‹ La lutte contre le sweating-systemChapitre 19 sur 74 · PLU · texte numérisé non relu

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payent leur loyer plus largement que les familles opulentes. On donne donc un conseil très intelligent aux capitalistes en les invitant à bâtir des maisons pour les ouvriers, conformément aux lois de l'hygiène. Ils y trouveront leur intérêt et ils feront une bonne œuyre » (1).

En se souvenant que les ouvriers dont il s’agit sont « les plus pauvres d’entre les pauvres » on devine comment ils peuvent être logés.

«Nous en avons visité de ces logements ouvriers, si parfois on peut appeler ainsi ces bouges hideux où tant de familles passent leur misérable existence. Un quarlier surtout nous a laissé sous une impression particulièrement triste, c'est la portion des cinquième et treizième arrondissements où passe la Biévre. Là, dans des rues étroites, se trouvent de vieilles masures tenant à peine debout; si vous entrez dans le couloir bas et étroit qui sert d'entrée, une odeur épouvantable vous suffoque: Par un escalier branlant et tellement obscur que vous pouvez à peine distinguer les morceaux de plâtre et les débris de bois qui partent sous vos pieds, vous arrivez en tâtonnant à trouver une porte mal jointe. Si vous entrez vous allez voir ce que peut être un logement ouvrier. La porte donne sur un petit escalier de trois marches qui conduit dans une chambre carrelée. La maison est si vieille que des tassements successifs ont fait baisser le carrelage de sorte que c’est une succession de bosses e& de trons.

(x) Bulletin paroissial de Saint-Sulpice, 25 mars 1908, p. 86,

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Les murs et le plafond ne se distinguent plus, Lant ils ont été noiréis par la fumée » (1).

Depuis 1899, la situation ne s’est guère modifiée. Elle est la règle pour toutes ces maisons, refuge du travail à domicile, dans lesquelles, pendant plusieurs années nous ont conduit nos fonctions ou nos enquêtes. Il est incontestable que des améliorations ont été réalisées mais ceux dont nous étudions la vie n’y ont point eu de bénéfice, car on les paye trop cher. Dans les grandes agglomérations et en particulier à Paris, on ne peut se faire une idée de la cherté des loyers occupés par les toutes pelites gens.

«Au moins ces Laudis infectes, où hommes, femmes et enfants vivent dans la plus complète promiscuité sont-ils d’un prix abordable pour les pauvres budgets des travailleurs à domicile ? 11 n’en est rien. Pour la France l'enquête de l'Office du travail a donné dans la plupart de ses monographies, le taux des loyers payés par les ouvriers étudiés, on y remarque cinq loyers de 200 à 300 francs par an pour ? et 4 travailleurs non compris les membres de la famille qui ne travaillent pas, 5 loyers de 300 francs et au-dessus pour 3 et 7 ouvriers et enfin 3 loyers de 400 francs. En somme, à Paris, le loyer varie entre 200 et 400 francs » (2).

Pour beaucoup ces prix sont trop élevés. Les uns

(1) Doublot : La protection des travailleurs de l’industrie du vêtement, p. 78-70. ’

(2) E. Brû : Essai sur la réglementation du travail à domicile, p,164-

essayent de trouver une sorte de réduit du genre de celui-ci, payé 100 francs, et dont il est dit : « Le cabinet habité par l’ouvrière est tout mansardé, et il faut être de petite taille pour pouvoir s’y tenir debout. On n’y voit clair que près de la fenêtre qui est très petite. L'ouvrière a un petit poële, mais s’en sert rarement employant le plus souvent une chauffretle. La maison est vieille et sombre » (1). D'autres se résignent à l’hôtel meublé. Et ici c’est le comble. Dans l’un d’eux, ni meilleur ni pire que la moyenne «les chambres garnies sont au nombre de 183, dont 153 sont occupées. Bien que la loi exige 14 mètres cubes par habitant, nous en avons trente et une qui ont moins de quatorze mètres. Quant au loyer, la moyenne en est de 3 fr. 80 par semaine et la moyenne annuelle de 197 francs » (2).

Sans doute c’est presque aussi cher que dans les autres logements mais ici du moins on n’a pas à fournir les meubles, ni à payer le déménagement quand on change de domicile.

On sera complètement édifié sur l’état de ces chambres, étroits boyaux dans lesquels nous avons si souvent pénétré, sans nous y habituer jamais, en lisant le fait suivant. «Une récente circulaire (novembre 1907) du préfet de police exige que les chambres d’hôtels meublés aient une capacité d’au moins quatorze mètres

(1) Office du Travail : Enquête sur le travail à domicile dans l'industrie de la lingerie, T. I. p. 297.

(2) Dr Mangenot : Une enquête sur les logements, professions, salaires et budgets dans le quartier de la Pointe d'Ivry : Réforme sociale, 16 mai 1899, p. 775.

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cubes. Cette cireu'aire a causé un granl émoi parmi les logeurs, qui se sont réunis le 20 novembre à l'Hôtel des Chambres Syndicales, pour protester contre cette mesure en vertu de laquelle ils seraient obligés de fermer plus d’un tiers des garmis.

= «Ainsi donc de l’aveu des logeurs eux-mêmes, plus du tiers des chambres d'hôtel n'ont pas une capacité de quatorze mètres cubes » (1).

Et dire que dans ces locaux « à la fois chambre où l’on habite, chambre à coucher, cuisine, boutique de travail, chambre d'accouchement, de malade ou chambre mortuaire » (2) vivent souvent trois, quatre personnes et quelquefois davantage.

