‹ La Lutte Contre la LèpreChapitre 23 sur 50 · Abraham. The Matoonga Asylum in Bombay. Lèpra · texte numérisé non relu

Abraham. The Matoonga Asylum in Bombay. Lèpra

aujourd’hui de deux asiles, l’un à Bergen et l’autre à Trondjheim.

En 1894-1895, je trouvai en Islande 180 lépreux et j'exprimais l’opinion qu’il devait y en avoir quelque deux cents, pour le moins. Ma supposition fut pleinement justifiée par les dénombrements officiels. Mes recherches aboutirent à la promulgation de la loi d'isolement, le 4 février 1898 ; cette même année une léproserie fut ouverte à Reykiavick, à l'insligation de la section danoise de la société des Odd Fellows.

Il y a seulement 5 ans que cette loi est en vigueur et déjà le nombre des lépreux a baissé d’un bon quart ; il est aujourd’hui de 132 seulement (1). »

L’internement des malades aux îles Hawaï a réduit leur aombre à quelques centaines. Par contre, la suppression de la léproserie de Molano, dans les Moluques, en 1866, a fait passer le nombre des lépreux de 17 à 89 et le nombre des foyers de 9 à 28 (Neel!.

Il faut bien se persuader qu’un plan qui n'embrasse pas tous les cas et qui n’est pas appliqué avec rigueur et contnuité est inutile. Nous n’en voulons pour preuve que l’échec lamentable des mesures administratives à la Nouvelle-Calédonie, quoiqu’on puisse retrouver de pareils exemples dans un grand nombre de pays, notamment à la Guyane et aux Antilles françaises.

«De 1883 à 1889, devant l’imminence du péril, en Nouvelle-Calédonie, un essai d'isolement est tenté à l’île Maré

dans le groupe des Loyalty, à l’instigation des pasteurs pro-

1, Ehlers, « La lèpre aux Antilles Danoises, » Lèpra, 1900.

ho

: testants. En 1888, M. Forné soumet au Conseil d'hygiène des vœux tendant à l'isolement des lépreux. Enfin l'admiuistration, après beaucoup d’hésitations, décide la création de lieux d'isolement à l'ile aux Chèvres (Nouméa), au pic des Morts (Canala) et au cap Bocage (Houaïlou). Ces mesures, prises sans conviction, exécutées comme à regret, ne réussirent qu’à inspirer une fausse sécurité. Les léprôseries établies dans chaque arrondissement, dit M. Primet, manquèrenttotalement leur but. Loin de protéger la population saine, elles favorisaient l’expansion de la lèpre, par de malencontreuses allées et venues à travers l’île, de quelques lépreux, livrés par les tribus en holocauste à l'administration.

« En 1892, devant l’inanité de ces efforts, le conseil général de la colonie vota des fonds pour l'aménagement d'une léproserie à l'île Art, appartenant au groupe des iles Belep, situé à la pointe septentrionale de la grande île calédonienne. À l'avenir, tous les malades internés dans les léproseries, sauf celle de l'ile Maré, y devaient être réunis ainsi que les lépreux encore libres qu’on pourrait découvrir. Les Européens eux-mêmes devaient être internés, s'il y avait lieu. Les engagés, les immigrants néo-hébridais seraient soigneusement examinés.

M. Grall, médecin en chef de la colonie, prépare un projet de décret, qui est signé le 22 septembre 1893. En voici

les dispositions principales :

ARTICLE PREMIER. — Seront admises à la léproserie située à Ouala (îles Belep) toutes les personnes malades de la lèpre qui

en feront la demande.

Y seront envoyées d’office, après un temps d’observation au dépôt de l’île aux Chèvres ou dans les léproseries provisoires de l'intérieur, toutes celles qui, étant reconnues atteintes de lèpre, n'auraient aucur moyen de se soigner, tels que les vagabonds, les mendiants, les gens sans aide et sans ressources, ainsi que les indigènes des tribus.

Les transportés et relégués atteints de la lèpre seront internés aux îles Belep dans un établissement spécial, créé par les soins et entretenu aux frais de l’administration pénitentiaire. Ils seront mis en observation à l’île Nou.

ART. 3. — Les personnes de condition aisée pourront être autorisées à se soigner à domicile et à leurs frais, elles devront s’isoler à unedistance qui ne pourra être moindre de 4 kilomètres de Nouméa, 2 kilomètres de tout centre de population et 5oo mètres de toute habitation.

Ces personnes devront utiliser sur place ou détruire leurs effets, mobilier, literie, ainsi que leurs animaux ou provisions de toute nature.

Les domestiques, gens de service, etc., devront s’astreindre aux précautions antiseptiques qui leur seront indiquées. ;

ART. 6. — L'état de maladie de la personne sera constaté par deux officiers du corps de santé des colonies ou, à défaut, par deux médecins civils dont les services seront requis.

ART. 10. — [l est loisible aux lépreux de faire cesser leur internement, en quittant la colonie.

