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avant pour but, Lelle PAïguille à la campagne (1) d’ « aider la jeune fille et la femme à rester dans son pays et dans son foyer en lui procurant un travail rénuméraleur qui puisse se combiner avec la vie familiale et rurale » (2).
On sait combien ces groupements se font nombreux au point d’effrayer M. Lefébure qui écrivit à la présidence de la Société pour le Relèvement des petites industries rurales (3) : « à 13 ans, les trois quarts des jeunes filles se mettent en quête d’obtenir un ouvrage de couture ». Il ajoutait : « [I y a surproduction dans la confection, la lingerie, la broderie, le tricot, la dentelle, la passementerie. Les commandes pour la consoimmalion intérieure aussi bien que pour lexporta- Lion ne suffisent pas pour assurer un gain régulier à toutes celles qui s’y emploient. »
Cette double affirmation venant d'un homme dont nul ne niera la compétence en cette matière est d’un grand poids dans la question qui nous occupe, en même temps qu'elle oblige à tenir compte de tous les bénéficiaires des œuvres dont M. Lefébure redoute l’ac- Lion sur l’accroissement de la demande de travail. (4)
Enfin une troisième série de renseignements nous
(1) Siège Social, 13, rue Pasquier, Paris, (2) Couverture de l'aiguille à la campagne, p. 2. (3) Copie de lettre communiquée par M. Lefebure,
(4) On connait notamment les efforts de M. Engeraud et de son « Co mité de la dentelle de France » —- l’œuvre de Mlle de Marmier qui assure de l'ouvrage à 3,000 dentellières(Petit Démocrate, 9 janvier 1910) — l'initiative de Mlle de Lécluse à Loquerau (Finistère), qui en 1908 a donné près de 80,000 francs de salaires (Ibid), l’« Association
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ont été fournis par des enquêteurs bénévoles, tous particulièrement compétents et habitants de la localité sur laquelle ils nous ont documenté. Nous signalons en particulier, comme nous ayant fourni les enquêtes les plus précises, MM. Vigneau, du Syndicat des Lailleurs de Bordeaux, Salvv, avocat à la Cour de Riom, P. Leborgne, à Beauvais et R. Largillière de Tréboul Coz (Finistère) qui nous à envoyé une éLude inédite très documentée sur «le travail à doimicile à Douarnenez et ses abus. »
D'après tous ces documents nous croyons pouvoir proposer, pour la province, le chiffre d'un million deux cent mille victimes du sweating-system. Le total des habitants de la France étant de 38.466.924 (1) nous arrivons, en ajoutant les 250.000 travailleurs à domicile de la Seine, à une proportion de 4 pour cent.
Constatation navrante, et qui montre combien M. Aftalion, parlant de ces « parias du monde du travail » (2) avait raison de dire : « Il y a là, sembletl,-un si profond réservoir de forces de travai' qu’il ne se peut tarir ». (3)
dentellière lozérienne, créée par Mme de Las Cases, qui débute en 1904, avec 5 fillettes de Marvéijols, occupe en 1908, 500 ouvrières auxquelles elle procure cette année pour 38,851 francs de travail (Revue de l’Action Populaire, décembre 1909, p. 736-737), ete.
(r) Résultats statistiques du recensement général de la population effectué le 24 mars 190r, T- IV, Pe MIE
(2) Duthoit : Le travail féminin dans l'industrie (Cours à la Semaine Sociale de Dijon, Compte-rendu Officiel), p. r28.
(3) Aftalion : Le développement de la fabrique et le travail à domicile dans les industries de l'habillement. Revue d'Economie politique 1906, ÿ, 1717:
A ceux qui jugeraient, malgré tout, ces conclusions exagérées, 1l est aisé de faire constater qu’à l’étranger des proportions bien plus fortes ont été indiquées, que ne justifient pas seulement les étonnants ravages du sweating-system dans ces pays. On consultera avec intérêt les affirmations de MM. Ernest Dubois, professeur à l'Université de Gand, (1) Docteur Beck, (2) Issaïev, (3) Meilhac, (4) Sagot, (5) Dewinne ; (6) et
(x) Ernest Dubois : Les moteurs électriques dans les industries à domicile. Il estime que les travailleurs à domicile constituent 14 pour cent de la population ouvrière de toute la Belgique, (p. 5). En France la population active est de 19,715,075 personnes(Résultats statistiques, T. IV, p. 121). Notre proportion serait donc de 7 pour cent seulement.
