CHAPITRE II
Le Remède par le progrès industriel La force motrice à domicile
L'amélioration des conditions du travail à domicile et son développement par le moteur mécanique fut le rêve de la génération qui a précédé la nôtre. Etonnée par les découvertes scientifiques extraordinaires dont elle avait été la contemporaine, elle aimait à y voir la panacée universelle. Ce fut une griserie, et l’âge qui avait cru pouvoir remplacer les idées morales directrices de la vie humaine par une froide affirmation scientifique, a pensé aussi apaiser les conflits économiques et solutionner les problèmes sociaux par les applications industrielles des mêmes vérités scientifiques.
«L'emploi du moteur mécanique peut très bien se concilier avec lélablissement des métiers ruraux » affirmait Jules Simon (1).
Et toute l’école a suivi,
« Vienne un petit moteur à son aide et elle (l'industrie à domicile) reprendra une partie du Lerrain
(r) Jules Simon : L'ouvrière, p. 71.
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perdu » s’écrie en 1884 M. Cheysson (1). Et au cours de la discussion ayant suivi sa conférence, sûr du succès qu'il entrevoit, il reprend la parole et déclare : «Il n’y a plus de témérité à croire à l’avènement plus ou moins prochain du petit moteur » (2). M. Cheysson est mort sans vouloir renoncer à cette affirmation si précise.
Il est vrai, pendant la réunion, M. Broch, avec une rigueur mathématique, avait abondé dans le sens de l’orateur : «Les progrès de la science et la mise à la disposition des ouvriers à domicile de forces motrices commodes et économiques, la distribution d’eau sous pression, la vulgarisation dans les grandes villes de moteurs à gaz de puissance très réduite, la force électrique qui, peut-être avant peu de temps, donnera la solution complète de la distribution de l’énergie dans toutes les maisons, voilà déjà des éléments importants du problème, qui permettent d’espérer des remèdes efficaces à la situation de la petite mdustrie » (3).
M. Edouard Payen aime aujourd’hui encore à s’appesantir sur ces conceptions d'autrefois. Il s’acharne à la solution ancienne : « Cet élément nouveau (l’électricité) n’a pas encore produit tous ses effets. Avec l’utilisation de plus en plus grande des forces hydrauliques, avec le transport de plus en plus facile de
(x) Cheysson: Du rôle et de l'avenir de la petite et de la grande industrie. Conférence à la société d'économie politique. Journal des économistes, novembre 1884, p. 314.
(2) Ibid., p. 323.
(3) Ibid., p, 318: