‹ La lutte contre le sweating-systemChapitre 32 sur 74 · HO PAT MP NE · texte numérisé non relu

HO PAT MP NE

Dépenses

Versé aux ouvrières :

(Salaire correspondant à la tâche de

14 000 fr.

200 000 fr.

2035 000 fr,

chacune d'elles sous déduction de 20 % — au lieu de 50 ou 60 % prélevés par les entrepreneuses)rste00280800 Indemnités aux magasins pour mal- Fa CONS CCI. A M RE RSR Gérante, salaire fixe (indépendamment dés parHCiDAtIONS) Free re Aides dé la gérante 2% 0e

(On suppose une aide par 20 ouvrières, 200 francs par mois pour chaque aide indépendamment des participations).

Femmes pour livraisons et courses...

Loyer pour la salle de distribution des ÉTAVAUX ses ee AN PTE NE Lee Eclairage. frais divers: eee Dépenses imprévues seine tel de Intérêts aux actions (50 000 francs).

Bénélice AITÉDATEIDE RS Re

160 000 fr.

203 000 fr.

Une fois constituée, la société coopérative de travail féminin aura-t-elle moyen de réussir ? Nous ne savons. Toutefois nous reconnaîtrons volontiers que de toutes les coopératives étudiées au cours de ce chapitre, la coopérative de la rue du Moulin-Vert nous paraît être celle qui a le plus de chances de succès. La société du logement ouvrier, sur laquelle elle s'appuie, est connue depuis plusieurs années pour le sérieux de son organisation, C’est donc une garantie importante,

D'autant plus que l’œuvre nouvelle bénéficiera des données, fournies par les enquêteurs de la société du logement ouvrier, sur la valeur professionnelle des candidates. Il lui sera donc possible de se constituer uniquement avec des travailleuses de toute première vileur.

Aboutira-t-elle à un succès général ? Les fondateurs eux-mêmes se rendent compte que non. Ils ont écrit dans une de leurs circulaires : « On peut espérer qu’une loi viendra fixer un salaire minimum pour le travail à domicile. Mais il sera difficile d'obtenir cette loi et difficile de l’appliquer si l’organisation du travail reste ce qu'elle est aujourd’hui (1). »

Donc les initiateurs se sont prouvés, par leurs enquêtes et leurs études, le caractère restreint de leur action. Nous venons de le dire. Ils se présentent dans des conditions exceptionnellement bonnes et malgré cela, pour éviter une faillite dans leurs promesses, ils sentent le besoin de circonscrire leur ambition.

Leurs projets de budgets, à l'exemple de ceux préparés par le ministère des finances, s’équilibrent toujours. On fait état du maximum de recettes probables et on mentionne le minimum d’aléas. Or, l'examen du budget de fonctionnement normal, reproduit plus haut, appelle de sérieuses réflexions sur la portée générale de la société coopérative de Lravail féminin, Dans les recettes on lit : «intérêts des fonds placés, produits des quêtes, dons, etc... 2.000 francs. »

(1) C£ Bulletin de la semaine, 19 janvier 1010, p. 29.

On prévoit donc que cette coopérative ne parviendra pas à vivre par elle-même et devra, même en fonctionnement normal, après avoir atteint son complet développement, avoir recours aux subventions de la charité. |

Il n’est pas question, ici, d’en faire le moindre reproche à l’œuvre, il suffit d'indiquer la situation et de rappeler qu’on ne saurait, au moyen de cet adjuvant d'assistance, opérer la réforme d’une organisation économique.

D'autant plus, qu’'élargie et étendue, à toutes les ouvrières à domicile, l’organisation finirait par devenir fort dispendieuse. En effet, en acceptant pour exact, ce projet de budget, on arrive aux calculs suivants. Dans la partie dépenses on lit : «€ On suppose une aide par vingt ouvrières; 200 fr. par mois pour chaque aide, indépendamment des participations. » Or, comme la somme allouée pour les aides de la gérante est de 24,000 francs, on base donc ces calculs sur dix aides, et par conséquent deux cents ouvrières.

Si nous appliquons seulement ces données à un million de travailleurs à domicile, nous concluerons que l'amélioration de leurs salaires, après les tâtonnements inévitables du début coûterait avec ce système, dix millions par an, à la bienfaisance privée.

Toute question théorique mise de côté, on se heurte à une impossibilité absolue. Et peut-être ce déficit est-il très optimiste !

En résumé, — et ces observations s'appliquent à

des degrés divers à toutes les coopératives indiquées plus haut, — il faut dire de cet effort ce qui a été répété déjà des autres tentatives de l'initiative privée : Elles sont à encourager, à développer dans la mesure du possible. Ceux qui s’en font les propagateurs accomplissent une œuvre digne de toutes les sympathies. Pour quelques-unes des lamentables épaves que la fabrique collective rejette vers eux, ils deviennent une protection efficace. À un nombre restreint de privilégiées ils assurent un salaire rémunérateur, doublement apprécié par la comparaison immédiate avec le gain de la veille.

