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bien inférieures pour l’œuvre du Havre. Elle « arrive en général à donner à chaque ouvrière employée » à domicile « une moyenne qui oscille entre trente-cinq et cinquante francs par an. Quand une œuvre peut soutenir ainsi une centaine d’ouvrières on doit s’esti- imer heureux (1).»
L’ouvroir de l’Union d'assistance du XV EC est venu en aide pendant l'exercice 1904-1905 à «358 fenimes qui ont reçu un salaire Lotal de 18.013 fr. 40, soit une moyenne de 51 fr. 99 (2) ». L'œuvre de la rue de Berlin a, en 1907, procuré du travail à «70 ouvrières». Elles «ont touché chacune en moyenne 215 francs (3) ».
La création la plus développée, celle de M. Mamoz, au faubourg Saint-Honoré, « peut secourir environ 800 personnes par an (4) ».
J est impossible de se développer beaucoup.
L’ Abri a créé deux groupes de travailleurs à domicile : la Giletière (septembre 1907), et plus récemment : le Costume de garçonnet. On occupe environ 200 ouvrières. Un moment, on songeait à susciter d’autres groupes : Jupons, blouses, peignoirs. Il à fallu v renoncer, « Car ces organisations coûtent très cher (9) ».
Un écueil très particulier — le même que nous avons
(x) Docteur Lausies : De l'assistance des femmes par le travail. Rapport au VI* congrès national du patronage des libérés et des enfants traduits en justice, 1905, p. 3.
(2) Comtesse de Bourqueney : loc. cit., p. 3.
(3) Me Raoul Sautter : loc. cit., p. 87.
(4) Lecoq : L'assistance par le travail en France, p. 319 (en note). (5) Mne Gompel : Le travail à domicile, La femme, n°de juin-juillet, 1908, p. 92.
signalé à l’ouvroir Jeanne-d’Arc de la rue Gandon — a été de plus remarqué pour les fondatrices. « Nous avons eu à nous garantir contre un danger, celui de faire de nos ouvrières de petites entrepreneuses (1). » Aussi toutes ces œuvres nous inspirent-elles les mêmes hésitations qu’à M. Delpon de Vissec. « Malgré sa belle réussite, cette tentative ne peut évidemment avoir qu’une action limitée, et en admettant même que d’autres associations du même genre se forment en nombre assez considérable pour englober la totalité du travail à domicile, quisait siles abus que l’entreprise engendre, n’y réapparaîtront pas petit à petit ? (2).»
Mais cette crainte est pour le moins prématurée. Nous évaluons donc qu’à Paris, les œuvres d’assistance par le travail à domicile, secourent environ trois mille femmes par an, et seulement la moitié, d’une facon permanente. Nous ne pensons pas que les œuvres des départements dépassent, réunies, ces mêmes totaux. L'action de ce mode d'amélioration des salaires est donc restreint, dans la France entière, à 3.000 personnes qui en bénéficient du LT janvier au31 décembre et à 3.000 personnes qui en profitent transitoirement.
Si on assimile à ces œuvres les initiatives de ces années dernières, telles l« Association lozérienne », «le comité pour le relèvement des petites industries rurales en Auvergne », «l’Aiguille à la campagne »,ete.,
(1) Tbid”,p: 102:
(2) Delpon de Vissec : De la distribution du travail à domicile dans l'industrie de la confection parisienne, Mémoire du Musée social, mars 1908, p. 917.
on ne dépasserait guère un chiffre global de dix à douze mille ouvrières.
Qu'est-ce donc que cela en comparaison du total de 1.200.000 travailleurs à domicile, établi dans le premier chapitre de ce livre ?
Encore faut-il noter que les œuvres de travail à la campagne, n’ont pas toujours pour effet une élévation de salaires; de plus, on doit reconnaître que la plupart d’entre elles ont une existence assez précaire. Toutesse plaignent de leur situation etréclament, à chaque occasion, l'appui des gens qui leur portent intérêt.
La raison est facile à deviner.
Ou bien les œuvres d’assistance visent à se faire une clientèle directe, qui paye bien, et leur permet d'accorder une rétribution convenable. Mais alors elles sont immédiatement acculées au chômage, à l'époque des départs de Paris; ou condamnées à faire du stock d’un écoulement à peu près impossible. Le fait est constant, «la plus grande difficulté à laquelle se heurte l’œuvre de M. Mamoz, comme toutes celles de son genre, est la pénurie des débouchés (1) ». On se rabat, aussitôt, sur le système des ventes de charité pour se débarrasser des quantités disponibles. Mais on en a tant abusé partout, qu'elles deviennent moins productives, et, en tous cas, elles nécessitent, pendant près d’une année, l'immobilisation de capitaux considérables, assez difficiles à réunir, comme le prouve cet aveu de l’une des œuvres : « L'absence de fonds de
(x) Lecoq : L'assistance par le travail en France, p. 319.
3 My à
roulement nous empêche d’avoir un stock de marchandises suffisant, nous ne pouvons immobiliser nos disponibilités toujours nécessaires pour faire face aux échéances de fin de mois (1).»