Forcément, c’est le règne de la malpropreté de « l'air fétide qu’un poële rend plus asphyxiant encore » (3) «où le relent des corps mal soignés se mélange à l'odeur des nourritures gâtées » (4). Et des êtres humains ne connaissent pas d’autre atmosphère, ni de plus vaste horizon ! |

Aussi M. Cheysson avait raison de le déclarer : « Les ateliers dont je parle sont ceux qui font mentir le proverbe que « le soleil luit pour tous ». Non ! le soleil est un privilège pour les riches, et beaucoup de pauvres gens en sont cruellement privés » (5).

) L'assistance éducative : 1er janvier 1908, p. 306.

>) Gazette de Lausanne ; 11 avril 1903.

) Paul Bourget : Outre Mer, T. T. P. 257- 258.

) Ibid. p. 263-264.

} Cheysson : Le sweating- ca : Le conseiller de la famille et l'école des mères, août 1908, p. 211,

« Oh les tristes mansardes où des familles entassées sans feu et presque sans nourriture travaillent douze, quinze heures par jour !» (1).

- Comment donc M. Béchaux a-t-il pu écrire : « Les ouvriers ne sont pas moins satisfaits de ce régime parce qu'ils deviennent chefs de métiers et bénéficient d’une indépendance relative ? » (2) Existe-t-il un pire esclavage et une plus profonde misère ?

IV. — Les dangers que courent la sanlé des ouvriers à domicile et celle du public qui consomme les produits de celle industrie à domicile.

Est-il besoin d'insister sur les conséquences fatales de ces logements dont la mauvaise hygiène n’est plus niée par personne ? « L’insalubrité de la plupart des ateliers de famille, mise une fois de plus en lumière par les rapport du service, appelle un remède d'autant plus urgent que les prescriptions d'hygiène et de sécurité prescrites par les lois s'étendent de plus en plus dans les établissements industriels » (3).

Pour Paris, les savantes études de M. Juillerat sur le casier sanitaire des maisons sont des plus intéressantes à étudier au point qui nous occupe.

(1) Mme Moll Weiss : La ligue des acheteurs. Revue 15 janvier 1907, DA2r8.

(2) Béchaux : La vie économique et le mouvement social. Correspondant, 10 janvier 1906, p. r80.

(3) Rapport sur l'application de la loi du 2 novembre 1892 pendant l'année 1904. Annexe à l'Officiel, du 2 octobre 1905, p. at. col, 7,

L'enquête révèle que « quel que soit le quartier, parfois au milieu d’un centre riche et non populeux, la chambre unique qui abrite l’ouvrière est sombre, humide, mal aérée » (1).

Or M. Juillerat déclare qu'il faut « attribuer un rôle prépondérant dans le développement de la maladie (la tuberculose) à l'absence d’air, de lumière solaire dans les pièces habitées » (2). Au cours de ses recherches il est arrivé à déterminer six ilots de maisons à mortalité particulièrementeffrayante.llse trouve précisément que ces groupes de maisons sont situés dans des quartiers, centres importants de travaux à domicile : « 4e, 5e, 11e, 12e, 14e, et 19, arrondissements » (3).

Bien plus, étudiant spécialement au point de vue de la tuberculose 195 hôtels garnis dont la population totale est de 13,630 habitants, il arrive «en onze ans » à une «mortalité totale effroyable (par suite de tuberculose) de 2,888, soit 211,90 pour mille habitants et, par an, à une mortalité moyenne de 19,26 pour mille habitants » (4).

Sans doute l’hôtel meublé est souvent le refuge de toutes les déchéances. Il est aussi le logement de bien des travailleurs à domicile, et comme les autres ils en subissent l'infection.

(1) Hardy : Du logement des classes laborieuses. Réforme sociale, 16 janvier 1899. p. 180.

(2) Juillerat : Le Casier sanitaire des Maisons, p. 40.

(3) Ibid, p. 40.

(4) Ibid, p. 53.

Le Dr Lucien Graux a fait sur l’état sanitaire du sweatimg-system, une communication au Congrès de l’Association des ingénieurs, architectes et hygiénistes municipaux réunis à Lyon en 1907. Il est difficile de fournir une documentation plus ample et un travail plus approfondi. Presque à chaque page reviennent des phrases du genre de celles-ci: « On comprends donc que les malheureux ouvriers du sweating-system soient une proie toute indiquée pour la tuberculose et les maladies contagieuses » (1). «Les maladies contagieuses sont fréquentes parmi les victimes du sweating-system » (2). «Il y a doncplus dedécès parmiles victimes dusweatimgsystem que dans le reste de la population » (3).

Inversement au contraire, la mortalité (tuberculose en particulier) recule avec l’'amoindrissement du travail à domicile : « La diminution de la mortalité causée par la phtisie est aïnsi de 31 pour cent à Mayence, de 36 pour cent à Darsmtadt et de 45 pour cent à Offenbach (de 1875 à 1895). Cette amélioration s’est produite grâce à une meilleure surveillance et à l'extension de l’industrie de fabrique au détriment de l’industrie domestique » (4).

La lecture de la thèse du Dr Fauquet (5) achèvera sur ce point de convaincre les plus incrédules.

(x). Dr Lucien Graux : Le sweating system et la loi sur la protection de la santé publique, p. 9.

(2) Ibid. p. 11 et 22

(3) Ibid. p. 14.

i4) Gazette de Lausanne 20 avril 1903.

(5) Dr Fauquet : Essai sur le travail en chambre considéré au point de vue sanitaire,

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