Nous serions donc désolés que tous ces initiabeurs, manifestement en progrès considérable sur la pratique trop commune de l'assistance, voient dans ce chapitre le moindre blâme, même indirect à leurs persévérants efforts. Plusieurs d’entre eux, au cours de conversations multiples, ont reconnu l’esprit qui nous animait, et le sens de nos hésitations. Ils ont avoué le caractère limité de leurs associations et la faiblesse du rôle qu’elles pouvaient jouer pour relever et maintenir les salaires du travail à domicile. Nous avons voulu le constater et prouver, par les faits, l'erreur où se mettent ceux qui penseraient apporter ainsi un remède aux maux dont tout le monde gémit. Mais à aucun moment, il n’a été dans notre pensée de dénigrer les coopératives créées aux prix de tant de peines, de veilles et parfois d'angoisse. Si jamais, l’idée nous en était venue, le souvenir de la conviction, du désintéressement, de l’ardeur et de la manifeste sincérité

d'âme de nos interlocuteurs, eussent été suffisants pour nous enlever pour toujours cette pensée que nous regarderions comme criminelle.

Après ces longues enquêtes, il nous reste un sentiment très vif d'admiration pour une somme si considérable de services rendus sans esprit de retour, et nous avons voulu seulement montrer, par leur récit, combien il est utile et urgent qu’un remède plus général vint seconder de si généreux essais.

Il faut donc s'inscrire en faux contre la conclusion optimiste de M. Cotelle : « L'idée de la coopération de production aurait, en Ce qui concerne le sweatingsystem, un effet des plus heureux, quiserait d'empêcher ce qu'on appelle d’une facon barbare, la subalternisation des ouvriers » (1). Ce n’est pas du tout «en combinant avec art l’association coopérative et l’organisation syndicale qu’on peut arriver à diminuer notablement les formes extérieures dusweating-system »(2).

M. Verhœægen l’affirme avec la plus grande netteté: « Les ouvrières n’ont jamais rien fait pour modifier une situation qui les livre pieds et poings liés à la merci des facteurs. Elles manquent naturellement d’initiative et n’osent pas s’insurger contre ceux qui leur procurent leur modeste gagne-pain. Souvent d’ailleurs, elles le voudraient qu’elles ne le pourraient pas » (3). EL M. Cetty est plus pessimiste encore : «on ne peut

1) Cotelle : Le sweating-system, p. 273.

2) Tbid : p, 277.

3) Pierre Verhægen : La dentelle et broderie sur tulle : Office du travail belge, p. 200.

songer à grouper ces ouvriers et ces ouvrières, l’isolement, l'individualisme sont la conséquence forcée du travail à domicile » (1),

M. Levasseur rapportait la même impression découragée, « En Amérique, a-t-il écrit, des philanthropes ont essayé d’affranchir les ouvriers de leur dépendance en organisant le travail sous forme de coopération, dirigée par un contremaitre, ils n'ont pas réussi à leur procurer une meilleure rémunération, le contremaître coûtait autant et plus que le gain de sweater et le travail était plus mal fait. » (2).

Nous terminons ces quelques citations par une page de Miss Beatrice Potter (M1 Sydney Webb) dont on connaît la particulière compétence dans la question du sweating-system.

Elle commence par se féliciter de l’heureux fonctionnement de la manufacture coopérative de chemises créée par le magasin de gros d'Ecosse, à Shieldhall, qui a réuni en ateliers salubres un certain nombre d’ouvrières auparavant dispersées, puis elle ajoute : « Il ne faudrait pas pourtant se faire l'illusion de croire que les coopérateurs puissent jamais employer la masse des travailleurs qui souffrent actuellement du sweating-system. D’une façon générale, on peut dire que ces industries travaillent surtout pour l'exportation... Pouvons-nous espérer que cet ouvrier qui passe seize ou dix-sept heures par jour à fabriquer des aiguilles, pour gagner juste de quoi ne pas mourir de

(1) Cetty : Letravail à domicile en Allemagne. Univers, 25 avril 1904, (2) Levasseur : L'ouvrier américain, tome J, p, 427.

faim, ou ces enfants élevés dans un des appartements à une seule chambre de l’est ou du sud de Londres; pouvons-nous espérer, dis-je, que ces misérables créatures réussissent à s'élever à ce niveau moral et intellectuel qui, comme l'expérience l’a prouvé, est indispensable pour que la coopération puisse prendre son essort?» (1).

Il n’est pas utile d’insister plus longuement, et malgré son apparente brutalité, nous souscrivons, sans hésitation, à cette dernière déclaration de l’auteur : « Tout coopérateur expérimenté nous accordera sans discussion, que l’idée de transformer en producteur autonome ou associé, les ouvrières en cravates d’East London, les ouvrières en aiguilles de Staffordshire ou les cordonniers juifs, est tout simplement absurde » (2).

À son tour l’organisation professionnelle doit donc s’avouer impuissante à résoudre l’angoissant problème posé. Au fur et à mesure, qu'on l’étudie de près, les tentatives de l'initiative privée voient diminuer la confiance mise en elles, et pendant ce temps «ce qui n’augmente pas non plus, mais diminue tous les jours, c’est le salaire des ouvrières » (3).

Aussi importe-t-il de voir si l’action légale ne pourrait intervenir avec succès, avant que la situation n’achève de devenir désespérée. C’est la délicate et complexe question qui reste à examiner dans la dernière partie de ce livre.

(1) Béatrice Potter : Comment en finir avec le sweating-system. Revue d'économie politique novembre:1893, p. 969-070.

(2) Béatrice Potter : Loc. cit. p. 970.

(3) Pierre Verhœgen : La dentelle et broderie sur tulle. Office du travail belge, p. 279.

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