Cet écoulement pénible des objets confectionnés, dont gémit aussi l’ouvroir du VE arrondissement, fondé par Mme de Pressensé (2), détermine bon nombre d'œuvres à se mettre sur les rangs pour obtenir du travail des grands magasins. Hélas ! elles expérimentent à leur tour, combien il faut être habile et fortement appuyé pour réussir en ces délicates démarches. Si elles y parviennent enfin, elles s’en réjouissent vivement, mais leur bonheur est de courte durée.
Ou bien, elles ne majorent pas les salaires qui leur sont départis, et les remettent entiers aux travailleuses. Mais ils sont si modiques que parfois celles-ci ne peuvent les accepter, semblables à l’ouvrière de Plaisance interrogée par les enquêteurs officiels, qui avoue «avoir quitté l’œuvre d'assistance où elle travaillait, non pas que le travail manquât, mais les prix (sauf pour les commandes) étaient réellement trop bas (3) ». M. Lecoq a protesté contre la conception des œuvres qui acceptent des rétributions infimes et se font «glaire de recevoir des commandes des magasins du Louvre à Paris (4) ».
(1) Me R. Sautter : Rapport sur l’œuvre de la rne de Berlin. La femme, n° de juin-juillet 1908, p. 87.
(2) Cf. Lecoq : L'assistance par le travail en France, p. 319.
(3) Office du travail : Enquête sur le travail à domicile dans l’indus-
trie de la lingerie, t. I, p. 255.
(4) Lecoq : L'assistance par le travail en France, p. 32t.
Elles contribuent à l’avilissement des salaires et jettent sur le marché un élément nouveau de concurrence. En feuilletant les cinquante pages de l’enquête sur le travail à domicile dans l’industrie de la lingerie à Paris, qui sont consacrées à l'étude des conditions faites aux ouvrières des œuvres d'assistance, on est frappé de la faiblesse des salaires (1). Dans l’ensemble, ils paraissent encore inférieurs aux types courants, à quelques exceptions près.
Plus on va, plus done on constate l'illusion de ceux qui prétendent supprimer le swealing-system au moyen des œuvres d'assistance.
Par leur rayonnement, comme par leurs résultats, elles n’ont qu'une action des plus limitée. En toute sincérité, nous ne croyons même pas qu'elles puissent se développer sensiblement. Il faut donc les considérer comme telles et elles doivent proportionner leurs ambitions à leurs possibilités.
Tout esprit sincère et désintéressé professera une profonde admiration pour les cœurs charitables qui s'imposent les lourdes charges et les difficultés cruelles d'organisations de ce genre. Celles-ci constituent une forme supérieure de la charité et de l’assistance. À ce titre elles méritent des encouragements et des sympathies. Mais, dans le problème présent, leur action, on vient de le voir, est nulle. Peut-être, par passages, avons-nous été amenés à le montrer
(1) Office du travail : Enquête sur le travail à domicile dans l’industrie dé la lingerie, t. I, p. 575 à 637.
d’une facon qui a pu paraitre, à certains, pleine de parti-pris. Il n’en est rien, nous avons dû mettre en évidence les côtés faibles pour que chacun pût voir la réalité, et nous considérons avoir rendu service aux œuvres elles-mêmes, en les prémunissant contre les désillusions qui les attendent dans un avenir prochain, si elles ne savent circonscrire leur objet.
Dans le même esprit, et en renouvelant l’expression de toute notre admiration pour les personnes, nous n’hésitons pas à déclarer que nous verrions un danger très sérieux au développement en grand des œuvres d’assistance.
En effet, celles dont nous avons parlé, vicient déjà la concurrence en lui surajoutant un aliment imprévu. D’autres sont plus funestes encore, et directement causent la baisse générale des salaires. Mme Sautter les condamne en ces termes : « Des assistances, pour donner de l’ouvrage à leurs ouvrières, acceptent du commerce du travail à facon mal payé, quitte à ajouter de leur caisse à ces salaires insuffisants. Grosse erreur ! Cest fausser la balance que de demander à la charité de rétablir l'équilibre entre les prix offerts par le commerce et ceux consentis par l’ouvrière. C’est perpétuer le malentendu, si le fabricant trouve dans l'assistance par le travail un groupe d’ouvrières qui accepte un travail à prix réduit, il impose ce prix réduit à toutes les autres ouvrières qui ne font pas partie du même groupe... Le principe du salaire d'appoint est posé, principe immoral puisqu'il établit la rétribulion du travail, non d’après ce qu’il vaut, mais
d’après les besoins présumés de celles qui l'exécu= tent » (1).
Ces reproches s'adressent spécialement aux œuvres visées dans les lignes qui précèdent. Mais la lecture de ce chapitre permet de constater que partiellement au moins, ils atteignent toutes les œuvres d'assistance, quel qu’en soit le principe ou l'orientation.
Aussi, il nous semble amplement établi, qu’elles sont sans influence pour l’amélioration des conditions du travail à domicile. Souvent elles accroissent le mal, et leur multiplication ne doit pas être encouragée, leurs mauvaises conséquences d'ordre général — indépendamment de la concurrence qu'elles se font parfois entre elles — dépassent, d'une façon très sensible, la somme des profits individuels qu’elles procurent. Comme lécrivait M. Doublot : « Un des grands écueils auxquels se heurtent ces œuvres d'assistance, est, en venant en aide à certaines ouvrières, de concurrencer les autres, aussi ne faut-il pas dépasser une juste mesure dans l'assistance (2). » Ce sera toute notre conclusion.