Ce décret ne contient aucune pénalité à l’égard des contrevenants. Aussi le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie écrivaitil: « L'administration se trouve désarmée à l’égard'des lépreux

qui ne veulent pas, soit entrer dans une léproserie, soitse retire

dans une habitation isolée. Il n’existe pas de sanctions eflectives. »

En l’espace de quatre ans, dit M. Auché, cinq convois amenèrent des lépreux à la baie d'Ouala. En fait, les indigènes antérieurement isolés à l’île aux Chèvres, au pic des Morts et au cap Bocage furent à peu près les seuls qui entrèrent aux léproseries des Belep. Aucun médecin ne fut attaché à l’établissement. Trois fois en cinq ans, un médecin du corps de santé aborda dans l’île pendant quelques heures.

Quant à l'administration pénitentiaire, c'est seulement vers le milieu de l’année 1896 qu’elle se met en règle avec le décret de 1893. La léproserie, convenablement aménagée, est située sur la plage d'Aüe, un peu plus au nord que la baie d'Ouala, et

complètement séparée de cet établissement par un massif monta-

gneux,

« Les deux léproseries sont installées sur l’île Art, longue de 10 à :12 kilomètres, qui est parcourue par des vallées profondes paraissant très fertiles. Les bains d’Ouala et d'Aüe, où sont installées les léproseries, sont situées sur la côte ouest.

« Elles sont couvertes d’une végétation abondante. Les malades peuvent y trouver des terrains de culture. De petits ruisseaux, merveilleusement canalisés par les tribus qui peuplaient l'ile autrefois, entretiennent une humidité constante.

« L'isolement aurait pu être réalisé dans d’excellentes conditions, et pour la population saine et pour les lépreux,

si l’on avait tenu la main à ce que les principes les plus

élémentaires de la prophylaxie fussent rigoureusement observés.

« Il faut bien le reconnaître, des fautes lourdes ont été commises, qui ont rendu illusoire l'isolement aux îles Belep, malgré les sacrifices consentis par la colonie. Les tribus canaques, qui durent évacuer l'archipel avant la fondation des léproseries et qui reçurent en compensation des terres sur la grande ile, dans la région de Balade, ne considèrent jamais comme périmés leurs droits sur leurs anciens biens. Ils se sont empressés de venir les réoccuper. Les lépreux vendent leurs produits (volailles, œufs, coprah etc,) à des commerçants voisins, qui viennent prendre livraison avec des embarcations à voile. Les malades isolés dans l’île Art sont dans un état de détresse extrême, par suite du manque d'hygiène, de soins médicaux, de viande fraîche et même de nourriture. Les villages sont en état de guerre constante, car la misère n’a pas rapproché ces malheureux.

« Aucur médecin n’est attaché à l'établissement; au mépris de l’article 6 du décret de 1893, des indigênes sont envoyés à l’île Art sur l’ordre d'administrateurs, de gendarmes ou de chefs de tribus. Peu à peu, la léproserie a été détournée de sa destination primitive, dit M. Chédau, et ce n’est plus maintenant qu'une tribu ordinaire, contenant peut-être un peu plus de lépreux que les autres.

« Peu de temps après, le crédit affecté à l'entretien de la léproserie centrale des Belep est supprimé. Les Canaques qui y étaient internés sont débarqués sur plusieurs points de l’île, à proximité de leurs tribus, qui sont chargées de

les isoler. Mais ces lazarets indigènes n’ont qu'une barrière

Os

fictive et morale. Aïnsi donc : pas d'isolement effectif ; pas d'isolement médical pour opérer le triage des lépreux qui abondent dans les tribus, pas de médecin pour choisir l'emplacement des léproseries et veiller à leur aménagement et pendant qu'on tergiverse le fléau grandissant menace d’anéantir la population tout entière.

« Quant aux lépreux européens, ils ontété ramenés à l’île aux Chèvres, située derrière la presqu'île Ducos, dans la baïe de la Dumbea,. à une heure environ de Nouméa. Leur installation laisse beaucoup à désirer.

« L'administration pénitentiairea maintenu la léproserie des condamnés et libérés à la baie d’Aüe, dans l’île Art. Mais cet établissement où sont internés 35 lépreux n’en . peut contenir davantage. Aussi, un nombre à peu près égal de condamnés lépreux ont été dirigés sur l’ancienne léproserie de l’ile Nou (1). »

Faut-il s'étonner, après cet exposé de l’incohérence administrative, que la marche de la lèpre n'ait pas été enrayée et que cette maladie fasse aujourd’hui tant de victimes dans une ile où elle n'existait pas, il y a moins de 50 ans ?

À la Guyane, c'est encore pis; dans un espace de 67 années, la lèpre a été l’objel-de 23 arrêtés, souvent contradictoires.

«La lèpre, dit M. Jeanselme, a été de touttemps l'objet des préoccupations constantes des administrations locales, à en juger du moins par les nombreuses dispositions pri-

ses dans nos vieilles colonies, pour isoler les malades. Mais

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