpre se déclara chez le blessé.

Arning a inoculé la lèpre à un condamné à mort des iles Hawaï ; Vineberg, Gairdner, citent des cas de lèpre transmise par la vaccination de bras à bras.

M. Ehlers rapporte qu’en 1903, un des médecins de Sainte-Croix, dans les Antilles Danoïises, se blessa au doigt en accouchant une lépreuse; la plaie mit longtemps à guérir ; quelque temps après, il ressentit dans ce doigt des douleurs lancinantes et l’on vit dès lors évoluer chez lui une lèpre anesthésique caractéristique.

Hundadze, dans le Bulletin médical du 6 janvier 1907, signale le cas d’un infirmier, qui se blessa à l'index droit, en ouvrant un abcès chez un lépreux. La plaie saigna beaucoup et se cicatrisa normalement ; mais, deux mois plus tard, la peau rougit en ce point et se tuméfia : il y eut de la fièvre pendant trois jours. Au bout de trois semaines, on vit apparaître les premières manifestations de la

lèpre, sous forme de taches rouges, qui, plus tard, dévin-

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rent livides; les ganglions cubitaux, du côté droit, étaient tuméfiés, ce qui montrait clairement que la plaie du doigt avait servi de porte d'entrée à l'infection.

Ainsi l'observation de chaque jour, l’histoire des peuples et les cas d’inoculation positive ne laissent pas douter que la lèpre ne soit contagieuse, et Besnier exposait fort justement à la conférence de Berlin, en 1897, où doivent aujourd’hui porter nos recherches :

Même en admettant que ja lèpre soit héréditaire, cela n’explique pas comment des individus sans hérédité chez les ascendants ont pris. leur mal. La contagion est sans conteste le principal facteur, pour ne pas dire l’unique de la transmission. L’hérédité, si elle existe, ne peut pas être opposée à la contagion ; ce qu'il faut chercher, c'esl comment et dans quelles conditions cette contagion s'effectue. Parce que la lèpre se transmet peu en Europe, il n’est pas permis de dire qu’elle n’est pas contagieuse. La fièvre jaune ne cesse-t elle pas sa nocivité en dehors des frontières qui délimitent l'habitat de son agent transmetteur ? Pour la lèpre, il faut rechercher du côté des parasites et des insectes qui ont une prédilection pour l’homme.

Personne n’ignore que, dans tous les pays lépreux (plus que dans l’Europe centrale et dans l’Amérique du Nord, qui sont des régions où les soins de propreté de l'individu ainsi que tous les travaux d’assainissement du sol sont les plus avancés), les puces, poux, punaises, mouches, moustiques abondent ; ce sont aussi des pays où la population, pauvre la plupart du temps, vit dans une misère physiologique qui est inconnue dans les pays exempts de lèpre à l'heure actuelle, Mais ces

mauvaises conditions hygiéniques et cette misère physiologi-

que existaient aussi, quand ils étaient ravagés par la lèpre au moyen âge.

Dans l’Inde anglaise, qui compte aujourd’hui deux cent mille lépreux, c’est la caste des pariahs qui est surtout frappée, et, parmi ceux-ci les miséreux, dédaigneux des soins corporels, mal nourris, couverts de loques et de vermine. En tous pays, la lèpre est rare dans les milieux aisés et s'atténue avec les progrès de la richesse publique. Cela s’est produit distinctement dans certaines iles de l’Archipel grec, depuis les débuts de la navigation à vapeur, tandis que d’autres îles du même archipel, dont la prospérité avait diminué par suite de la concurrence commerciale, ont vu la maladie progresser d'une façon inquiétante.

Gertains médecins ont accordé une grande importance,

dans le développement de la lèpre, à l'abus de certains ali-

ments (poissons, crustacés, salaisons, viande de porc), à.

la rareté de la viande et des légumes verts ; peut-être le terrain en est-il affaibli, comme il l’est par la syphilis, la tuberculose, le paludisme ; mais, pour que la lèpre envahisse un organisme sain, il faut que le bacille de Hansen y soit apporté du dehors. Comment se fait cette introduction ?

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Comment se fait la contagion ?

Il est probable que toute solution de continuité de la peau ou des muqueuses peut servir de porte d'entrée au virus. La muqueuse des fosses nasales semble être un/lieu de pénétration assez habituel du bacille de Hansen dans l'organisme humain. Les lésions de la pituitaire sont précoces dans la lèpre et le mucus nasal contient de bonne heure le bacille ; Rœmer l’a toujours trouvé dans les mucosités nasales des infirmiers de la léproserie de Médan, même chez ceux dont l'entrée en service remontait à peu de temps. On considère le coryza tenace et les épistaxis comme un bon signe de début de la lèpre, ayant à peu-près la même valeur que les hémoptysies, dans la tuberculose pulmonaire.

