‹ La Lutte Contre la LèpreChapitre 16 sur 50 · AAA TS · texte numérisé non relu

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C’est grâce à ces mesures que la lèpre se fit rare en Europe ; on en retrouve d’analogues chez d’autres peuples, mais appliquées avec moins de rigueur, elles ne donnèrent point des résultats aussi heureux.

On lit dans le Roudh-el-Kartas (Histoire des souverains du Maghreb) que la ville de Fez possédait, près de la porte de Koukha, un « bourg des lépreux ».

En 1222, quand on reconstruisit la ville, les lépreux allèrent s'établir un peu plus loin, dans des grottes. Vingt ans plus tard, sous prétexte qu’ils se baignaient dans la rivière, qu'ils y lavaient leurs vêtements et leur vaisselle et compromettaient ainsi la santé des autres musulmans, on les rélégua dans les cavernes de Bordj el Koukob.

Actuellement, il n’y a plus de léproserie à Fez, mais tout un faubourg de Marrakesh. près de la porte Doukhala, est consacré aux lépreux.

On l'appelle le « hara ». Il se compose de huttes en chaume et en terre battue, entourées d’un mur à demi écroulé. Les malades y sont confinés sur dénonciation, sans examen des médecins. Des gens porteurs de dermatoses variées s’y’ trouvent mêlés aux lépreux ; beaucoup de ces reclus sont absolument sains. Aucun soin ne leur est donné. Il leur est interdit de pénétrer dans la ville ; mais ils ne tiennent pas compte de cette défense. Ils portent un costume spécial, qui ne permet pas de reconnaitre les sexes : ils sont voilés etse couvrent d'un chapeau de paille à larges bords et à coiffe ronde. Dans certaines régions ils ont de plus une sonnette, qu’ils doivent agiter, pour aver-

tir de leur présence. Ils vivent des dons de leur famille,

des revenus des mosquées et des aumônes des passants, qu'ils recueillent dans une Jongue écuelle.

Près de Mazagan, à une heure environ de la ville, existait encore, il y a quelques années, un village de 200 lépreux, désigné sous le nom de douar el Medjâma. Un beau jour, le caprice du Sultan fit disperser les habitants de ce village. Beaucoup se refugièrent au hara de Marrakesh. Los terrains furent livrés aux nouveaux possesseurs sans que les maisons eussent été détruites (1).

Certaines tribus des côtes sénégalaises relèguent leurs lépreux hors des villages : ils vivent dans des cases, où on leur apporte leur nourriture et dont ils ne doivent pas sortir ; les marabouts, seuls, y pénètrent pour leur donner des soins. Parfois les lépreux sont groupés en villages, isolés dans la brousse.

Au Dahomey, l'affection était devenue très rare, à la suite de mesures très sévères, prises autrefois par les rois de ce pays. Parqués dans des endroits qu'ils ne devaient quitter sous aucun prétexte et où ils devaient suffire à leurs besoins par le travail de la terre, les lépreux ne pouvaient entrer daris aucun village, sous peine de mort. Les indigènes passent pour isoler encore leurs malades, dans des villages éloignés et difficilement accessibles; mais ces assertions n'ont pu être contrôlées (2).

Les Sakhalaves séparaient le lépreux de sa femme et de ses enfants dès que la maladie était reconnue; ils le relé-

guaient dans une case spéciale, située à l'extrémité du vil-

1. Raynaud. La Lèpre dans l'Afrique du Nord, 1903. 2. Kermorgant. La Lèpre aux Colonies françaises, 1907.

lage et où il vivait, seul, dans le plus grand abandon. Sa | famille était chargée d'assurer sa subsistance ; mais les aliments ne lui étaient pas remis; on les déposait devant sa hutte, sans y pénétrer. Il n’y avait, à sa mort, ni deuil ni réjouissances ; quand il n'était plus, il inspirait encore la terreur. Ses concitoyens couvraient de pierres son cadavre, pour en chasser l’esprit malfaisant et l'empêcher de rentrer au village ; puis ils le précipitaient dans une fosse remplie de boue (1).

En 1881, la reine Ranavalomanjaka, effrayée des ravages de la lèpre parmi les Malgaches, prescrivit des mesures d'isolement. « Les lépreux, dit le Code des 305 articles, doivent être conduits aux lieux qui leur sont assignés. Si des personnes tolèrent leur voisinage sans en avertir l’autorité, pour que leur expulsion soit ordonnée, elles seront punies d'une amende d’un bœuf ou d’une piastre. Si elles ne peuvent payer l'amende, elles seront mises en prison, à raison d’un sikajy (0 fr. 625) par jour, jusqu’à concurrence du montant de cette amende. »

Mais, sous le règne de Ranavalona III, ces sages prescriptions étaient tombées en désuétude. Les lépreux étaient tolérés sur les voies publiques, à proximité des villages. Echelonnés par petits groupes, quelquelois par familles, cachant sous leur lamba, ramené jusqu'aux yeux, les ravages de la hideuse maladie, ils chantaient aux pas-

sants leur mélodie plaintive : « Que Dieu vous récompense

1, Lasnet, « La lèpre à Madagascar ». Annales d'Hyq. et de Méd. coloniales, 1899.

et que votre offrande deviennent l’escalier qui vous permette de monter au ciel (1)! »

Les invasions chinoises avaient importé la lèpre au Laos, mais les mesures énergiques que prirent les habitants l’ont empêché d'y progresser. Dès qu’un lépreux était signalé, quelle que fût sa fortune ou la noblesse de sa famille, on l'isolait en pleine forêt ou sur un banc de sable, au milieu du Mé-Kong ; quand le village était situé au bord d’une rivière, on lui construisait, sur la rive opposée, une case, où ses parents lui portaient la nourriture et où il devait demeurer jusqu'à sa mort ; alors on l’incinérait avec sa cabane. Les Cambodgiens, qui croyaient à l'hérédité de la lèpre, reconnaissaient qu'elle était contagieuse. Dès le temps des Khmers, ils reléguaient ceux qui en étaient atteints dans des territoires dont ils ne devaient pas franchir les limites. Aujourd’hui, le lépreux vit au milieu des siens, tant qu’il est capable de gagner sa vie. Quand il ne peut plus travailler et que son corps est couvert de plaies, on lui élève, en dehors du village, une hutte, où il vit seul. S'il a des parents, ils pourvoient à sa subsistance ; sinon il doit mendier. Il n’est pas rare de voir plusieurs lépreux se réunir sous le même toit; un grand nombre vivent aux environs des bonzeries, dont les prêtres leur distribuent les restes des aliments que les personnes pieuses leur apportent chaque jour. Au reste, ces malades ne demeurent pas volontiers au même lieu; ils aiment passionnément leur

liberté et la vie nomade. Quand ils meurent, on ne brûle

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