XIL. — De quelques léproseries sous les Tropiques
Léproserie de Molokai. — L'île de Molokai a environ 69 kilomètres de long sur 12 kilomètres de large.
Le léproserie est située sur le bord septentrional de l'ile, appelé la Pâli, dont l'accès n'est facile que du côté de la mer, car, du côté sud, se trouve une muraille de rochers d’une hauteur de 600 mètres. Entre cette muraille et la mer, se trouve une bande de terre de 1 à 2 kilomètres de large. C’est sur cette bande que sont situées les deux colonies, Kalaupapaet Kalawao, qui abritent environ 1.600 lépreux.
A Kalaupapa, se trouve l'asile Bishophome, destiné aux femmes et aux filleset dû à la générosité d'un riche bienfaiteur d'Honolulu. Dans cette colonie, habitenten outre le père Wendelin, successeur et digne émule du père Damien, ainsi que les sœurs qui dirigent le bishophome.
Les “isons sont toutes construites en bois sur le même
type: le parquet placé à 1 mètre au-dessus du sol, et les lits placés sur deux rangées, la tête contre le mur. Le tout paraît entretenu dans un état de propreté parfaite. À citer encore un établissement de bains, un lavoir, une école et une église. Kala- Wao, la seconde colonie, est à une courte distance de Kalaupapa. Le chemin qui les réunit, est parsemé de maisonnettes, appartenant pour la plupart à des lépreux aisés, à qui il est permis de s'installer dans leurs meubles. Les lépreux ayant la permission de se marier entre eux, beaucoup vivent en famille. Les célibataires sont séparés autant que possible, les femmes à Kalaupapa, dans le bishophome ; les hommes à Kalawao, dans le Baldwinshome. Quant aux enfants issus de ménages lépreux, qui, pour la plupart sont sains, ils sont placés en observation aux environs d'Honolulu à partir d’un certain âge, pour être restitués à la société, s'ils restent idemnes de Jépre.
Le Baldwinshome, a Kalawao est dirigé par un laïque américain, qui s’est consacré aux soins des lépreux, il est assisté par des religieux. En face de cet asile, se trouvent une église et la tombe fleurie du père Damien, dont le frère, depuis quelques années, habite l’île, retiré du monde. Quel enthousiasme ne méritent pas ces hommes, que leur amour de l'humanité pousse à un tel désintéressement, à une telle abnégation ! (1).
Léproserie de Poulo-Jerajak. — Elle est destinée aux lépreux du gouvernement des Détroits. C’est une île de quelques milles de tour, voisine de Poulo-Pinang, et où habitent 240 à 270 lépreux mâles, Chinois pour la plupart. Ün médecin anglais s'y rend deux fois par semaine ; 1l a sous ses ordres un médecin résident indigène. Les lépreux assurent seuls tous les services. Ils sont libres, sauf quelques prisonniers, mais sans famille.
1, Schauinsland. Ein besuch auf Molokai, Bremen, 1900.
Ils sont bien traités et ne demandent qu’à rester là. Les bâtiments, très disséminés, sont les uns en maçonnerie, avec 10 à 20 lits ; les autres, bien plus vastes, élevés sur une plate-forme voüûtée, sous laquelle l’air circule ; entre les piliers qui portent la toiture, il n’y a que des cloisons légères, séparéës du toit et du sol par un espace libre ; ce qui assure l’aération et permet d’inonder le sol cimenté.
Ce mode d'isolement est difficilement accepté par les indigènes, qui refusent de quitter leurs parents et leur village ; peut-être conviendrait-il, pour vaincre leur répugnance de leur laisser créer de nouveaux villages, des colonies, où ils ne seraient pas parqués dans les salles communes (1).
Léproserie de M'zambourou (Mayotte). — Mayotte possède une léproserie, dans l’île de M'zambourou, séparée de la Grande-Terre par un bras de mer de 4 milles. À part la crique où les lépreux ont bâti leurs demeures, les côtes de l'île sont à pic, rendant toute escalade et toute fuite impossible. Les lépreux vivent en communauté, s’'entr’aidant les ups les autres : ils ont élu un chef qui n’a d'autres prérogatives que de faire valoir à qui de droit les réclamations de ses compagnons de misère. Ils sont réunis par famille ou par groupes sympathiques, dans des cases d’une exquise propreté, qu'ils ont construites par leurs propres moyens ; les plus valides cultivent un peu de manioc, du riz et des fruits, qui viennent s’ajouter à l'ordinaire fourni par l’administration. L'ile est volcanique et renferme une source. Ils sont ravitaillés tous les deux mois. Le gouvernement leur alloue à chacun 400 grammes de riz sec par jour, 20 grammes de sel et du sucre ; il leur fournit
des instruments aratoires, des lignes et des hameçons pour la