I. — Nécessité de l’Isolement
Le seul moyen de supprimer la lèpre aux colonies, où elle fait tant de ravages, c’est d'isoler tout lépreux dans un asile. Partout où la maladie est ainsi traitée, elle s’éteint lentement mais sûrement, ailleurs elle persiste et s'étend.
Déjà en 1838, la commission médicale, réunie à Rio de Janeiro, avait constaté que l'exécution rigoureuse des ordonnances de 1766 sur l'isolement des lépreux avait amené une diminution considérable dans leur nombre.
A la Jamaïque, depuis 1896, année où les lois sur l’internement sont devenues plus sévères, les cas de lèpresont bien plus rares.
En 1890, dit M. Abraham, Bombay était infecté de lépreux vagabonds, qui constituaient un intolérable fléau. M. Acworth, sentit qu'aucun asile établi selon le système du recrutement volontaire ne serait d’aucune utilité, pour la délivrance de la cité, Il résolut, s’il trouvait les fonds nécessaires, de fonder un établissement, où le principe de la détention obligatoire serait, pour la premiêre fois, dans l'Inde, rigoureusement appliqué. Il réussit à réaliser son projet et le résultat a dépassé
toute attente, Les rues de la ville ont été complètement pur-
gées de leurs lépreux ; en peu de temps l’asile fut rempli et, après quelques semaines, il n'y eut plus de tentatives pour s’en évader. Les internés étaient parfaitement contents de leur sort. Il faut ajouter, que, dans les limites permises par les ressources, on n'épargnait aucun effort pour rendre la condition des lépreux heureuse et confortable et qu'ils n'avaient guère
de raisons de regretter la perte de leur liberté (1).
Dans l'Inde, où la Mission des lépreux d'Inde et d'Orient : a fondé 48 léproseries, la comparaison des statistiques de 1891 à 1903 montre que la décroissance de la lèpre a été très rapide. Les directeurs des asiles, réunis à Wardha en février 1902, se sont déclarés convaincus de la nécessité d’interner les lépreux et que des mesures sévères améneraient la disparition complète de la lèpre dans un temps relativement peu éloigné.
Les médecins qui ont pu étudier la maladie dans le sud de l'Afrique jugent tous qu'on ne pourra la déraciner que par une séquestration générale et complète des lépreux.
« Le 6 juin 1885 vit entrer en vigueur une loi qui prescrivait d'isoler les lépreux de Norvège et de les interner dans des établissements publics pour les y soigner. L'effet de cette mesure sur la décroissance de la maladie est un sujet de joie, au point que la Norvège vient de transformer deux des grandes léproseries en hôpitaux, pour soi-
gner le fléau de nos jours, la tuberculose, et qu'il suffit