X.— Soins médicaux et hygiène
Il ne suffit pas de donner le bien-être aux malades ; il fant encore, sous peiné d'être inhumain, leur assurer un espoir de guérison. Le pronostic de la lèpre, quoique sérieux, n'est peut-être pas nécessairement fatal. MM. Ehlers, Conheim, Tonkin, Le Clerc et bien d’autres affirment que la lèpre peut être guérie, qu’elle l'a été, et qu’elle le serait souventsi l’on ne donnait à entendre aux malades que leur condition est sans espoir et qu'ils sont voués à une mort rapide et inévitable. Je ne sais plus quel médecin observait avecraison : (Si l’on vous disait, aimable lecteur, à vous
[. Jourdran, La Lèpre et les Léproseries à Madagascar, 1902.
qui jouissez d’une parfaite santé, que vous être frappé d'une affreuse maladie et qu'il ne vous est pas possible d’en réchapper, si vos amis les plus chers vous fuyaient, si vos parents vous chassaient de leur maison et qu'à la fin vous fussiez condamné, par autorité municipale, à vivre solitaire dans une misérable cabane où l’on vous passerait la nourriture par un judas, imaginez-vous, cher lecteur, que vous pourriez vivre longtemps ? Cependant c’est ainsi qu’on traite au xx° siècle certains cas de lèpre, et sans une protestation du corps médical ! 5 La vérité est queles évasions, les suicides ne sont pas rares dans les léproseries et qu'ils seraient moins fréquents si des soins intelligents rendaïent l'espérance aux lépreux.
La lèpre n’exempte point ces malheureux des maux ordinaires à l'humanité ; l'existence sédentaire que beaucoup sont obligés de mener entraine pour eux une multitude de troubles, auxquels une vie active leur permettrait d'échapper. Avant de trouver un abri à l'asile, beaucoup d’entre eux ont souffert de fatigues el de privations, qui, en aggravant leur mal, préparaient encore l’apparition de nouvelles maladies : les rhumatismes, les sciatiques, les fièvres, etc.
Dans une communauté de lépreux, il y a toujours des souffrances à soulager et les soins des médecins y sont constamment nécessaires.
La direction des asiles pourra être confiée à des médecins indigènes formés dans nos écoles, mais sous la surveillance effective et la responsabilité d'un médecin européen, qui devra les visiter au moins une fois par semaine. Le personnel hospitalier sera recruté parmi les missionnai-
res, les sœurs de charité, les laïques de bonne volonté et les
malades les moins atteints ; il est rare, d’ailleurs, qu’il soit frappé par la maladie, quand il s’astreint aux précautions nécessaires.
Chaque léproserie aura son infirmerie pour les affections intercurrentes, sa pharmacie avec dispensaire pour la délivrance des médicaments et une salle de pansement.
« À l'asile d'Huta Salem, dans l’île de Sumatra, un assistant est spécialement chargé du bandage des plaies. Les malades attendent dans un pavillon à plancher cimenté qu'on peut aisément nettoyer ; ils s’y rendent trois fois
par Semaine, mais les pansements de ceux qui ont des
lésions avancées sont changés chaque jour. Les matériaux
qui ont servi sont brülés aussitôt. On fait une grande consommation de bandes, -d'ouate, d'ivdoforme. de formol, d'ichtyol, etc. (1). »
Dans le traitement général de la lèpre, les remèdes les plus divers ont été essayés et cette variété même indique qu'il n’en est point d'excellent. On a seulement reconnu que les purgatifs salins, le mercure, l'iodure de potassium ont une influence très nuisible. Il semble qu'on ait obtenu les meilleurs résultats avec l'huile de Chaulmoogra, les fortifiants, un traitement Symplomalique, mais surtout par l’hygiène.
€ Le traitement hygiéniqne est le moins discuté et son influence est indéniable : si banal qu'il puisse paraitre, il détermine à lui seul dans l'état des malades des changements surprenants. Un lieu salubre, un air pur, un climat
sec el tempéré (les lépreux sont très sensibles aux Change-