Quand l’inoculation se fait à travers l’épiderme, la lèpre débute souvent par une tache, qu’on peut comparer au chancre de la syphilis, et celle-ci siège presque toujours sur les parties découvertes. Sans doute, les plaies du pied et de la jambe, si fréquentes parmi les indigènes des pays tropicaux, doivent jouer un rôle important dans la contagion de lalèpre. Rœmer a démontré que, dans les logements des lépreux, les bacilles se trouvent en grand nombre sur

les ustensiles, dans les râclures d’oreillers, de nattes, de Boutin 3

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grabats, de couvertures et de paillassons, sur le sable ou le pavé des corridors, sur les cailloux des sentiers ; les | indigènes qui marchent pieds nus, même quand ils appartiennent aux castes les plus élevées, et dont les surfaces plantaires sont toujours plus ou moins excoriées, ont toute facilité de s’infecter. En fait, aux Indes Néerlandaises, dans 50 0/0 des cas, les premières manifestations de la lèpre apparaissent aux pieds d'individus marchant sars chaussures et 75 0/0 des internés de Médan ont des plaies aux membres inférieurs. Lhomme a fait la même remarque dans les Indes. |

Les maladies chroniques de la peau facilitent la pénétration des germes : c'est ainsi que presque tous les lépreux norvégiens sont galeux.

Les promiscuités de toutes sortes qu’entrainent la misère, une population trop nombreuse et l'absence de répulsion pour les lépreux qu'on observe en certains pays, favorisent grandement l'extension de lalèpre. :

« À Ségou, dans le Soudan français, écrit M. Peyrot, on compte 1 lépreux pour 30 habitants et nulle précaution n’est prise contre eux. Des femmes aux mains couvertes d’ulcères, vendent des arachides, des poissons et du lait: dans les familles, le malade prend place au milieu des siens, autour de la calebasse pleine de couscouss ; il boit à la même galama et couche pêle-mêle avec ses frères et sœurs sur la même natte el change avec eux de vêtements. »

Dans les grandes villes de l'Inde, il existe un nombre considérable de mendiants lépreux qui se pressent aux

carrefours, sur les marchés, dans les bazars, aux points

d'arrêt des tramways. Dans les rues les plus fréquentées, ils tendent leurs mains mutilées pour demander la charité, ou vont errant de porte en porte. Ils boivent aux fontaines publiques et lavent leurs loques dans les ruisseaux : Sur le bord de la route, on voit des lépreuses partager leurs aliments avec leur enfant, sain d'apparence, assis sur un Coin de leur sari. Quand ils voyagent, ils logent avec les autres voyageurs dans les caravansérails, ouverts à tout passant, pour s’y reposer et y faire cuire leurs aliments. Il n’est pas rare de rencontrer des lépreux couverts de plaies suppurantes dans les voitures publiques ; le nombre est considérable de ceux qui font métier de vendeur, aux marchés ; certains couchent pendant la nuit, sur les tables qui servent d’étal. On comprend combien une pareille dissémination des germes aide à l'extension du fléau et, dans tous les pays où la lèpre sévit avec intensité, on peut retrouver ces dangereuses tolérances.

On s’est demandé si la maladie pouvait être transmise par le coït avec une personne infectée et certains faits semblent prouver que ce mode de contamination est possible. L’intimité des contacts le rend fort naturel. Lassar, de Berlin, a mème observé à Memel, dans la Prusse Orientale, un cas assez net de transmission de la lèpre par un baiser. pe

Depuis que les belles découvertes de Ross ont attiré l'attention sur le rôle des insectes dans la transmission des maladies exotiques, on a cherché l’agent intermédiaire ‘qui serait pour la lèpre, ce qu'est l’anophèle pour le paludisme, le culex pour le filariose et le stégomya pour la

fièvre jaune.

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Mugliston et Basewitz ont cru le trouver dâns l'acare de la gale. Nous avons déjà vu quelle est la fréquence de cette affection parmi les lépreux de Norvège. Sur 77 lépreux, qui sont entrés à la téproserie de Singapore, du 1%janvier au 31 mai 1905, 4% avaient la gale à l’admission, 11 se souvenaient de l'avoir eue et 22 n’en avaient point souvenir.

Les punaises ont été incriminées par Goodhne, directeur de la léproserie de Molokai, qui a découvert le bacille de Hansen dans le tube digestif du cimex lectularius.

Un grand nombre de médecins pensent que les moustiques jouent un rôle important dans la transmission de la lèpre. Ils font remarquer que les pays à lèpre sont des pays à moustiques, et que les points d'élection des lépromes coïncident avec les points d'élection pour les piqüres de ces insectes. Goodhne a trouvé le bacille de Hansen chez la femelle du culex Pungens.

Noc, à la Nouvelle-Calédonie. a découvert des bacilles acido-résistants dans le tube digestif de moustiques nourris sur des lépreux. ;

Arming prétend, que la lèpre et les moustiques ont envahi les îles Hawaï à la même époque. Le D'° Cazamieu rapporte qu'il a observé près de Quang-Tcheou-Wan une petite colonie de lépreux. Aucun n’accusait de cas de lèpre chez les ancêtres, mais la plupart, avant d’être relégués, habitaient le même village, particulièrement infesté par les moustiques. |

On a relevé bien des faits en contradiction avec cette hypothèse. C’est ainsi qu'à Saint-Dalmas, village lépreux des Alpes-Maritimes, MM. Marthoux et Bourré n'ont ren-

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contré ni acares, ni punaises, ni moustiques, mais seulement des puces et des simulies. À Sumatra, Rœmer n’a jamais trouvé de bacilles dans les poux ni dans les moustiques ; il en a découvert souvent sur les mouches et les araignées. Dans les îles Marquises, les moustiques et les

nonos abondent à Nuka-Hiva, où la lèpre est rare; elle

fait de grands ravages à Hiva-Oa; cependant les mousti-

ques y sont moins nombreux et les nonos n'y existent pas.

M. Jeanselme fait remarquer qu'en Nouvelle-Calédonie,

les forçats qui jouissent d’une certaine liberté et frayent

beaucoup avec les Canaques prennent souvent la lèpre ;

ceux qui n'ont aucun rapport avec les habitants de l’île

n’en sont jamais atteints ; cependant tous couchent dans

les mêmes quartiers et sont exposés aux piqüres des mêmes moustiques.

M. Joly croit au transport passif du bacille par les mouches.

Il a vu, à Madagascar, des malades atteints de lèpre tubercu-

leuse, supporter sur leurs plaies, sans même y prêter attention,

des légions de ces insectes, qui se répandaient ensuite de tous

côtés. Qu'ils viennent à se poser sur une écorchure, sur une légère blessure non protégée, comme en ont si souvent aux

jambes les indigènes, qui marchent nus dans la brousse, voilà

le bacille ensemencé. Il en est des Malgaches comme des Ara-

bes : ils ne prennent point garde de chasser les mouches, qui se posent sur leurs muqueuses ; quand elles se sont chargées de

microbes sur la muqueuse nasale des lépreux, elles les trans-

portent sur les muqueuses ou sur les plaiés d'individus sains. : On comprend que l’Européen, qui est vêtu, qui soigne ses

moindres blessures et qui éloigne les insectes, soit atteint plus

rarement que les indigènes, quoi qu'il vive au milieu d'eux. Ge

mode d'infection expliquerait certaines particularités d’observation banale : l'impossibilité ordinaire de retrouver la porte d’entrée ; la fréquence du début par les fosses nasales ; le grand nombre de lépreux qu’on trouve chez les individus porteurs de maladies chroniques de la peau et chez les peuples qui se nourrissent de poissons ou de viandes séchées au soleil, c’est-à-dire exposées aux mouches pendant un long temps ; l'extension de la lèpre par petits foyers ; sa rareté dans les hôpitaux, où les malades sont pansés. |

Les pthirii pubis, pourraient aussi Jouer un rôle important dans la diffusion de la lèpre ; ils expliqueraient l’influence nocive de certains rapports sexuels (x).

Notre connaissance de la facilité d’une inoculation accidentelle ou intentionnelle. pour beaucoup de maladies, rend presque inconcevable l’idée que les parasites ne pourraient, à l’occasion, inoculer la lèpre par leurs morsures Jouent-ils le rôle d'hôtes intermédiaires ? L’échec de presque toutes les tentatives pour produire l'infection directe rend séduisante l'hypothèse d’un agent indispensable, chez lequel la virulence du bacille se trouverait exaltée, Nous PEnSons Cependant que les Parasiles agissent comme de simples vecteurs, comme les puces dans la Propagation de

la peste, et que plusieurs peuvent jouer ce rôle.