(2) Extrait de son rapport au Congrès de Zurich sur la situation sociale et économique de l’industrie à domicile en Suisse. Il déclare que «10 pour cent de la population domicihiée en Suisse » vit de la fabrique collective (Démocratie du Sud-Est, 22 août 1909):
(3) Issaïev : Le travail en famille en Russie. Revue d'économie politique, mai 1893. Dans les seuls gouvernements de Moscou, Tver, Novgorod, et 7? cercles de celui de Kostroma, il Compte 808,000 travailleuts à domicile, p. 439 ( en note).
(4) Meilhac : La dentelle à domicile en Autriche: Idées Modernes, février 1909. L'auteur parle des « milliers d'ouvriers et ouvrières » y travaillant à la dentelle, p. 332.
(5) Sagot : L'industrie à domicile en Allemagne. Il évalue à plus de 20,000 les travailleurs à domicile du duché de Bade (p. 5) et à 5,000 ceux des deux villés de Munchen Gladbach et dé Rheydt (p. 13).
(6) Aug. Dewinne : La réglementation du travail à domicile, journal Le Peuple (de Bruxelles) 13 août 1909. L'auteur déclare que «les in+ dustries domiciliaires occupent, en Allemagne, près d'un milion d'ou vriers et d’ouvrières. » Chiffre certainementinférieur à la réalité. Il suffit pour s'en convaincre de constater l'importance que prénd actuellement (janvier 1910), del’autre côté du Rhin, la question du nous veau tarif douanier frâänçais pour la question des droits futurs sur es jouets,
le rapport du ministre de France en Danemarck (4 février 1910) (1)
Aussi le chiffre proposé pour la France doit être maintenu, étant jugé plutôt inférieur à la réalité. On n’a donc plus le droit de considérer, comme quantité négligeable, ces pauvres gens dont nous allons constater les tristes conditions d’existence. Ils sont légion, et semblables au Phénix de la légende, perpétuellement ils renaissent de leurs cendres. Leur misère devient en quelque sorte une prime au développement de ce mal, car il demeure caché.
Nous avons tenu à insister longuement, sur ces arides discussions de chiffres, parce que trop de gens considèrent ce pauvre monde comme des épaves isolées, intéressantes, sans doute, mais relativement rares, el qui, souvent, expient leur inhabileté ou leur inconstance.
L'importance même de leur nombre réduit à néant Loubes ces conceptions. Non, les broyés du sweatingsystem ne sont pas de la poussière du monde du travail, ils constituent « comme conséquence de l’extension des débouchés », (2) cette « autre armée
(x) Voir Bulletin de l'Office du Travail, février 1910, p. 173. D’après le recensement industriel du 12 juin 1901, il y aurait en Danemarck 15,000 ouvriers à domicile, «représentant une proportion de 7, 3 p. 100 sur l'ensemble des travailleurs du royaume. On estime toutefois que le recensement ayant été opéré pendant la morte saison, il y aurait lieu, pour obtenir le chiffre exact des travailleurs à domicile, d’augmenter le total précité de 3000 unités, »
(2) Schwiedland : Les formes d'industrie. Revue d'Economie polis tique, novembre 1892, p. 1226,
industrielle disséminée dans les grandes villes et dans les campagnes » sur laquelle Karl Marx attirait l'attention de ses fidèles. Le capital la « dirige au moyen de fils invisibles », (1) et suivant le mot de M. Méline, elle « se substitue au travail de l'usine au grand détriment des ouvriers qu’on a vou'u protéger. » (2)
Ce n’est donc pas seulement une question de sentiment, mais un problème économique redoutable qui est ici posé. Il faut avoir le courage de l’envisager dans toute son ampleur, et la sincérité de s’avouer l'étendue du mal que l’on déplore. Autrement on est fatalement induit en erreur par ces empiriques des questions sociales, toujours prêts à offrir un cautère pour une jambe de bois, ou à proposer des remèdes, Lellement restreints dans leurs effets, qu'ils doivent être rangés dans la catégorie des jeux enfanuns.
Aussi nous insistons encore en terminant ce premier chapitre, pour qu’au cours des suivants, le lecteur ait toujours présente à l'esprit cette angoissante pensée : les misères dont il voit se défiler l’écheveau sont celles d’un français sur vingt-cinq et d’un de ses compatriotes qui travaillent sur treize de ceux ayant un métier ou exerçant une profession.
(1) Karl Marx : Le capital, Traduction Roy, p. 119, col. 2. (2) Sénat. Séance du 22 mars 1904, p. 352, CO. 1.