‹ La Lutte Contre la LèpreChapitre 17 sur 50 · Jourdran. « La lèpre et les léproseries à Madagascar · texte numérisé non relu

Jourdran. « La lèpre et les léproseries à Madagascar

Annales d'Hyg. et de Méd. coloniales, 1901.

pas leurs cadavres, de peur que la fumée ne communique la maladie aux assistants. En Annam. on les enfouit dans des fosses profondes et l’on détruit par le feu les paillottes qu'ils ont habitées, les vêtements qu'ils ont portés et tous les objets dont ils se sont servi. Les souverains de ce pays avaient installé une léproserie dans une île du Mé- Kong et chaque province possédait une maison spéciale pour y enfermer les lépreux qui ne voulaient pas s’isoler. Le Tonkin est un pays où la lèpre existe depuis un temps immémorial : le nombre des lépreux qu'on rencontre aux abords des principales villes est considérable et les indigènes sont convaincus de la contagion. Il n'existe pas de centre de quelque importance qui n’aie son village de lépreux, où sont isolés de nombreux malades arrivés à la dernière période de cette affection ; car les Tonkinois n’en connaissent guère les premiers symptômes. Ges agglomérations ne diffèrent en rien des villages ordinaires ; une haie de bambous impénétrable les entoure ; ils communiquent avec l'extérieur par une ou deux portes, qui sont fermées tous les soirs. Les logements consistent en paillottes, entourées chacune d'un jardin potager, où les plus valides cultivent des légumes, pour améliorer leur ordinaire. Dans certaines de ces bourgades, où les lépreux sont en grand nombre, ils creusent des mares pour y élever du poisson. Leur alimentation est presque exclusivement composée de riz, que leur fournissent les communes. Malheureusement, aux époques troublées, il n’était pas toujours régulièrement distribué et les malades ont été souvent obligés d'aller chercher au loin leur subsistance.

De 1883 à 1886, on voyait de longues files de ces muti-

lés se répandre partout, pour implorer la charité publique. Il existait, à cette époque, aux portes d'Hanoï, un village de lépreux dont l'étendue et la population étaient considérables. Il à été supprimé ; les lépreux ont été renvoyés dans leurs communes el des maisons se sont édifiées sur cet emplacement, sans que l'on ait pris soin de désinfecter le sol.

Dans certaines provinces de la Chine, on isole aussi les lépreux dans des villages spéciaux. On trouve, à 2 milles de la porte Ouest de Canton, une agglomération d'un millier de lépreux. Plus de la moitié sont dépourvus de moyens d'existence et doivent mendier leur nourriture et ‘leurs vêtements. Les autres reçoivent du gouvernement une allocation de 3 cents mexicains par jour; mais il s’en faut qu’elle suffise à leurs besoins et qu’elle les dispense de recourir à la charité publique. Par les temps froids et humides, leurs souffrances sont très vives (1).

Selon Wittemberg, il arrive parlois qu’une famille se débarrasse d’un lépreux en l’enterrant vivant. Il n'est point malaisé d'obtenir l'autorisation de la victime. On lui prépare alors un bon repas ; après quoi, elle suit le cortège funèbre derrière son propre cercueil, absorbe une forte dose d'opium et se couche, tranquillement, dans son tombeau (2).

Les indigènes de Sumatra n'étaient pas moins cruels ;

ils n'hésitaient point, jadis, à brûler vivants leurs lépreux.

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