1. Joly. Za lèpre à Madagascar. Archives de Médecine Navale, 1000.

La Prophylaxie de Ja lèpre au moyen âge et chez différents peuples

Cette notion dela contagion et les mesures qui en découlent semblent aussi vieilles que la maladie. Manethon raconte qu'Aménophis d'Egypte voulut un jour purifier le pays des lépreux ; ii rassembla, au nombre de 80.000, les Egyptiens affligés de vices corporels et les fit jeter dans les carrières de Tourah. On ne saurait aujourd'hui songer à employer un moyen si radical. Certains historiens assurent que les Pharaons chassèrent les Hébreux dans le désert, pour éviter la contamination de leurs peuples ; les chroniqueurs d'Israël nous ont transmis une version, moins cruelle à leur orgueil. Ce qu'il y a d’assuré, c’est que la lèpre était redoutée parmi les Juifs : les lois du Pentateuque ordonnaïient de mener le lépreux hors du camp etde l'y laisser, jusqu'à ce qu’il fût devenu pur. Il en était de même chez les Perses. « Ils disent, écrivait Hérodote, que les lépreux ont péché contre le soleil ; ils leur défendent d’entrer dans les villes et de se rencontrer avec d’autres personnes. Les étrangers, frappés par la maladie, sont chassés du pays. » Les Grecs et les Romains ne semblent pas s’ètre beaucoup préoccupés du fléau. Au

moyen âge, son extension rapide obligea les nations

d'Europe à des précautions rigoureuses. Les lépreux furent considérés à la façon des animaux dangereux. Le plus souvent, on les confinait dans des hôpitaux spéciaux, qu’on élevait à quelque distance des villes et auxquels on donnait les noms de Saint-Lazare, de Saint-Jacques ou de Saint-Jean. Ils avaient leurs églises et leurs cimetières particuliers ; on les appelait ladres, d’après Saint-Lazare, qui était mort de lèpre, et leurs hôpitaux portaient le nom de lazarets, ladreries, maladreries. Vers le xui° siècle, il y avait, en France, 2.000 de ces lazarets et plus de 19.000 dans toute la chrétienté. Chacun d’eux comprenait un certain nombre de cases construites dans une enceinte commune. Avant d'y être internées, les personnes suspectes élaient examinées, selon les pays, par des médecins spéciaux ou par les communautés même des lépreux. Une fois la maladie reconnue, elles étaient tenues d'assister à une cérémonie religieuse, qui différait pea de l'office des morts ; pendant toute sa durée, elles se tenaient agenouillées sous un drap noir. Dans leurs colonies, ils étaient gouvernés par leurs propres lois, qui étaient les mêmes presque partout. Hommes et femmes étaient tenus à part et tout commerce leur était formellement interdit. On leur permettait d'ordinaire l’entrée dans les villes, mais ils devaient marcher au milieu des rues, éviter les ruelles étroites et se garder de tout rapport avec la population saine. Un costume spécial leur était imposé : un grand chapeau avec un large ruban blanc, une housse grise ou un manteau noir qui portait les insignes de leur ville ; parfois, deux bandes de laine blanche sur la poitrine. Il leur

était défendu d’entrer dans les moulins ; de boire aux fon-

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taines et dans les ruisseaux ou de s’y laver; d'élever des animaux et de les vendre : d’aller aux foires et aux marchés, de pénétrer dans les tavernes et de jouer avec les enfants. Ils devaient avoir leurs pieds chaussés et lesmains gantées. On leur donnait une crécelle, qu'ils faisaient résonner pour éloigner les passants. Leur souffle même était redouté ; il ne leur était pas permis de parler à des personnes saines et, quand ils désiraient acheter quelque objet, ils le touchaient de leur bâton. Quelquefois, des affaires importantes avec les conseils de la ville ou avec des particuliers exigeaient qu'ils parlassent ; on les obligeait alors à se tenir de telle sorte que le vent les atteignit les derniers.

Les lépreux descommunautés les plus pauvres vivaient de mendicité ; beaucoup menaient une vie misérable sous des huttes primitives ou des tentes dressées dans les champs. Aïlleurs des legs charitables pourvoyaient à leurs besoins. Dans leurs hôpitaux, l'hygiène était trop souvent déplorable. À Kirschau, les chambres étaient balayées sept ois par an et la paille dont on recouvrait les planches n’était changée qu’une seule fois (1). Des ordres religieux se fondèrent, pour assurer des soins aux lépreux ; le plus célèbre fut celui de Saint-Lazare, dont le grand-maitre devait être atteint de la maladie. Les lépreux étaient placés sous la juridiction directe, à la charge de l'évêché, s'ils étaient pauvres, pour leur enlever tout motif d’émigrer et de propager la maladie. Il y avait aussi des lépreux libres, qui vivaient dans leur famille, en observant certaines précautions.

1. Blaschko. Fandbuch für Krankenversorqung und Krankenpflege.

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