‹ La Lutte Contre la LèpreChapitre 28 sur 50 · Zeferino Falcao. Congrès international de Dermatologie · texte numérisé non relu

Zeferino Falcao. Congrès international de Dermatologie

Berlin, 1904.

bé DR 254 … À

yeux. On sait l'importance des sécrétions nasales chez les lépreux : les mouchoirs qui les recueillent, le linge et les

vêtements qui sont en contact avec les plaies peuvent

propager la maladie, quand ils sont lavés avec le linge des

personnes saines. M. Clarac cite le cas d’un médecin devenu lépreux et dont le linge était blanchi avec celui d'une famille gravement contaminée. Une négresse, inter-

née à l'Acarouany, avouait qu'étant déjà atteinte de

lèpre, au point de ne Pas oser sortir de sa case, elle exer-

çait à Cayenne le métier de blanchisseuse : une amie complaisante se chargeait de porter le linge des pratiques. (Lafaurie.)

Les laveurs chinois ont la mauvaise habitude d'asperger

le linge qu'on leur confie avec de l’eau prise dans la bou-

che et crachée ; outre que cette coutume est dégoûtante, -

elle est pleine de dangers pour les clients, quand ces Chinois sont lépreux.

Il faut encore interdire aux lépreux toutes les professions qui pourraient les mettre directement en contact avec des personnes saines : celles de médecin, de pharmacien, de sage-femme, d'instituteur, de conducteur de voiture, de barbier ; on ne les emploiera pas comme domestiques, ni comme nourrices, ni à Soigner les enfants ou les malades.

Les prostituées seront particulièrement surveillées.

Trop souvent, dans nos colonies, des parents sains, par insouciance ou par ignorance, confient leurs nouveau-nés à des nourrices noires, qui n'ont été soumises à aucun examen médical. De là des malheurs irréparables, dont voici un exemple.

LE... d

« Un Lyonnais s'établit en Guyane, il ne devient pas lépreux, el il se marie à une blanche également indemne de lèpre. Leur fils s'unit à une Française originaire du département de Loir-et-Cher. J'ai pu m’assurer que ni l’un ni l’autre ne sont atteints de lèpre. Or, ils ont cinq enfants, dont les trois premiers sont lépreux. Il ne peut être ici question d’hérédité. La maladie a, de toute évidence, été introduite dans cette famille par une négresse, qui a élevé l’ainé des enfants, et qui est morte plus tard de la lèpre. » (Clarac.)

Toutes ces défenses resteraient sans effet si elles n’élaient suivies de sanctions. Les lépreux qui les enfreindront devront être punis d'amende ou de prison, selon leur fortune. Ceux qui emploieront des lépreux à l’un de ces méliers seront punis des mêmes peines, quand ils ne pourront établir leur ignorance de la maladie. L'expérience a prouvé que les meilleurs règlements deviennent inefficaces s'ils ne sont appliqués avec une extrême rigueur.

Enfin, dans tous les pays où l'isolement général des lépreux en pourra être immédiatement ordonné, on prendra des arrêtés, pour assurer l’internement de tout lépreux sans asile el sans ressources et de ceux qui n’auront point observé les mesures d'hygiène indispensables que nous venons d'énumérer. Le règlement promulgué en 1898 dans le territoire de Pondichéry, peut servir de modèle

sur ce point.

Ar, or, — Tout individu suspect de lèpre, trouvé sur la

voie publique, sera conduit par les soins de la police, à l’exa-

ot men du chef du service de santé. S'il est reconnu malade, 1l sera dirigé sur la léproserie, pour y. être interné.

ART. 2. — Pourra être dispensé du séjour dans la léproserie, tout lépreux qui s’engagerait à quitter la colonie, ou qui Justifierait de moyens suffisants pour recevoir dans sa famille les soins que réclame son état. Cette mesure exceptionnelle, de rester dans sa famille, ne sera accordée qu'à la condition d'une séquestration absolue, sous la surveillance du médecin, et dont l’inexécution entraïnerait, de plein droit, l'application de la mesure prescrite par l'article précédent.

Arr. 3. — Les lépreux internés à la léproserie, qui auront quitté cet établissement sans autorisation et qui seront trouvés circulant ou mendiant sur les routes, seront immédiatement appréhendés par la police et reconduits à la léproserie, où il leur sera fait application du règlement intérieur, prévoyant le cas d'évasion. Les lépreux étrangers pourront être reconduits

hors du territoire.

Ilest à craindre que les lépreux autorisés à se soigner à domicile ne créent de nombreux foyers de lèpre, dans les villes ou dans leur banlieue. Mieux vaudrait assurément les grouper sur un espace isolé, où ils auraient chacun leur maison et leur jardin.

La répugnance qu’éprouvent beaucoup de familles à se séparer de leurs parents ou de leurs enfants, a conduit M. Jeanselme à faire une distinction fondamentale parmi les lépreux ;

Ceux qui peuvent pourvoir eux-mêmes à leurs besoins ou être entretenus par ceux de leurs parents qui en ont la

charge légale seront internés à leurs frais dans des lépro-

series terrestres, situées dans les points de la colonie où l'endémie est la plus considérable, entourées d’une clôture effective, et toujours distantes des agglomérations urbaines ;

Tout lépreux vagabond ou mendiant, qui est dénué de moyens d'existence et n’a pas de parents en état de lui venir en aide, devra être interné dans une léproserie maritime.

Il va sans dire que les communes ou le gouvernement devront prendre à leur charge l’assistance des parents que le malade faisait vivre ; c’est là un devoir auquel la société ne saurait se soustraire et qu’elle ne doit, sous

aucun prétexte, laisser à la charité privée.

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